GABONISATION DE L'EMPLOI
Le
Bureau Veritas Gabon enfreint la loi
Malgré les observations
et les mises en garde du ministère du Travail et
de l'Emploi, le Bureau Véritas Gabon s'entête à
recruter un expatrié peu qualifié pour diriger
des ingénieurs gabonais chevronnés dont certains
ont plus de vingt ans d'ancienneté.
POUR le Bureau Véritas Gabon,
la nouvelle année commence avec des
indélicatesses vis-à-vis de la loi. La direction
générale du Travail, de la main d'oeuvre et de
l'emploi est même allée jusqu'à adresser une
lettre, invitant cette société à se conformer à
la législation gabonaise.
En effet, par le courrier N°
0004/MTE/QSG/DGTMOE, daté du 02 janvier 2007, le
directeur général adjoint du travail, de la main
d'oeuvre et de l'emploi, Emile Moukagni Moukagni,
sur ordre du directeur général, a écrit au
directeur des opérations de Véritas Gabon,
Stéphane Jolibois, pour lui demander de mettre
fin, sans délai, au contrat de travail que cette
entreprise se propose de signer avec M. Cyprien
Ndomo Elouna, sujet camerounais en situation
irrégulière au Gabon.
Cette lettre du DGA de
l'Emploi a été rédigée après les conclusions
d'une enquête effectuée le 12 décembre 2006 par
un inspecteur du travail, dans cette entreprise,
au sujet d'un dossier relatif à la demande
d'autorisation d'emploi de ce "Monsieur Ndomo".
Au cours de cette investigation, l'inspecteur du
travail avait constaté, non seulement que le
sujet camerounais était déjà en territoire
gabonais, sans l'autorisation requise, mais
qu'il avait même déjà commencé son activité au
poste proposé. Ni plus, ni moins.
" Je vous rappelle, dit
le DGA de l'emploi dans sa lettre, que cette
façon de faire non seulement va à l'encontre de
la loi (article 104 du Code du travail), mais
surtout elle vous expose aux sanctions prévues
par l'article 109 du code du travail.
Aussi, je vous invite à mettre fin sans délai
aux relations contractuelles avec le travailleur
susvisé et à procéder à son rapatriement du
territoire jusqu'à ce que la Commission
nationale pour l'admission à l'emploi de la
main-d'oeuvre étrangère au Gabon se prononce
définitivement sur votre demande."'
Comment en est-on arrivé là ?
Quelques semaines plus tôt, le 13 novembre 2006,
le collège des délégués du personnel envoyait
une correspondance au directeur général du
travail pour s'opposer la nomination à un poste
de responsabilité d'une personne étrangère au
Bureau Véritas, de surcroît dépourvue des
qualifications nécessaires pour assumer le rôle
de responsable Qualité. C'est cette lettre de
contestation qui a mis la puce à l'oreille des
autorités. On pouvait en effet y lire que
"Monsieur Ndomo Elouna Cyprien exerce
actuellement ses fonctions dans l'illégalité
depuis plus d'un mois, sans autorisation
préalable des autorités gabonaises, (et qu') il
bénéficie d'un statut d'expatrié qui se traduit
par des charges élevées (logement, confort
domestique, véhicule...)."
DE L'EMPLOI DES EXPATRIES.
En effet, en lisant le Code du Travail, au
chapitre IV intitulé "De l'emploi des
travailleurs étrangers", l'article 104 dit que "
Le recrutement d'un travailleur étranger doit
être précédé d'une autorisation d'emploi
délivrée par le ministre chargé du Travail, et
faire l'objet d'un contrat de travail visé par
les services compétents du ministère du
Travail.?
On peut se demander si,
depuis le 2 janvier, cette autorisation a été
obtenue. En tout cas, l'article 109 définit les
peines qu'encourt un employeur qui se rend
coupable de transgression de cette loi. Mais là,
c'est une autre affaire.
