FAIT DIVERS
Psychose
au Collège Théodore Kwaou de Mandji
Voici une semaine déjà que les
cours sont perturbés au Collège d'enseignement
secondaire (CES) Théodore Kwaou de Mandji, chef
lieu du département de Ndolou. A l'origine de
cette situation, des troubles psychiques apparus
chez certains élèves de l'établissement, ainsi
que la mort dans des conditions suspectes d'un
élève d'un établissement voisin. Dans la petite
cité blottie dans la plaine, les avis sont
partagés: les uns parlent d'un envoûtement,
tandis d'autres privilégient la thèse des
maladies naturelles. Pour essayer de ramener la
quiétude, les autorités locales ont invité un
prêtre à aller bénir l'établissement afin que
les cours reprennent aujourd'hui.
LES
cours devraient reprendre ce matin au Collège
d'enseignement secondaire (CES) Théodore Kwaou
de Mandji, chef-lieu du département de Ndolou.
Les autorités locales ont invité un prêtre à
aller bénir cet établissement où des troubles
psychiques aux origines jugées mystiques sont
apparus la semaine dernière chez certains
élèves. Depuis lors, une certaine psychose s'est
emparée de la ville où de mauvaises langues
parlent d'un sortilège.
De fait, le malaise s'est
amplifié avec la mort, dans des conditions
suspectes, d'un garçon de dix-sept ans, le nommé
Barnès Bakoula Aboghé, inscrit à l'école
protestante de Mandji. L'adolescent qui a été
soudainement attaqué par une crise similaire de
delirium tremens, a rendu l'âme quelque temps
après son acheminement à l'hôpital provincial de
Mouila. Avant son dernier souffle, il aurait
déclaré avoir été ensorcelé dans l'enceinte
du collège Théodore Kwaou.
Un malheur n'arrivant jamais
seul, des troubles psychiques jugés mystérieux
sont soudainement apparus au sein de
l'établissement. D'après nos investigations,
tout remonte au samedi 20 janvier dernier. Ce
jour-là; les quelque trois-cent quatre
vingt-cinq élèves du Collège Théodore Kwaou se
retrouvent dans l'établissement. Ils n'ont pas
cours le samedi, mais le principal, Pierre Mombo
Mihindou et ses collaborateurs les ont convoqués
pour boucler la série des devoirs du premier
trimestre. Les professeurs des matières
concernées étant au complet, les élèves entrent
dans leurs salles de classe respectives.
Le temps passe sans qu'ils ne
s'en rendent compte. Ce samedi 20 janvier 2007,
un silence pesant règne dans l'établissement.
Pourtant de temps à autre, les toussotements
d'élèves grippés viennent interrompre ce calme
plat. Tout comme le bruit des véhicules qui
circulent sur la route latéritée qui jouxte le
collège. En cette fin de matinée, un soleil de
plomb darde ses rayons sur Mândji, la petite
cite blottie dans la plaine. Concentrés à leurs
devoirs, les élèves ne font pas le vacarme qui
amènent souvent leurs enseignants à tonner.
TENSION• Il est un peu
plus de onze heures. Les élèves de la 5e,
qui viennent de terminer leur devoir, vident la
salle de classe. Leurs murmures et le bruit de
leurs pas attirent l'attention de leurs
camarades, eux-aussi pressés de regagner leurs
domiciles respectifs pour vaquer à leurs
occupations du week-end. En cette fin de
matinée, rien ne vient troubler la tranquillité
des élèves restés en casse. Pourtant, c'est le
calme avant la tempête. Quelques minutes vont
encore s'égrener avant que les choses ne se
gâtent.
A midi tapant, des cris
fusent de la 6e " A": un garçon de seize ans
vient de s'y écrouler. Il s'agit du jeune Ulrich
Akounga, qui s'est brusquement évanoui, causant
ainsi (émoi dans la salle. Aussitôt, ses
condisciples et ses enseignants se mettent à le
réanimer. Quelques instants plus tard, le tour
revient à sa congénère Stécy Malonda de
s'effondrer. Pour éviter le pire, le principal
Pierre Mombo Mihindou ordonne l'évacuation des
élèves malades au centre médical de la ville. Au
moment où les élèves de la classe de 3e quittent
leur salle, une fille nommée Emélie Dilebou di
Mounguengui Nioga s'écroule à son tour.
La troisième victime se met à
délirer: « Il a attrapé beaucoup
d'enfants, donnez-lui ce qu'il veut!
Donnez-lui ce qu'il veut pour qu'il nous laisse
tranquilles!» crie la jeune fille, qui est,
à son tour, transportée à l'hôpital. Très vite,
des voix s'élèvent pour parler d'un mauvais sort
jeté au Collège Théodore Kwaou. D'aucuns vont
jusqu'à accuser un responsable de
l'établissement. Dans la foulée, des élèves vont
le cueillir à domicile pour l'emmener à coups de
cravache à l'hôpital afin d'aller "délivrer les
esprits" des trois élèves évanouis. En même
temps, la tension monte dans la ville, les
autres élèves ayant décidé de venger leurs
condisciples qu'ils disent victimes une
agression mystique.
Pour éviter le pire, le
préfet du département de Ndolou organise
l'évasion du responsable de l'établissement
incriminé par les élèves et certains riverains
fulminant de colère. Dans l'après-midi, une
réunion de crise se tient à la préfecture de
Mandji. A cette occasion, les autorités
politico-administratives sont séquestrées par
les jeunes dont les rangs grossissent au fil des
heures. Les manifestants réclament crue toute la
lumière soit faite sur les troubles psychiques
soudainement apparus au collège.
Dans ce schéma, ils exigent
que la trésorerie de l'établissement débloque
une somme qui permettrait d'inviter un " Nganga".
Devant la pression
croissante, le principal ordonne la sortie d'une
somme de cent mille francs. Le lendemain matin,
des jeunes se rendent à Mouila pour y quérir un
voyant. Mais ce dernier leur fait comprendre
qu'il ne peut pas se déplacer dans l'immédiat
pour des raisons personnelles. Une semaine va
s'écouler et une psychose morbide s'empare des
Manois. Les cours sont suspendus au CES Théodore
Kwaou. Pour permettre aux collégiens de renouer
avec les salles de classe, les autorités locales
ont invité un prêtre à aller bénir les locaux de
l'établissement.
Après ce rituel, du reste
contesté par une grande partie de la population
- plutôt favorable à la venue d'un Nganga pour
faire la lumière sur cette affaire - les cours
devraient reprendre ce matin au collège Théodore
Kwaou de Mandji. II reste qu' élèves et
enseignants émettent des réserves quant au
retour total de la sérénité dans
l'établissement. Pourtant, les autorités
minimisent les crises psychiques enregistrés
dans ce collège. Ils s'appuient sur la thèse des
maladies naturelles avancée par les autorités
sanitaires de la province. Mais ce déni leur
vaut les soupçons de tout genre.