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Le quotidien l'Union du 30 Janvier 2007

 

GABONISATION DE L'EMPLOI

Le Bureau Veritas Gabon enfreint la loi

Malgré les observations et les mises en garde du ministère du Travail et de l'Emploi, le Bureau Véritas Gabon s'entête à recruter un expatrié peu qualifié pour diriger des ingénieurs gabonais chevronnés dont certains ont plus de vingt ans d'ancienneté.

POUR le Bureau Véritas Gabon, la nouvelle année commence avec des indélicatesses vis-à-vis de la loi. La direction générale du Travail, de la main d'oeuvre et de l'emploi est même allée jusqu'à adresser une lettre, invitant cette société à se conformer à la législation gabonaise.

En effet, par le courrier N° 0004/MTE/QSG/DGTMOE, daté du 02 janvier 2007, le directeur général adjoint du travail, de la main d'oeuvre et de l'emploi, Emile Moukagni Moukagni, sur ordre du directeur général, a écrit au directeur des opérations de Véritas Gabon, Stéphane Jolibois, pour lui demander de mettre fin, sans délai, au contrat de travail que cette entreprise se propose de signer avec M. Cyprien Ndomo Elouna, sujet camerounais en situation irrégulière au Gabon.

Cette lettre du DGA de l'Emploi a été rédigée après les conclusions d'une enquête effectuée le 12 décembre 2006 par un inspecteur du travail, dans cette entreprise, au sujet d'un dossier relatif à la demande d'autorisation d'emploi de ce "Monsieur Ndomo". Au cours de cette investigation, l'inspecteur du travail avait constaté, non seulement que le sujet camerounais était déjà en territoire gabonais, sans l'autorisation requise, mais qu'il avait même déjà commencé son activité au poste proposé. Ni plus, ni moins.

" Je vous rappelle, dit le DGA de l'emploi dans sa lettre, que cette façon de faire non seulement va à l'encontre de la loi (article 104 du Code du travail), mais surtout elle vous expose aux sanctions prévues par l'article 109 du code du travail. Aussi, je vous invite à mettre fin sans délai aux relations contractuelles avec le travailleur susvisé et à procéder à son rapatriement du territoire jusqu'à ce que la Commission nationale pour l'admission à l'emploi de la main-d'oeuvre étrangère au Gabon se prononce définitivement sur votre demande."'

Comment en est-on arrivé là ? Quelques semaines plus tôt, le 13 novembre 2006, le collège des délégués du personnel envoyait une correspondance au directeur général du travail pour s'opposer la nomination à un poste de responsabilité d'une personne étrangère au Bureau Véritas, de surcroît dépourvue des qualifications nécessaires pour assumer le rôle de responsable Qualité. C'est cette lettre de contestation qui a mis la puce à l'oreille des autorités. On pouvait en effet y lire que "Monsieur Ndomo Elouna Cyprien exerce actuellement ses fonctions dans l'illégalité depuis plus d'un mois, sans autorisation préalable des autorités gabonaises, (et qu') il bénéficie d'un statut d'expatrié qui se traduit par des charges élevées (logement, confort domestique, véhicule...)."

DE L'EMPLOI DES EXPATRIES. En effet, en lisant le Code du Travail, au chapitre IV intitulé "De l'emploi des travailleurs étrangers", l'article 104 dit que " Le recrutement d'un travailleur étranger doit être précédé d'une autorisation d'emploi délivrée par le ministre chargé du Travail, et faire l'objet d'un contrat de travail visé par les services compétents du ministère du Travail.?

On peut se demander si, depuis le 2 janvier, cette autorisation a été obtenue. En tout cas, l'article 109 définit les peines qu'encourt un employeur qui se rend coupable de transgression de cette loi. Mais là, c'est une autre affaire.

