GABON – FMI
La
nécessite des reformes et l'indispensable
Au terme de sa dernière
mission conduite par son sous-directeur Afrique,
M. Roger Nord, le Fonds monétaire international
(FMI) et le gouvernement sont arrivés à un
accord de principe qui sera soumis à
l'approbation de la Direction générale et au
Conseil d'administration de l'institution
financière, en vue de la signature d'un éventuel
accord à moyen terme. Lequel exigera à notre
pays beaucoup d'efforts.
En
janvier dernier, à l'occasion de l'inauguration
du Centre d'assistance technique, Afritac-centre,
à Libreville, le Directeur général du Fonds
monétaire international (FMI), M. Rodrigo de
Rato, avait réaffirmé la volonté de son
institution d'aider les pays africains à
développer leurs économies en vue de la lutte
contre la pauvreté. Dans le cas précis du Gabon,
il avait annoncé la poursuite des discussions
entre le FMI et le gouvernement gabonais dans a
perspective d'un accord à moyen terme entre
notre pays et le Fonds. C'est donc dans ce cadre
qu'une mission du FMI a dernièrement séjourné
dans notre pays. Celle-ci était conduite par le
sous-directeur Afrique, Roger Nord. Pendant son
séjour, cette délégation a discuté des
politiques et des réformes structurelles qui
sous-tendent «l'important programme économique»
du gouvernement gabonais. M. Nord et les siens
ont eu des entretiens avec les autorités
gabonaises, notamment le Premier ministre Jean
Eyéghé Ndong et plusieurs membres de son
gouvernement. De même, ils ont rencontré le
président du Sénat, celui du Conseil économique
et social, le directeur national de BEAC, et
d'autres hauts fonctionnaires du pays.
Au terme de cette mission,
dont les résultats ont du reste fait l'objet
d'un communiqué de presse publié dans nos
colonnes; les deux parties sont arrivées à un
accord de principe. Lequel sera soumis à
l'approbation de la Direction générale et au
Conseil d'administration du FMI dans la
perspective de parvenir à un accord triennal
entre l'institution de Bretton Woods et le
Gabon. Les experts du Fonds estiment que le
contexte actuel est propice «pour réduire une
fois pour toutes les déséquilibres des finances
publiques et s'assurer qu'à terme le pays ne
soit plus vulnérable aux fluctuations du prix du
pétrole».
Il faut souligner que le
programme sollicité par le gouvernement gabonais
vise à «remettre les finances publiques sur une
trajectoire irréversible de soutenabilité à long
terme, à promouvoir la diversification de
l'économie gabonaise, et à accélérer les progrès
vers la réduction de la pauvreté. Un objectif
crucial du programme est de s'assurer que les
dépenses publiques soient contenues dans les
limites définies dans le budget et que la dette
publique qui, par le passé, a représenté un
lourd fardeau pour les finances publiques et a
constitué un facteur de vulnérabilité
financière, soit significativement réduite et
gérée prudemment dans le futur...».
PASSAGE OBLIGÉ • La
mission du FMI a relevé que dans la mesure où
les réformes que doit entreprendre le
gouvernement gabonais entre-temps se poursuivent
comme convenu, le Conseil d'administration du
Fonds devrait être en mesure d'examiner la
demande des autorités de notre pays pour un
accord de confirmation en mai.
C'est donc dire que la balle
est désormais dans le camp du Gabon. Il revient
à notre gouvernement d'être conséquent avec
lui-même. Dans ce sens u'il doit savoir pourquoi
a sollicité la coopération avec le Fonds
monétaire international. Une institution qui
apparaît comme un «passage obligé» ou un «mal
nécessaire» pour les pays qui ont des
difficultés au niveau de leurs finances et de
leurs économies. C'est dans ce sens qu'il aide
ces pays à prendre des mesures susceptibles
d'améliorer les choses.
