DISCOURS DE POLITIQUE GÉNÉRALE
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Le débat
sur le cumul des mandats relancé
Ces incompatibilités amènent
plusieurs élus nationaux dans des postures de
cumul de mandats. Autant les critiques sont
vives concernant les membres du gouvernement y
compris, le Premier ministre, quatre maires élus
députés, André Dieudonné Berre, Séraphin Ndaot
Rembogo, Pierre Mamboundou et Pierre Claver
Maganga Moussavou, sont aussi indexés..
LE
débat sur le cumul des mandats a été relancé
lors des échanges qui ont suivi le discours de
politique générale du Premier ministre, Jean
Eyéghé Ndong, vendredi dernier à l'Assemblée
nationale. S'exprimant en sa qualité de
président du groupe parlementaire du
Rassemblement pour le Gabon (RPG), à la chambre
des députés, Faustin Billie Bi Essone, n'a pas
raté l'occasion, ce jour-là, d'interpeller le
chef du gouvernement sur la présence dans son
équipe de ministres, sans toutefois les citer
nommément, qui seraient, selon lui, sous le coup
d'une incompatibilité.
Une sortie qui a surpris par
sa tonalité, d'autant qu'elle émanait d'un élu
dont le parti politique est présent au sein du
gouvernement. Bien qu'à la décharge du Premier
ministre, cette sortie, pour le moins
virevoltante a été qualifiée d'acte de mauvais
joueur, d'autant plus que ces propos sont tenus
par un hiérarque du RPG qui n'a pas encore
digéré l'échec électoral cuisant de son
président Paul Mba Abessole, face, justement à
ce premier ministre.
Reste qu'au-delà de cette
interprétation somme toute logique,
l'intervention du député du Rassemblement pour
le Gabon n'est pas moins fondée, car la question
du cumul des mandats abordée, d'abord, au
lendemain des élections législatives, puis avant
le renouvellement du bureau de l'Assemblée
nationale ainsi que la composition du
gouvernement, était toujours pendante, pour ne
pas dire, actualité. Cela tant que les élections
partielles n'ont pas été organisées dans ces
circonscriptions électorales. Et aussi tant
qu'une certaine confusion continuera à régner
autour de la situation de nombreux élus
nationaux, locaux et leurs suppléants tentés de
s'accrocher à leurs sièges avec ce que cela
comporte comme avantages et autres grasses
prébendes.
Si dans la déclaration de
l'élu rpégiste d'aucuns y ont perçu une attaque
en règle destinée au Premier ministre, Jean
Eyéghé Ndong, en personne, qui a décidé de
briguer les suffrages des électeurs du 1er siège
du 2e arrondissement de la capitale gabonaise,
alors même qu'il détenait déjà le mandat de
sénateur, il est évident que la confusion semble
bien entretenue dans l'opinion par les attitudes
de certains élus et aussi par une sorte de
volonté délibérée de nombre d'entre eux à agir
en dehors du cadre réglementaire.
SUPPLEANTS• En effet,
malgré les réponses apportées par le chef du
gouvernement estimant qu'en ce qui concerne son
siège du 2e arrondissement de Libreville la
question du cumul ne se pose nullement, en ce
sens qu'en se faisant élire député face à Paul
Mba Abessole, son siège de sénateur était, de
facto, vacant. Il s'est conformé à l'article 14
de la loi 11 /96 du 15 avril relative à
l'élection des députés à l'Assemblée nationale,
qui stipule, entre autres, que le mandat de
député est incompatible avec l'exercice du
mandat de sénateur.
En sus, Jean Eyéghé Ndong et
Paul Biyoghé Mba, qui siègent au sein du
gouvernement, en qualité respective de Premier
ministre et de ministre du Commerce et du
Développement industriel, ont aussi respecté
l'article 13 de la même loi, en cédant leurs
sièges respectifs à leurs suppléants Bekalé
Georges Bertrand, Sino Chantal Christiane,
aujourd'hui bien présents à la Représentation
nationale. Cet article énonce clairement que le
mandat de député est incompatible avec les
fonctions de membres de gouvernement. Le député
nommé membre du gouvernement ou le membre du
gouvernement élu député est remplacé à
l'Assemblée nationale par son suppléant.
