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Le quotidien l'Union du 29 Janvier 2007

 

FAIT DIVERS

Psychose au Collège Théodore Kwaou de Mandji

Voici une semaine déjà que les cours sont perturbés au Collège d'enseignement secondaire (CES) Théodore Kwaou de Mandji, chef lieu du département de Ndolou. A l'origine de cette situation, des troubles psychiques apparus chez certains élèves de l'établissement, ainsi que la mort dans des conditions suspectes d'un élève d'un établissement voisin. Dans la petite cité blottie dans la plaine, les avis sont partagés: les uns parlent d'un envoûtement, tandis d'autres privilégient la thèse des maladies naturelles. Pour essayer de ramener la quiétude, les autorités locales ont invité un prêtre à aller bénir l'établissement afin que les cours reprennent aujourd'hui.

LES cours devraient reprendre ce matin au Collège d'enseignement secondaire (CES) Théodore Kwaou de Mandji, chef-lieu du département de Ndolou. Les autorités locales ont invité un prêtre à aller bénir cet établissement où des troubles psychiques aux origines jugées mystiques sont apparus la semaine dernière chez certains élèves. Depuis lors, une certaine psychose s'est emparée de la ville où de mauvaises langues parlent d'un sortilège.

De fait, le malaise s'est amplifié avec la mort, dans des conditions suspectes, d'un garçon de dix-sept ans, le nommé Barnès Bakoula Aboghé, inscrit à l'école protestante de Mandji. L'adolescent qui a été soudainement attaqué par une crise similaire de delirium tremens, a rendu l'âme quelque temps après son acheminement à l'hôpital provincial de Mouila. Avant son dernier souffle, il aurait déclaré avoir été ensorcelé dans l'enceinte du collège Théodore Kwaou.

Un malheur n'arrivant jamais seul, des troubles psychiques jugés mystérieux sont soudainement apparus au sein de l'établissement. D'après nos investigations, tout remonte au samedi 20 janvier dernier. Ce jour-là; les quelque trois-cent quatre vingt-cinq élèves du Collège Théodore Kwaou se retrouvent dans l'établissement. Ils n'ont pas cours le samedi, mais le principal, Pierre Mombo Mihindou et ses collaborateurs les ont convoqués pour boucler la série des devoirs du premier trimestre. Les professeurs des matières concernées étant au complet, les élèves entrent dans leurs salles de classe respectives.

Le temps passe sans qu'ils ne s'en rendent compte. Ce samedi 20 janvier 2007, un silence pesant règne dans l'établissement. Pourtant de temps à autre, les toussotements d'élèves grippés viennent interrompre ce calme plat. Tout comme le bruit des véhicules qui circulent sur la route latéritée qui jouxte le collège. En cette fin de matinée, un soleil de plomb darde ses rayons sur Mândji, la petite cite blottie dans la plaine. Concentrés à leurs devoirs, les élèves ne font pas le vacarme qui amènent souvent leurs enseignants à tonner.

TENSION• Il est un peu plus de onze heures. Les élèves de la 5e, qui viennent de terminer leur devoir, vident la salle de classe. Leurs murmures et le bruit de leurs pas attirent l'attention de leurs camarades, eux-aussi pressés de regagner leurs domiciles respectifs pour vaquer à leurs occupations du week-end. En cette fin de matinée, rien ne vient troubler la tranquillité des élèves restés en casse. Pourtant, c'est le calme avant la tempête. Quelques minutes vont encore s'égrener avant que les choses ne se gâtent.

A midi tapant, des cris fusent de la 6e " A": un garçon de seize ans vient de s'y écrouler. Il s'agit du jeune Ulrich Akounga, qui s'est brusquement évanoui, causant ainsi (émoi dans la salle. Aussitôt, ses condisciples et ses enseignants se mettent à le réanimer. Quelques instants plus tard, le tour revient à sa congénère Stécy Malonda de s'effondrer. Pour éviter le pire, le principal Pierre Mombo Mihindou ordonne l'évacuation des élèves malades au centre médical de la ville. Au moment où les élèves de la classe de 3e quittent leur salle, une fille nommée Emélie Dilebou di Mounguengui Nioga s'écroule à son tour.

La troisième victime se met à délirer: « Il a attrapé beaucoup d'enfants, donnez-lui ce qu'il veut! Donnez-lui ce qu'il veut pour qu'il nous laisse tranquilles!» crie la jeune fille, qui est, à son tour, transportée à l'hôpital. Très vite, des voix s'élèvent pour parler d'un mauvais sort jeté au Collège Théodore Kwaou. D'aucuns vont jusqu'à accuser un responsable de l'établissement. Dans la foulée, des élèves vont le cueillir à domicile pour l'emmener à coups de cravache à l'hôpital afin d'aller "délivrer les esprits" des trois élèves évanouis. En même temps, la tension monte dans la ville, les autres élèves ayant décidé de venger leurs condisciples qu'ils disent victimes une agression mystique.

Pour éviter le pire, le préfet du département de Ndolou organise l'évasion du responsable de l'établissement incriminé par les élèves et certains riverains fulminant de colère. Dans l'après-midi, une réunion de crise se tient à la préfecture de Mandji. A cette occasion, les autorités politico-administratives sont séquestrées par les jeunes dont les rangs grossissent au fil des heures. Les manifestants réclament crue toute la lumière soit faite sur les troubles psychiques soudainement apparus au collège.

Dans ce schéma, ils exigent que la trésorerie de l'établissement débloque une somme qui permettrait d'inviter un " Nganga".

Devant la pression croissante, le principal ordonne la sortie d'une somme de cent mille francs. Le lendemain matin, des jeunes se rendent à Mouila pour y quérir un voyant. Mais ce dernier leur fait comprendre qu'il ne peut pas se déplacer dans l'immédiat pour des raisons personnelles. Une semaine va s'écouler et une psychose morbide s'empare des Manois. Les cours sont suspendus au CES Théodore Kwaou. Pour permettre aux collégiens de renouer avec les salles de classe, les autorités locales ont invité un prêtre à aller bénir les locaux de l'établissement.

Après ce rituel, du reste contesté par une grande partie de la population - plutôt favorable à la venue d'un Nganga pour faire la lumière sur cette affaire - les cours devraient reprendre ce matin au collège Théodore Kwaou de Mandji. II reste qu' élèves et enseignants émettent des réserves quant au retour total de la sérénité dans l'établissement. Pourtant, les autorités minimisent les crises psychiques enregistrés dans ce collège. Ils s'appuient sur la thèse des maladies naturelles avancée par les autorités sanitaires de la province. Mais ce déni leur vaut les soupçons de tout genre.

Source : Journal L'Union Plus du 29 Janvier 2007

 



   

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