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Le quotidien l'Union du 03 et 04 Mars 2007

 

CHRONIQUE ÉCONOMIQUE

Les milliardaires gabonais nouveaux riches ou anciens pauvres ? Ou les deux ?

CHERS lecteurs de L'Union, cet article est le premier d'une nouvelle rubrique qui, sous la forme d'une chronique un week-end sur deux, abordera une question purement économique ou socio-économique.

On a coutume de dire que le Gabon est un pays riche peuplé de pauvres. Pourtant, ce n'est un secret pour personne, il y existe de nombreux milliardaires. Sans entrer dans la polémique sur l'origine de ces fortunes, on peut se poser la question un milliardaire, à quoi ça sert ?

Mouhammad Yunus, professeur d'économie, devant la misère des plus pauvres de son pays, le plus pauvre du monde, le Bangladesh, confrontés à l'impossibilité de bénéficier de crédits auprès des banques, décide ~ faire quelque chose: il prête de toutes petites sommes d'argent (l'équivalent de 5000 à 50 000 francs Cfa) à quelques paysans pour qu'ils puissent démarrer de toutes petites activités commerciales (commencer un élevage avec un coq et une poule, acheter des semences de maïs ou de riz, acheter des outils pour des activités artisanales.. . ). Mouhammad Yunus, ayant constaté que tous ces prêts lui étaient remboursés dans les délais, a étendu ce système à plusieurs villages, au point de constituer la Grameen Bank en 1983. Aujourd'hui, cette banque prête toujours de petites sommes d'argent à lus de 3,5 millions de pauvres dans 36 000 villages du Bangladesh. Parce qu'il est le père du micro-crédit dont des institutions sont présentes dans 85 pays du Sud comme du Nord (même aux Etats-Unis), Mohammad Yunus a reçu le Prix Nobel de la Paix.

Au Gabon, il est de règle que la fortune soit strictement personnelle. En effet, "le mouton broute où il est attaché", "en politique, on défend avant tout ses intérêts" chacun cherche son bout de pain", etc., sont quelques-unes des justifications de l'individualisme et de l'égoïsme des nantis, avec un principe érigé en postulat: "il gère, il bouffe. A sa place, je ferais la même chose". "Bouffer" n'est pas propre aux Gabonais. La différence est qu'ailleurs, on est suffisamment responsable pour "bouffer" sans affamer le plus grand nombre, sans créer des frustrations, bref, sans faire le lit de tous les conflits possibles pour ne pas dire potentiels. Pire, nos milliardaires, parce qu'ils le sont, développent le complexe du nouveau riche. Mais s'il est une classe pire que les nouveaux riches, c'est celle des anciens pauvres qui, de manière ostentatoire et arrogante, font étalage de tous les signes les plus clinquants leur "richesse". Larry Page et Sergey Brin, les deux trentenaires créateurs de Google, moteur de recherche sur Internet, ont chacun une fortune estimée à 10 milliards de dollars (environ 5000

milliards de francs Cfa). Ils ont chacun une voiture: une Toyota Corolla.

La meilleure garantie de sécurité et de pérennité, sans doute dictée par la plus grande sagesse, ne consiste-elle pas à assurer à chacun les moyens de se réaliser dans la société. De ce point de vue, l'altruisme trouve ses fondements dans l'égoïsme, dans la volonté de vivre en paix. Il ne s'agit pas, comme c'est la mode aujourd'hui dans notre pays, de proférer quotidiennement des incantations touchant à la lutte contre la pauvreté - Après le gouvernement, depuis plusieurs années, c'est au Parlement d'afficher aujourd'hui sa ferme volonté de s'attaquer lui aussi à la question de cette pauvreté - Encore faut-il avoine courage d'admettre que l'appauvrissement croissant de la population est étroitement lié à l'enrichissement d'une minorité. Quelle crédibilité peut-on avoir lorsqu'on parle de lutte contre la pauvreté alors qu'on possède soi-même un parc automobile que même Bill Gates ne possède pas, et qu'aucun salaire ne peut justifier ?

Au Gabon, on ne s'inspire de ce qui se passe à l'extérieur que lorsque la comparaison est à notre avantage. Pour le reste, on nous dit que le Gabon est un petit pays et qu'on ne peut pas tout copier à l'extérieur. Force est de constater que nous ne copions que ce qui est négatif. Dans les années 90 au Cameroun, un milliardaire a offert à l'État une école polytechnique toute équipée. Au Burkina-Faso, le milliardaire Kada Zoé a financé le bitumage des 360 kilomètres séparant Ouagadougou à Bobodioulasso. Au Nigeria, il arrive qu'un homme d'affaires construise une autoroute - certes avec péage - et la mette à la disposition des usagers. Au Mali, personne ne peut être très riche sans aider le maximum de gens à développer des activités leur permettant de devenir autonomes, pour qu'ils puissent un jour, à leur tour, aider la collectivité.

C'est dans cet esprit que la mère de Bill Gates s'est un jour adressée à son milliardaire de fils en lui disant ceci: la richesse personnelle ne sert à rien si elle ne sert pas aux autres. Touché par cette sagesse maternelle, l'homme le plus riche de la planète a consacré à la lutte contre le sida dans le monde, une somme dont le montant dépasse largement le budget global de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).Qu'on en tire donc

quelques enseignements !

Source : Journal L'Union Plus du 03 et 04 Mars 2007

 



   

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