Dans la lettre de contestation, l'indignation du collège des délégués reposait, non seulement sur le fait que le préposé est entré sur le territoire national en toute illégalité, mais qu'en plus il n'a pas le profil requis pour occuper le poste qu'on veut lui confier. "Monsieur Ndomo Elouna Cyprien n'est pas ingénieur, affirme la lettre,contrairement à la déclaration faite. Il n'est titulaire que d'un DUT ( Bac+2) et ne peut en aucun cas occuper un poste de responsable Qualité qui requiert un profil d'auditeur généralement réservé aux ingénieurs bénéficiant d'une longue expérience professionnelle au sein du Groupe. ".

En effet, la lecture de son curriculum vitae est particulièrement édifiante sur l'incompatibilité de son cursus avec le poste de responsable Qualité d'une maison aussi prestigieuse que le Groupe Véritas.

Toujours sur ce cas; l'article 105 du Code du travail précise que "pour être recevable, la demande d'autorisation d'emploi doit viser à pourvoir un emploi pour lequel en raison des qualifications professionnelles requises, de la nature ou de la localisation des travaux, il n'a pu être fait appel à un travailleur gabonais disponible."

Or, toujours d'après la lettre de protestation, "le Bureau Véritas Gabon dispose pour son activité Bâtiments, d'ingénieurs gabonais diplômés des grandes écoles en nombre suffisant et jouissant d'une longue expérience professionnelle allant de 6 à 24 ans ( ..)."

En effet, en consultant l'organigramme de cette entreprise exigeante, dont le métier est de vérifier les normes, il existe des ingénieurs bien formés. L'un d'eux, diplômé de l'INSA Toulouse depuis 1978, est entré au Bureau Véritas en 1988. Avec l'embauche de M. Ndomo, il se retrouve subalterne du titulaire d'un DUT (Bac+2) obtenu en 1998 à l'Institut universitaire de technologie de Ngaoundéré (nord duCameroun). Autrement dit, lorsque le patron passait son DUT p (Bac+2) à Ngaoundéré, le subalterne gabonais cumulait déjà 10 ans d'ancienneté au Bureau Véritas Gabon, en qualité d'ingénieur.

CHOIX ARBITRAIRE. Un autre Gabonais, ingénieur généraliste, est diplômé de l'Ensil de Libreville (promotion 1983) et de l'Ecole nationale des ponts et chaussées de Paris (1987). Sans compter tous les autres. Il y en a au moins 12 dans la maison.

Le choix de M. Stéphane Jolibois est jugé arbitraire par la plupart des employés que compte le Bureau Véritas Gabon. Ils estiment incompréhensible cette attitude dans la mesure où de nombreux Gabonais diplômés ont souvent vu leurs demandes d'embauche rejetées. Aussi, " l'entrée au Bureau Véritas Gabon de M. Ndomo estelle susceptible de créer un climat conflictuel au sein de la société en raison de ses liens de copinage avec le directeur ", conclut le Collège des délégués du personnel, en guise d'avertissement.

Un avertissement sans frais adressé à leur patron qui soit dit en passant, n'hésite pas à signer les documents indistinctement par "Le Directeur général" le Directeur d'exploitation" ou par "le Chef de service CTC". Et qui parfois "agit en nom et pouvoir d'un certain C. Draux", dont chacun sait qu'il est définitivement rentré dans son pays.

En tout état de cause, la situation qui prévaut actuellement au Bureau Véritas Gabon est révélatrice d'un comportement observable dans notre pays partout ailleurs, la présence nationale, en matière d'emploi, est appliquée de manière ferme et intransigeante. Certaines sociétés gabonaises implantées dans la sous-région en ont d'ailleurs fait les frais. On ne peut pas prétendre aimer un pays et s'y implanter en méprisant ses ressortissants et en bafouant outrageusement ses lois. Non, tous les Gabonais ne sont pas des cancres. Non, tous les Gabonais ne sont pas des paresseux, contrairement à l'idée répandue dans certains mieux d'affaires.

Le Bureau Véritas est payé fort cher pour contrôler et vérifier les normes dans les domaines les plus variés. Quel crédit réserver à ses avis lorsqu'il est le premier à piétiner délibérément les mêmes normes, s'agissant de la qualification de certains de ses agents, et cela au mépris des lois de la République ?

Affaire à suivre.

Source : Journal L'Union Plus du 30 Janvier 2007

 



   

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