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Le quotidien l'Union du 22 Février 2007

 

GESTION DE LA PLUS-VALUE PÉTROLIÈRE

Dépenser ou épargner ?

Ce débat a dernièrement été posé par le ministre d'Etat en charge de l'Economie, des Finances, du Budget et de la Privatisation, Paul Toungui, dans un numéro de la revue du Fonds monétaire international (FMI), "Finances & Développement". Selon lui, les pays africains producteurs de pétrole doivent décider de comment tirer parti de la manne pétrolière.

LA question est sans doute d'actualité, au moment où, depuis plusieurs années, le prix du baril de pétrole défie les prévisions dans la majorité des pays, comme le Gabon, producteurs de cette richesse. Dans une revue du Fonds monétaire international (FMI), "Finances & Développement", le ministre d'Etat en charge de l'Economie, des Finances, du Budget et de la Privatisation, Paul Toungui, a dernièrement posé les termes du débat. Le papier a été publié dans la rubrique "Point de vue".

D'entrée, Paul Toungui pose la problématique. Il rappelle que les cours élevés du pétrole sur les marchés mondiaux apportent des recettes exceptionnelles aux pays africains producteurs, mais posent aussi la question de affectation de cette manne. Il s'interroge pour savoir "s'il est préférable d'utiliser ces ressources pour répondre aux nombreux défis auxquels ces pays sont confrontés, notamment la réalisation à l'horizon 2015 des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) dont la réduction de moitié de la pauvreté par rapport à 1990, la diminution de fa mortalité infantile et l'amélioration de la santé maternelle, et l'éducation, ou s'il vaut mieux en épargner une partie pour les générations futures ".

Le ministre d'Etat reconnaît que la tentation est très grande de se servir de ces revenus pour rattraper le retard accumulé.

Toutefois, jetant un regard dans le passé, il relève que pendant les précédents booms pétroliers la manne engrangée à l'époque et les conditions de financement favorables avaient conduit le Gabon à recourir à un endettement excessif pour financer des programmes d'investissement ambitieux dans des infrastructures de base. Cette approche, rappelle M. Toungui, avait abouti à la hausse des coûts de production et à un niveau d'endettement insoutenable. "Compte tenu de sa faible capacité d'absorption, écrit le patron des Finances, le Gabon a choisi d'utiliser ses ressources additionnelles pour financer les dépenses sociales, en privilégiant les secteurs structurants afin d'augmenter le potentiel de croissance de l'économie et en épargnant une partie afin de prévenir d'éventuels chocs externes".

Au regard du constat actuel, Paul Toungui estime que la réalisation des OMD par les pays africains à l'horizon 2015 est quasiment un objectif impossible . "En effet, dit-il, la croissance réelle reste faible dans nombre de pays et nettement inférieure aux 7% nécessaires pour atteindre les OMD. De plus, le service de la dette pèse lourdement sur les finances publiques et absorbe des ressources qui pourraient être affectées à la réduction de la pauvreté, ce qui se traduit par une stagnation voire une dégradation des indicateurs sociaux".

PRIORITES DU DSCRP. Par rapport à cela, le ministre d'Etat souligne que les problèmes du Gabon sont particulièrement ai~us. Bien que le pétrole contribue pour plus de 40 % à la formation du PIB, le pays était classé 123è sur 177 en 2004 selon l'indice du développement humain du Pnud. Le service de la dette accapare près de 40 % des recettes totales. Ce qui limite considérablement les capacités d'investissement dans les secteurs sociaux. Selon le ministre des Finances, le caractère volatil des ressources pétrolières du Gabon et le déclin de la production déjà amorcé, font de la diversification de l'économie un impératif à moyen terme, dans l'optique d'une croissance durable nécessaire à la réduction de la pauvreté. Et la réalité implacable d'un effondrement des revenus pétroliers conduit inévitablement un pays comme le nôtre à profiter de l'embellie des cours pour réduire significativement l'encours de la dette.

"Ce choix se justifie, poursuit Paul Toungui, d'autant plus que le Gabon n'a quasiment pas accès aux programmes d'annulation de la dette. Parallèlement, le recours au rééchelonnement n'est plus envisageable compte tenu de son coût et du rétrécissement de l'assiette rééchelonnable. Dans le même temps, l'aide publique au développement reste difficilement mobilisable et les dons relativement insignifiants..."

Evoquant un devoir de mémoire, le ministre d'Etat Toungui, écrit qu'il faut tenir compte des erreurs du passé. Car, au cours des précédents boums, les pays exportateurs du pétrole ont bénéficié pendant un temps d'un afflux de pétrodollars sous forme de recettes nettes et sous forme de prêts massifs, qui s'est soldé par un déficit des finances publiques et une inflation vertigineuse. "Le phénomène pourrait se reproduire de nos jours, prévient l'auteur, si les autorités lancent des programmes d'investissement et des mesures sociales qui dépassent les capacités de l'économie de répondre à une demande forte?. D'où l'importance, selon lui, de « ne pas vivre au dessus de ses moyens».

C'est sans doute dans cette optique que, le chef de l'Etat, Omar Bongo Ondimba, désireux de voir la richesse pétrolière du pays contribuer davantage à son développement, a décidé d'affecter une Partie importante du surplus de recettes pétrolières à la réalisation d'un certain nombre d'infrastructures de développement. Des dépenses qui, rappelle Paul Toungui, reflètent les priorités arrêtées dans le Document stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP).

Dans tous les cas, le ministre des Finances estime que la nécessité de constituer une épargne afin de se prémunir contre un brusque retournement de conjoncture ou de préparer (avenir des générations futures n'est pas discutable. « C'est pourquoi, poursuit-il, le Gabon a créée en 1998 un "Fonds pour les générations futures" et l'alimente régulièrement depuis 2003».

RARE OCCASION. Cependant, relève M. Toungui,cette stratégie impose un choix entre une épargne intérieure faiblement rémunérée et des placements dans des instruments financiers internationaux à fort potentiel de rentabilité, même au prix d'un risque accru.

En somme, le ministre d'Etat en charge des Finances estime que la hausse récente des cours du pétrole et la manne financière qui en résulte offrent aux pays producteurs africains une "rare occasion" de résorber ou réduire leurs déséquilibres structurels. i Au regard de l'ampleur des défis à surmonter pour atteindre les OMD, poursuit-il, ils n'ont guère d'autres choix que d'investir une part importante de cette manne dans des équipements sociaux productifs de base.

Et Paul Toungui de conclure: « Cependant, le rythme de la dépense doit être corrélé à la capacité de l'économie à supporter de nouveaux grands programmes de dépenses. Si celle-ci est relativement faible, les pays doivent épargner une partie des fonds et non répondre aune demande sociale immédiate et parfois très pressante. Dès lors, le choix du dosage approprié entre dépenses et épargne est important car il détermine les bénéfices qu'un pays peut attendre de sa richesse pétrolière. En ce qui concerne la partie épargnée, l'option des fonds pour les générations futures domiciliés dans les systèmes bancaires locaux pourrait être relativement moins rentable. Il serait préférable de l'investir dans des instruments financiers internationaux et de procéder à un remboursement anticipé d'une dette coûteuse ».

Aux uns et aux autres d'apprécier.

Source : Journal L'Union Plus du 22 Février 2007

 



   

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