Dans la lettre de
contestation, l'indignation du collège des
délégués reposait, non seulement sur le fait que
le préposé est entré sur le territoire national
en toute illégalité, mais qu'en plus il n'a pas
le profil requis pour occuper le poste qu'on
veut lui confier. "Monsieur Ndomo
Elouna Cyprien n'est pas ingénieur,
affirme la lettre,contrairement à la déclaration
faite. Il n'est titulaire que d'un DUT
( Bac+2) et ne peut en aucun cas occuper
un poste de responsable Qualité qui
requiert un profil d'auditeur
généralement réservé aux ingénieurs
bénéficiant d'une longue expérience
professionnelle au sein du Groupe. ".
En effet, la lecture de son
curriculum vitae est particulièrement édifiante
sur l'incompatibilité de son cursus avec le
poste de responsable Qualité d'une maison aussi
prestigieuse que le Groupe Véritas.
Toujours sur ce cas;
l'article 105 du Code du travail précise que
"pour être recevable, la demande
d'autorisation d'emploi doit viser à pourvoir un
emploi pour lequel en raison des qualifications
professionnelles requises, de la nature ou de la
localisation des travaux, il n'a pu être fait
appel à un travailleur gabonais disponible."
Or, toujours d'après la
lettre de protestation, "le Bureau Véritas
Gabon dispose pour son activité Bâtiments,
d'ingénieurs gabonais diplômés des grandes
écoles en nombre suffisant et jouissant d'une
longue expérience professionnelle allant de 6 à
24 ans ( ..)."
En effet, en consultant
l'organigramme de cette entreprise exigeante,
dont le métier est de vérifier les normes, il
existe des ingénieurs bien formés. L'un d'eux,
diplômé de l'INSA Toulouse depuis 1978, est
entré au Bureau Véritas en 1988. Avec l'embauche
de M. Ndomo, il se retrouve subalterne du
titulaire d'un DUT (Bac+2) obtenu en 1998 à
l'Institut universitaire de technologie de
Ngaoundéré (nord duCameroun). Autrement dit,
lorsque le patron passait son DUT p (Bac+2) à
Ngaoundéré, le subalterne gabonais cumulait déjà
10 ans d'ancienneté au Bureau Véritas Gabon, en
qualité d'ingénieur.
CHOIX ARBITRAIRE. Un
autre Gabonais, ingénieur généraliste, est
diplômé de l'Ensil de Libreville (promotion
1983) et de l'Ecole nationale des ponts et
chaussées de Paris (1987). Sans compter tous les
autres. Il y en a au moins 12 dans la maison.
Le choix de M. Stéphane
Jolibois est jugé arbitraire par la plupart des
employés que compte le Bureau Véritas Gabon. Ils
estiment incompréhensible cette attitude dans la
mesure où de nombreux Gabonais diplômés ont
souvent vu leurs demandes d'embauche rejetées.
Aussi, " l'entrée au Bureau Véritas Gabon de M.
Ndomo estelle susceptible de créer un climat
conflictuel au sein de la société en raison de
ses liens de copinage avec le directeur ",
conclut le Collège des délégués du personnel, en
guise d'avertissement.
Un avertissement sans frais
adressé à leur patron qui soit dit en passant,
n'hésite pas à signer les documents
indistinctement par "Le Directeur général"
le Directeur d'exploitation" ou par
"le Chef de service CTC". Et qui parfois "agit
en nom et pouvoir d'un certain C. Draux", dont
chacun sait qu'il est définitivement rentré dans
son pays.
En tout état de cause, la
situation qui prévaut actuellement au Bureau
Véritas Gabon est révélatrice d'un comportement
observable dans notre pays partout ailleurs, la
présence nationale, en matière d'emploi, est
appliquée de manière ferme et intransigeante.
Certaines sociétés gabonaises implantées dans la
sous-région en ont d'ailleurs fait les frais. On
ne peut pas prétendre aimer un pays et s'y
implanter en méprisant ses ressortissants et en
bafouant outrageusement ses lois. Non, tous les
Gabonais ne sont pas des cancres. Non, tous les
Gabonais ne sont pas des paresseux,
contrairement à l'idée répandue dans certains
mieux d'affaires.
Le Bureau Véritas est payé
fort cher pour contrôler et vérifier les normes
dans les domaines les plus variés. Quel crédit
réserver à ses avis lorsqu'il est le premier à
piétiner délibérément les mêmes normes,
s'agissant de la qualification de certains de
ses agents, et cela au mépris des lois de la
République ?
Affaire à suivre.