MAUX ET DÉBAT
La
dictature du monopole
JOUR J-8. Ainsi, le compte à
rebours a commencé pour la Société d'énergie et
d'eau du compte (SEEG), sommé jeudi dernier par
le Conseil des ministres de mettre un terme,
dans un délai de dix jours, aux "disfonctionnements
à l'origine des perturbations observées
"dans la fourniture d'électricité à Libreville
et ses environs, et "à tout mettre en oeuvre
pour qu'un service de qualité soit à nouveau
disponible".
Pour de nombreux Librevillois
soumis au calvaire des délestages du courant
depuis deux semaines, il était temps. Si tant
est que la menace brandie par le gouvernement
puisse servir de moyen de pression à l'endroit
de la toute-puissante et unique société de
distribution d'eau et d'électricité sur
l'ensemble du pays
Toutefois, de nombreux
Librevillois se demande si cet ultimatum n'a pas
été dicté par le fait qu'un quartier huppé du
premier arrondissement de la capitale, qui
héberge de nombreux barons, est resté privé
du précieux "jus" pendant deux nuits et deux
jours d'affilée. Et aussi pour faire croire aux
consommateurs que les gouvernants se préoccupent
de leur calvaire, alors que ce délai de dix
jours est suffisant pour permettre à la SEEG
d'installer ses générateurs.
Au-delà des conséquences
économiques, sociales et sanitaires de ces
interruptions intempestives d'électricité dans
la capitale politique et administrative du pays,
il faut espérer que cette sommation ne soit pas
un coup d'épée dans l'eau pour le distributeur,
solidement juché sur son monopole et pour qui
l'adage commercial selon lequel " le client est
roi" ne semble que de la pure littérature.
Et pour cause: le client est
roi lorsqu'il y a concurrence. Or, en matière de
distribution d'électricité et d'eau au Gabon, le
consommateur n'a d'autre choix que de souscrire
un abonnement à la SEEG. Cette absence
d'alternative soumet les usagers à la dictature
et aux caprices du prestataire, non soumis à
l'obligation de résultats. Consciente de cette
situation de monopole, il laisse parfois pourrir
certaines situations dans le secret espoir
d'avoir les consommateurs à l'usure. Les
explications non convaincantes et des assurances
fournies quant au retour à la normale n'étant
que pure diversion.
On en veut pour preuve le
problème de la distribution d'eau qui se pose
toujours avec acuité dans certains quartiers de
Libreville. Lorsque la pénurie d'eau avait
commencé dans les ménages, la hiérarchie de la
SEEG avait tenté de la justifier maladroitement
par le fait que Libreville abritait à ce
moment-là une conférence internationale
qui avait occasionné une demande en eau.
Deux années environ ont
passé, l'alimentation n'est toujours pas revenue
à la normale dans certains quartiers. Beaucoup
de foyers passent parfois des journées entiers
sans une goutte d'eau, quand ce n'est pas un
mince filet qui coule du robinet et ne permet
d'ailleurs pas de prendre correctement une
douche avant d'aller à l'école ou au travail. A
moins de veiller tard, dans la nuit, pour
stocker le précieux liquide dans les récipients.
Quelle différence alors entre un abonné qui
devrait normalement être un privilégié, et celui
qui se ravitaille chez un tiers ?
Chose curieuse, ces
privations ne se répercutent pas sur le montant
des factures toujours plus élevées les unes que
les autres. Sans explications plausibles au
consommateur, cette vache à lait soumis à de
multiples taxes. A l'instar de celle qui
"sanctionne" le consommateur qui, pour des
raisons pratiques ou indépendantes de sa
volonté, va acheter "ses unités" dans un
point d'accueil autre que celui où il a
l'habitude de le faire.
Autant le dire. Le monopole
est à rebours de l'économie libérale dont
se réclame le Gabon. La concurrence favorise la
compétitivité, une amélioration du service à la
clientèle et une baisse des prix. La
libéralisation du secteur des télécommunications
au Gabon nous en a administré la preuve.
En effet, bien que le coût de
la communication soit encore élevé chez nous,
l'ouverture du marché national à trois
opérateurs privés dans le domaine de la
téléphonie mobile a sonné le glas du monopole du
téléphone filaire et l'ex-Office des postes et
télécommunications (OPTI où, par le passé,
c'était la croix et la bannière pour le commun
des particuliers pour obtenir une ligne
téléphonique fixe ou le précieux "75" , qui
n'étaient accessibles qu'à de rares privilégiés.
Aujourd'hui, le téléphone
s'est démocratisé au point qu'il a raccourci les
distances entre les villes et les campagnes.
Dans certains de nos villages en effet, des
parents peuvent désormais s'offrir le luxe
d'appeler ou de recevoir une communication même
étant dans leurs champs.
A quand la démocratisation de
la distribution d'eau et de l'électricité au
Gabon ?