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Le quotidien l'Union du 21 Mars 2007

 

CHOSES VUES

Le CHL et les soins gratuits

La mesure effective au sein de trois services (Oxiologie, consultations externes et maternité) depuis le 12 février dernier est cependant confrontée à quelques écueils sur le terrain

CENTRE hospitalier de Libreville. Hier matin. Il est à peine dix heures. Le vigile filtre les entrées par l'unique passage qui donne accès aux Urgences, dont les travaux d'agrandissement du. service avancent, par l'entrée principale, actuellement fermée au public. Dans la salle, médecins et personnels soignants de nuit dont certains sont encore là, s'activent avec leurs collègues du jour autour des malades qui, pour certains, ont passé la nuit dans la salle. Une pièce devenue soudainement exiguë.

Les personnels soignants vont d'un patient à un autre, sans trop faire attention à notre présence. Sur un bureau, une dame enregistre les arrivées. En face d'elle, un jeune homme, la vingtaine, transporté sur une chaise roulante, le visage boursouflé, avec des traces de sang, séché au nez et sur les lèvres inférieures, victime sans doute d'une agression ou d'un accident. il se plaint d'un mal au dos.

Comme lui, tous ceux qui ont été reçus ce matin-là n'ont rien payé. Ils ont, selon la gravité des cas, reçu des premiers soins, des bons d'examen ou des ordonnances.

Un peu plus bas, aux Consultations externes, un des trois services concernés par la mesure de gratuité des soins découlant du décret n°000104/PR/MSP du 15 janvier 2007. Grosse affluence, en dépit de l'heure matinale. "C'est comme ça depuis que le gouvernement a décidé de la gratuité des soins"; a observé un des vigiles chargés d'orienter les patients.

Ici, l'affluence est telle que certaines spécialités ont instauré le système de rendez-vous. Un rendez-vous souvent donné sur des jours, voire des semaines après.

Pour contourner la difficulté, certains patients acceptent volontiers de payez une somme de 5000 pour être reçu en urgence le jour même.

Le cas de ce jeune qui vient de se faire consulter chez un ophtalmologue du service. C'est l'effet pervers du système. D'autres, en revanche, se résolvent à revenir pour ne pas débourser le moindre centime. Sauf pour les médicaments. Ceux qui ont la chance d'être reçus le jour même sortent généralement satisfaits, à l'exemple de cette dame, arrivée à 8 heures et qui a été consultée par le médecin autour de 1Oh30. "Je n'ai rien payée tout s'est bien passé", a telle témoigné, comme beaucoup d'autres avant elle.

VICTIME DE SON SUCCES• Mais ici, en dépit de la médiatisation faite autour de cette mesure gouvernementale, certains usagers paraissent sous-informés. Déjà, au niveau du cheminement du patient, sauf des cas urgents, beaucoup ignorent qu'il faut passer par le bureau des Entrées, situé du côté de l'avenue de Cointet. Beaucoup également ne savent pas qu'il faut s'y rendre muni d'une pièce identité, de référence valable pour bénéficier d'une fiche de gratuité dès l'entrée.

Hier encore, les personnels de l'accueil s'évertuaient à expliquer ces notions élémentaires à certains usagers qui venaient solliciter des soins.

Vu le succès de l'opération certains patients hésitent' pas à revenir, deux, voire trois fois dans la même semaine pour des pathologies différentes.

A l'approche de midi, le service de maternité et de gynécologie ne désemplit pas. Les patientes se bousculent à la réception où les personnels semblent débordés. Idem pour le personnel médical.

Des cris se font entendre dès la réception. Ici, on se plaint non seulement du manque de ressources humaines mais aussi des structures d'accueil saturées face à une demande sans cesse croissante.

Même cas de figure chez des patients orientés hier en stomatologie, qui n'ont pu se faire arracher une dent, faute, nous ont-ils dit, d'anesthésie suffisante pour cette opération.

La plupart des personnes rencontrées hier au CHL sont finalement arrivées à la conclusion que si rien n'est fait pour accompagner cette mesure salutaire de gratuité, l'opération court le risque d'être victime de son propre succès.

A signaler qu'aucun des responsables hospitaliers rencontrés hier n'a voulu parler sans une autorisation préalable de la direction de l'hôpital.

N'empêche. Nous avons, dans le cadre de cette rubrique du mercredi, fait notre travail : constater et décrire.

Source : Journal L'Union Plus du 21 Mars 2007

 



   

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