PRIVATISATION
Gabon
Télécom cédé à Maroc Télécom à hauteur de 51% :
un long processus mené à bien
La privatisation du groupe
Gabon Télécom, longtemps confrontée à une baisse
importante de régime, a connu un coup
d'accélérateur avec la clôture de ce processus.
D'emblée, l'exécution réussie du plan social est
à saluer, mais il reste à veiller au suivi du
protocole d'accord afin que Maroc Télécom tienne
son ambitieux projet industriel.
QUARANTE
milliards de francs cfa. Tel est le coût du
rachat par Maroc Télécom de 51% des actions du
capital du groupe Gabon Télécom, acquis le
mercredi 9 février 2006, à l' issue d'une
cérémonie solennelle de paraphe de documents,
entre les deux parties représentées au plus haut
niveau. De prime à bord, la conduite de cette
privatisation à son terme, est une bonne affaire
réalisée par le gouvernement. Car, elle va
indéniablement contribuer à accroître la
productivité totale des facteurs et surtout le
potentiel de croissance de l'ensemble du secteur
non pétrolier en cette mode de diversification
de l'économie nationale.
Longtemps avant ce résultat,
il était reconnu que le groupe Gabon Télécom,
composé à la fois de Libertis et de Gabon
Télécom à proprement parler, croulait sous le
poids des pertes financières énormes. A preuve,
en 2005 Gabon Télécom avait perdu de l'argent à
hauteur de 3 milliards de francs cfa, si l'on en
croit une source digne de foi. Laquelle source
fait valoir qu'en 2006, les analyses prédisaient
des déficits plus élevés oscillant entre 7 et 8
milliards de nos francs. Plus grave, en 2005 les
commissaires aux comptes avaient désavoué la
gestion de l' entreprise par la direction
générale de l'époque en refusant ouvertement de
certifier ses comptes à cause de l'insuffisance
de contrôle interne, de la mauvaise organisation
des procédures d'arrêtés de comptes et de
l'absence d'inventaire des éléments d'actifs.
Cependant, pour lever, ces incertitudes, le
gouverne ment a été amené à appuyer la direction
financière de Gabon Télécom à travers
l'assistance d'un cabinet de renommée
internationale, en l'occurrence Ernst and Young,
grâce auquel lesdits comptes ont pu l'être en
2006. Il en est de même pour Libertis, où
d'après elle, les pertes d'argent se chiffrent à
1 milliard en 2005, et dont les prévisions en
2006 allaient culminer à 3 milliards de francs
cfa. Bref, on parle globalement de pertes encore
plus lourdes...
GÉRER•Dans un contexte
aussi préoccupant pour l'emploi de plus d'un
millier de compatriotes, le gouvernement n'avait
pas d'autre choix que de se résoudre à
privatiser enfin cette entreprise au bord de la
faillite. Or, si le groupe Gabon Télécom faisait
faillite, c'était au bas mot 1500 familles
nucléaires condamnées à vivre le chômage. Avec
elles, aussi, les parents collatéraux vivant aux
basques de ces salariés. A côté de cette réalité
accablante, il y a également le lourd passif de
l'entreprise évalué à 48 milliards de francs cfa
que devait avoir à supporter l'Etat.
Autant qu'on sache,
visiblement, c'est pour faire face à pareilles
situations incohérentes, voire irrationnelles,
que les autorités politiques n'ont jamais voulu
changer de cap dans leur volonté de conclure la
privatisation de Gabon Télécom, bien qu'il
s'agisse d'un secteur d'importance stratégique
pour le pays. Ce, nonobstant l'existence de
plusieurs facteurs bloquants et de forces
centrifuges tapies dans l'ombre, à l'origine du
retard considérable pris depuis deux ans dans
l'aboutissement du processus.
Ce faisant, au nombre de ces
freins ayant sans cesse gêné l'obtention d'un
tel résultat, on a souvent mis en relief
l'uniformisation du statut du personnel, ainsi
que les problèmes de sureffectif et de la masse
salariale démesurée.. Pour être parvenu, avant
d'entrer dans le vif du sujet avec Maroc
Télécom, à lever ces blocages multiples, le
gouvernement s'était déjà tracé à grands traits
les sillons du succès. Et pour tout dire,
l'exécution du plan social, à la satisfaction
des employés, reste encore digne d'intérêt au
sein de l'opinion nationale.