Il faut souligner que
plusieurs années, le chef de l'Etat, Omar Bongo
Ondimba, lui-même, ne cesse d'instruire le
gouvernement sur la nécessite d'assainir les
finances publiques et de travailler dans le sens
de préparer l'après-pétrole. Mais
malheureusement, aujourd'hui encore certaines
habitudes néfastes que le Premier ministre a
qualifiées de «comportements déviants»
persistent. Ce qui prouve que certains n'ont pas
pris conscience de ce qu un changement de
mentalités et de pratiques s'impose.
RIGUEUR ET TRANSPARENCE •
Ces nouvelles pratiques impliquent surtout le
respect des fois de finances telles que votées
par le Parlement. Ce sur quoi insiste d'ailleurs
le président de la République qui ne cesse
d'instruire le gouvernement dans ce sens, en
stigmatisant la pratique du hors budget dans
certains départements ministériels. Les réformes
à ce niveau aussi doivent tendre vers
l'instauration stricte de la transparence dans
la procédure budgétaire notamment au niveau de
la dépense (engagement, ordonnancement et
décaissement). Dans ce cadre, il faudra
également envisager la réduction des délais de
paiement au niveau du Trésor public.
Dans le même esprit, il
faudra désormais renforcer la rigueur et la
transparence dans le respect du Code des
marchés. Ce qui exige une culture d'appels
d'offres systématique. Car, aujourd'hui encore,
il y a des administrations qui passent outre ce
principe. L'un des exemples flagrants est celui
des marchés liés aux Fêtes tournantes. Ici tout
le monde admet que la quantité des dépenses
n'est pas toujours conforme à la qualité des
réalisations.
Les réformes devraient aussi
instaurer une rigueur et une transparence dans
la gestion du budget d'investissement. Surtout
dans l'objectif de l'efficacité de la dépense,
du choix des priorités, et de la réduction du
train de vie de l'Etat. Par rapport à ce dernier
aspect, l'exemple devrait venir des
administrations financières (ministère des
Finances et ministère de la Planification). La
richesse en quantité et en qualité des parcs
automobiles de ces départements ministériels de
référence n'est pas de nature à convaincre les
citoyens quant à l'effectivité des difficultés
actuelles du Gabon.
La réduction du coût des
dépenses d'équipement de nos administrations
pourrait favoriser des économies importantes que
l'on devrait utiliser pour renforcer le
financement des projets sociaux arrêtés par le
chef de l'Etat dans le cade de son programme
qu'il veut davantage social...
OBLIGATION DE RESULTATS •
Toutes les réformes à entreprendre exigent aussi
une efficacité dans Ie travail des instances de
contrôle de la gestion des finances publiques.
Le gouvernement doit prendre des mesures pour
rendre optimal le rendement des juridictions
telles que la Cour des comptes, tout comme la
Commission contre l'Enrichissement illicite, en
instaurant aussi l'obligation des résultats.
Tout comme le ministère du Contrôle d'Etat, des
Inspections, de la Lutte contre la Corruption et
contre l'Enrichissement illicite cesse de
briller par sa discrétion, et se donne la
volonté d'agir et de faire bouger les habitudes
dans le bon sens. Il faudra systématiser les
contrôles de tous les administrateurs de crédits
dans le but de sanctionner les indélicats. Ces
enquêtes doivent concerner toutes les
administrations (ministères, institutions,
etc.).
En somme, il faudra admettre
et faire admettre que notre pays a des
difficultés souvent provoquées par ses lourdeurs
structurelles et par lés mauvaises pratiques en
cours dans son administration. Pour sortir de
cette situation, il faut des réformes aussi bien
au niveau de son organisation structurelle que
des mentalités. Ce qui nécessite une volonté
politique constante. Et le chef de l'Etat, Omar
Bongo Ondimba, n'a de cesse d'instruire, dans ce
sens, le gouvernement qui a la charge de gérer
toute l'administration.
Cependant, plusieurs
administrateurs refusent de suivre. Ce qui peut
compromettre les chances de notre pays à accéder
à un accord avec le FMI. Ou, si celui-ci est
signé, l'existence des indélicats dans notre
administration pourrait contribuer à l'échec
programme conclu avec le Fonds monétaire
international. Il revient donc au gouvernement
de relayer, en vue de la généraliser, la volonté
d'assainir du président de la République.