CHOSES VUES
Le CHL
et les soins gratuits
La mesure effective au sein
de trois services (Oxiologie, consultations
externes et maternité) depuis le 12 février
dernier est cependant confrontée à quelques
écueils sur le terrain
CENTRE
hospitalier de Libreville. Hier matin. Il est à
peine dix heures. Le vigile filtre les entrées
par l'unique passage qui donne accès aux
Urgences, dont les travaux d'agrandissement du.
service avancent, par l'entrée principale,
actuellement fermée au public. Dans la salle,
médecins et personnels soignants de nuit dont
certains sont encore là, s'activent avec leurs
collègues du jour autour des malades qui, pour
certains, ont passé la nuit dans la salle. Une
pièce devenue soudainement exiguë.
Les personnels soignants vont
d'un patient à un autre, sans trop faire
attention à notre présence. Sur un bureau, une
dame enregistre les arrivées. En face d'elle, un
jeune homme, la vingtaine, transporté sur une
chaise roulante, le visage boursouflé, avec des
traces de sang, séché au nez et sur les lèvres
inférieures, victime sans doute d'une agression
ou d'un accident. il se plaint d'un mal au dos.
Comme lui, tous ceux qui ont
été reçus ce matin-là n'ont rien payé. Ils ont,
selon la gravité des cas, reçu des premiers
soins, des bons d'examen ou des ordonnances.
Un peu plus bas, aux
Consultations externes, un des trois services
concernés par la mesure de gratuité des soins
découlant du décret n°000104/PR/MSP du 15
janvier 2007. Grosse affluence, en dépit de
l'heure matinale. "C'est comme ça depuis que
le gouvernement a décidé de la gratuité
des soins"; a observé un des vigiles chargés
d'orienter les patients.
Ici, l'affluence est telle
que certaines spécialités ont instauré le
système de rendez-vous. Un rendez-vous souvent
donné sur des jours, voire des semaines après.
Pour contourner la
difficulté, certains patients acceptent
volontiers de payez une somme de 5000 pour être
reçu en urgence le jour même.
Le cas de ce jeune qui vient
de se faire consulter chez un ophtalmologue du
service. C'est l'effet pervers du système.
D'autres, en revanche, se résolvent à revenir
pour ne pas débourser le moindre centime. Sauf
pour les médicaments. Ceux qui ont la chance
d'être reçus le jour même sortent généralement
satisfaits, à l'exemple de cette dame, arrivée à
8 heures et qui a été consultée par le médecin
autour de 1Oh30. "Je n'ai rien
payée tout s'est bien passé", a telle témoigné,
comme beaucoup d'autres avant elle.
VICTIME DE SON SUCCES•
Mais ici, en dépit de la médiatisation faite
autour de cette mesure gouvernementale, certains
usagers paraissent sous-informés. Déjà, au
niveau du cheminement du patient, sauf des cas
urgents, beaucoup ignorent qu'il faut passer par
le bureau des Entrées, situé du côté de l'avenue
de Cointet. Beaucoup également ne savent pas
qu'il faut s'y rendre muni d'une pièce identité,
de référence valable pour bénéficier d'une fiche
de gratuité dès l'entrée.
Hier encore, les personnels
de l'accueil s'évertuaient à expliquer ces
notions élémentaires à certains usagers qui
venaient solliciter des soins.
Vu le succès de l'opération
certains patients hésitent' pas à revenir, deux,
voire trois fois dans la même semaine pour des
pathologies différentes.
A l'approche de midi, le
service de maternité et de gynécologie ne
désemplit pas. Les patientes se bousculent à la
réception où les personnels semblent débordés.
Idem pour le personnel médical.
Des cris se font entendre dès
la réception. Ici, on se plaint non seulement du
manque de ressources humaines mais aussi des
structures d'accueil saturées face à une demande
sans cesse croissante.
Même cas de figure chez des
patients orientés hier en stomatologie, qui
n'ont pu se faire arracher une dent, faute, nous
ont-ils dit, d'anesthésie suffisante pour cette
opération.
La plupart des personnes
rencontrées hier au CHL sont finalement arrivées
à la conclusion que si rien n'est fait pour
accompagner cette mesure salutaire de gratuité,
l'opération court le risque d'être victime de
son propre succès.
A signaler qu'aucun des
responsables hospitaliers rencontrés hier n'a
voulu parler sans une autorisation préalable de
la direction de l'hôpital.
N'empêche. Nous avons, dans
le cadre de cette rubrique du mercredi, fait
notre travail : constater et décrire.