Toutefois, au regard de
l'évolution des choses, le problème qui se pose
est celui de la situation de leurs suppléants au
Sénat, notamment, Ies sénateurs Ekomie née
Makosso Hélène (deuxième questeur) et Jean
Baptiste Ndong,- qui siègent (siégeaient) en
lieu et place de Jean Eyéghé Ndong et Paul
Biyoghé Mba. Si au palais Omar Bongo Ondimba,
siège de la Chambre haute du Parlement, on
estime avoir saisi la Cour constitutionnelle
pour constater la vacance de siège, suite à la
perte de mandat de leurs titulaires, on
s'interroge sur les modalités de convocation du
collège électoral, principalement, sur les
délais d'organisation des partielles par la
Commission électorale nationale autonome et
permanente (CENAP). Dans cette optique, quelle
doit être l'attitude des suppléants ? Ne faut-il
pas qu'ils suspendent leurs activités
législatives jusqu'à la tenue des partielles ?
Quelles mesures l'institution doit-elle, prendre
dans un cas apparaissant quasiment inédit sur
l'échiquier parlementaire ? Autant de questions
devant permettre de clarifier un débat pourtant
juridique mais qui prend, malheureusement, des
contours politiques sur fond d'intrigues.
PARTIELLES. Dans tous les
cas, autant l'organisation des partielles est
très attendue pour mettre un terme à cette
situation quelque peu confuse, autant la
situation des députés maires, André Dieudonné
Berre (Libreville), Pierre Claver Maganga
Moussavou (ministre-maire du 1er arrondissement
de Mouila, Pierre Mamboundou (Ndendé),
Séraphin Ndaot Rembogo (Port-Gentil), mérite
également des éclaircissements, car ces derniers
sont aussi sous le coup des mêmes
incompatibilités. L'article 20 de la loi
organique n° 11 / 96 du 15 avril 1996, modifiée,
même s'il stipule que l'exercice du mandat de
député n'est pas incompatible avec l'exercice
d'un mandat d'élu local, précise, tout de même,
en son alinéa 2 que, « Toutefois les foncions de
maire, maire adjoint, président ou
vice-président de conseil départemental sont
incompatibles avec l'exercice d'un mandat de
député ».
Une disposition qui a,
certes, connu une évolution au vu des mesures
d'exception dont avaient bénéficié les maires
Berre et Asselé (jusqu'à récemment) pour
conserver, en toute illégalité, affirment
certaines sources, leurs fauteuils de
député-maire, puisqu'ils étaient représentes
jusqu'à la fin de la dernière législature à
l'Assemblée nationale par leurs suppléants en
même temps qu'ils présidaient l'un le conseil
municipal, l'autre, le conseil d'arrondissement
avec en prime la fonction ministérielle. La
situation est également complexe pour Pierre
Claver Maganga Moussavou, ministre d'Etat et
maire d'arrondissement, par ailleurs, élu
national de Mouila, qui en dépit de tout, semble
lui aussi n'avoir pas cessé de diriger la mairie
l'arrondissement du chef-lieu de province de la
Ngounié.
Dans cet ordre d'idées, l'on
peut s'interroger, en l'absence de notification
express des hommes politiques indexés, si les
uns et les autres n'ont pas bénéficié de faveurs
ou encore des mêmes dispositions transitoires
leur permettant de siéger à l'Assemblée
nationale et de présider les conseils municipaux
et d'arrondissement. Ou s'ils ne font pas une
lecture parcellaire de la loi pour assouvir
leurs intérêts égoïstes. Ce qui mettrait en
cause l'institution chargée de faire constater
la vacance par la haute juridiction
constitutionnelle, (la chambre du Parlement
concernée et le ministère de l'Intérieur, pour
le cas du maire). Mais, devrait amener, la
juridiction constitutionnelle, bien
qu'actuellement engagée dans l'examen du lourd
contentieux électoral dont elle a été saisie, à
résoudre cette question frisant la situation de
hors-la-loi dans la laquelle nombre d'élus
nationaux se complaisent abusivement après avoir
sollicité les suffrages de leurs concitoyens.
Il est évident, qu'après les
rumeurs et autres supputations intervenues après
l'élection de ces hommes politiques à la
Représentation nationale le 17 décembre dernier,
autour d'un possible choix opéré par les uns et
les autres entre les deux mandats, la présence
de ces hommes à la tête des municipalités et au
palais Léon Mba laisse clairement apparaître
leur volonté de cumuler. Sauf si, bien
évidemment, tous autant qu'ils sont ont été
gratifiés de dispositions et de textes taillés
sur mesure. Et, dans ce cas, qu'ils brandissent
publiquement ces documents.