AUGMENTATION DES PRIX A LA
POMPE . .
Trois questions à... M. le
ministre d'Etat en charge des Finances
Paul
Toungui : «
Les économies ici réalisées permettront de
prendre des mesures sociales ciblées et hardies
en faveur des plus démunies »
Le patron de l'Economie, des
Finances, du Budget et de la Privatisation, qui
a réagi, pendant le week-end, à l'augmentation
des prix à la pompe, estime que l'Etat ne
pouvait plus continuer à supporter totalement le
coût du blocage des prix de ces produits. Il
déclare que la réduction de la subvention à la
Sogara, engendrera des économies financières qui
seront utilisées au profit des couches les plus
faibles.
Monsieur
le ministre d'Etat, les prix du gasoil et de
l'essence viennent d'augmenter, pourquoi cette
décision qui frappe sévèrement les consommateurs
gabonais ?
Comme vous le savez, en 1999,
l'Etat a mis en place un mécanisme d'indexation
des prix des produits pétroliers. Il s'agissait
de faire varier les prix de ces produits sur le
marché national en fonction de ceux appliqués
sur le marché international.
Cette indexation avait un
double objectif: contribuer au redressement
financier de la Sogara d'une part, et permettre
au marché domestique de refléter l'évolution des
cours mondiaux. Les consommateurs pouvaient
ainsi bénéficier immédiatement des baisses des
prix lorsque la conjoncture le
permet, mais aussi supporter des hausses dans le
cas contraire.
Cependant, depuis 2002, l'Etat
avait pris la décision de suspendre ce
mécanisme. Mais aujourd'hui le retour à la
logique d'indexation est devenue incontournable,
afin de revenir à la vérité des prix. Ce qui est
un des éléments essentiels d'une économie
libérale, d'une économie de marché.
Mais pourquoi d'abord avoir
suspendu l'application de ce mécanisme ?
La décision du blocage des
prix avait pour objectif de maintenir les prix à
la pompe des produits pétroliers à niveaux
supportables pour le consommateur final.
Cependant, en raison de la
forte progression des cours du pétrole brut,
passés de 24,97 dollars le baril en 2002 à près
de 69,62 dollars le baril en 2006, ce blocage a
commencé à peser sur les finances publiques.
Depuis 2000, l'Etat a consacré plus de 237
milliards de FCFA pour maintenir ce blocage au
profit du consommateur. Et pour la seule année
2006, cela a coûté 102 milliards de FCFA au
budget de l'Etat
Une telle situation ne
pouvait pas durer sans déséquilibrer les
finances publiques.
A titre de comparaison, pour
2006 le budget de l'Education nationale
représente 2,2% du PIB hors pétrole; celui de la
Santé 3,1 %, alors que les subventions
implicites à la Sogara ont représenté 3,2% du
PIB hors pétrole.
Monsieur le ministre d'Etat,
le gouvernement sait pertinemment que cette
décision va avoir des effets négatifs sur le
pouvoir d'achat des Gabonais, notamment sur les
populations à faibles revenus. A-t-il prévu des
mesures d'accompagnement ?
Vous savez, près de 70% de
cette subvention est essentiellement affectée au
soutien de deux produits : le gasoil et le
super. Ces produits sont généralement
considérés, à tort ou à raison, comme étant des
produits de luxe.
Une étude récente, réalisée
par une organisation internationale a montré que
ces subventions, dans tous les pays, profitent
essentiellement aux couches les plus aisées.
Pour répondre précisément
à votre question, je soulignerai que les
instructions reçues du chef de l'Etat ont été
claires :
- Premièrement : maintenir
le prix du gaz butane et du
pétrole lampant à leur niveau actuel pour
protéger les plus démunis
- Deuxièmement: la subvention
à la Sogara sera réduite de moitié, c'est-à-dire
qu'en 2007 l'Etat continuera à soutenir les
prix, pour environ 50 milliards de FCFA.
- Troisièmement: tirer profit
d'une partie des économies réalisées sur la
réduction de 50% de la subvention à la Sogara
pour prendre des mesures sociales hardies et
bien ciblées, directement profitables aux
couches les plus démunies.
Ces mesures sont prêtes.
Mais compte tenu de leur importance et de
leur nature le chef de l'Etat a décidé que seul
le Premier ministre, Chef du gouvernement devra
les rendre publiques.
Je crois savoir pour ma part
que cela devrait se faire d'ici la fin de
la semaine. Toutefois, toutes ces mesures feront
l'objet d'un collectif budgétaire qui sera
présenté très prochainement devant les
institutions compétentes