Élaboré sur la base des
résolutions de l'accord tripartite signé en 2004
entre le Comité de privatisation, les
partenaires sociaux et la hiérarchie de Gabon
Télécom, les mesures dudit plan vont
viser en priorité le départ de 30% des-effectifs.
A savoir :
Les pré-retraités, dont l'âge
varie entre 50 et 54 ans, les agents
concernés par les métiers de l'environnement,
atteints par des mesures de départs
transactionnels, les agents dotés d'un dossier
disciplinaire chargé, les cas sociaux et
médicaux, les agents exerçant dans des métiers
autres que les télécommunications. Mieux,
concernant ce plan social, un précieux point
marqué par le ministère de l'Fconomie, des
Finances, du Budget et de la Privatisation est
de s'être assuré, via un Comité ad hoc, qu' il a
bien pris en compte tous les droits des agents
éligibles au sein de l'entreprise.
On retient, en définitive,
que ce plan a été exécuté en deux vagues.
S'agissant de la première, au total 335 agents
en ont fait partie, et leur licenciement a été
prononcé à compter du 14 août 2006, avec en
prime le paiement intégral de leurs émoluments
mensuels. Il y a lieu de préciser que le budget
mis en règle
ment pour cette première
vague s'élevait à 7.781. 046. 676 Fcfa,
rappelle-t-on volontiers au siège du Comité de
privatisation. Quant à la seconde, elle a
concerné 250 employés, et elle a été bouclée en
décembre 2006. Enfin, notons que le montant
global du plan social s'élève à 13. 103. 875.014
F.cfa pour un effectif de 585 agents, sur la
base d'un départ à la retraite à 55 ans, et de
l'application du salaire brut révisé.
Par ailleurs, s'il est un
autre satisfecit décerné aux autorités du pays,
à l'aune de la conduite de cette privatisation,
il concerne le niveau du pourcentage des actions
cédées dans le capital de cette entreprise: 51 %
de parts données à Maroc Télécom. Bien que cela
signifie que le partenaire stratégique a toute
latitude pour gérer la boîte au quotidien dans
la prise de décisions, on mesure
indiscutablement le souci du gouvernement d'y
garder tout de même un droit de regard dans ce
secteur névralgique.
Le moins qu'on puisse dire,
au final, est que cette opération est d'autant
plus à saluer qu'elle symbolise la volonté
politique de mener à bien ensemble des réformes
structurelles de l'économie engagées dans un
processus d' ajustement, elle traduit la
détermination du gouvernement à se désengager
durablement du secteur productif. En plus, voilà
qui crédibilise le gouvernement, car dans ce
domaine, celui-ci fait ce qu'il dit.
POTENTEL ENORME. La
confiance placée en Maroc Télécom, aussi, est de
bon augure. Du moins, sa côte en bourse,
ajoutée à son expérience en tant qu'entreprise
transafricaine présente en Afrique du Nord, de
l'Ouest et maintenant Centrale, ainsi que son
appartenance au groupe français Vivendi,
suffisent à convaincre que ses dirigeants
peuvent mobiliser les capitaux à l' échelle
internationale pour réaliser son ambitieux
projet industriel d'investir 100 milliards de
Fcfa en cinq ans en matière de recherche et
développement.
Qu'à cela ne tienne, il reste
que le succès réel de cette privatisation sera
fonction de la capacité du gouvernement à
veiller au respect scrupuleux par ce partenaire
stratégique de son cahier de charges. Notamment,
la couverture nationale en téléphonie fixe et
mobile, l' amélioration de la qualité de service
de téléphonie fixe et mobile, la baisse des prix
de manière à rendre les services de
télécommunication accessibles à l'e ensemble des
la population, la satisfaction des demandes de
raccordement, la mise en oeuvre du programme
d'investissements, faire bénéficier à la
population des avantages des nouvelles
technologies de l'information et de la
communication, gérer rationnellement les
ressources humaines gabonaises, en particulier
les cadres du groupe Gabon Télécom. Sur le ton
de la directive, on note, que M. Alexandre Barro
Chambrier, ministre délégué auprès du ministre
d'État, ministre de l'Économie, du Budget et de
la Privatisation, s'est employé à les rappeler
avec force au partenaire marocain. Auprès duquel
il s'était rendu dans le Royaume chérifien pour
vendre l'énorme potentiel inestimable de Gabon
Télécom avec son unique câble sous-marin.