GESTION DE LA PLUS-VALUE
PÉTROLIÈRE
Dépenser
ou épargner ?
Ce débat a dernièrement été
posé par le ministre d'Etat en charge de l'Economie,
des Finances, du Budget et de la Privatisation,
Paul Toungui, dans un numéro de la revue du
Fonds monétaire international (FMI), "Finances &
Développement". Selon lui, les pays africains
producteurs de pétrole doivent décider de
comment tirer parti de la manne pétrolière.
LA
question est sans doute d'actualité, au moment
où, depuis plusieurs années, le prix du baril de
pétrole défie les prévisions dans la majorité
des pays, comme le Gabon, producteurs de cette
richesse. Dans une revue du Fonds monétaire
international (FMI), "Finances & Développement",
le ministre d'Etat en charge de l'Economie, des
Finances, du Budget et de la Privatisation, Paul
Toungui, a dernièrement posé les termes du
débat. Le papier a été publié dans la rubrique
"Point de vue".
D'entrée, Paul Toungui pose
la problématique. Il rappelle que les cours
élevés du pétrole sur les marchés mondiaux
apportent des recettes exceptionnelles aux pays
africains producteurs, mais posent aussi la
question de affectation de cette manne. Il
s'interroge pour savoir "s'il est préférable
d'utiliser ces ressources pour répondre aux
nombreux défis auxquels ces pays sont
confrontés, notamment la réalisation à l'horizon
2015 des objectifs du Millénaire pour le
développement (OMD) dont la réduction de moitié
de la pauvreté par rapport à 1990, la diminution
de fa mortalité infantile et l'amélioration de
la santé maternelle, et l'éducation, ou s'il
vaut mieux en épargner une partie pour les
générations futures ".
Le ministre d'Etat reconnaît
que la tentation est très grande de se servir de
ces revenus pour rattraper le retard accumulé.
Toutefois, jetant un regard
dans le passé, il relève que pendant les
précédents booms pétroliers la manne engrangée à
l'époque et les conditions de financement
favorables avaient conduit le Gabon à recourir à
un endettement excessif pour financer des
programmes d'investissement ambitieux dans des
infrastructures de base. Cette approche,
rappelle M. Toungui, avait abouti à la hausse
des coûts de production et à un niveau
d'endettement insoutenable. "Compte tenu de sa
faible capacité d'absorption, écrit le patron
des Finances, le Gabon a choisi d'utiliser ses
ressources additionnelles pour financer les
dépenses sociales, en privilégiant les secteurs
structurants afin d'augmenter le potentiel de
croissance de l'économie et en épargnant une
partie afin de prévenir d'éventuels chocs
externes".
Au regard du constat actuel,
Paul Toungui estime que la réalisation des OMD
par les pays africains à l'horizon 2015 est
quasiment un objectif impossible . "En effet,
dit-il, la croissance réelle reste faible dans
nombre de pays et nettement inférieure aux 7%
nécessaires pour atteindre les OMD. De plus, le
service de la dette pèse lourdement sur les
finances publiques et absorbe des ressources qui
pourraient être affectées à la réduction de la
pauvreté, ce qui se traduit par une stagnation
voire une dégradation des indicateurs sociaux".
PRIORITES DU DSCRP. Par
rapport à cela, le ministre d'Etat souligne que
les problèmes du Gabon sont particulièrement
ai~us. Bien que le pétrole contribue pour plus
de 40 % à la formation du PIB, le pays était
classé 123è sur 177 en 2004 selon l'indice du
développement humain du Pnud. Le service de la
dette accapare près de 40 % des recettes
totales. Ce qui limite considérablement les
capacités d'investissement dans les secteurs
sociaux. Selon le ministre des Finances, le
caractère volatil des ressources pétrolières du
Gabon et le déclin de la production déjà amorcé,
font de la diversification de l'économie un
impératif à moyen terme, dans l'optique d'une
croissance durable nécessaire à la réduction de
la pauvreté. Et la réalité implacable d'un
effondrement des revenus pétroliers conduit
inévitablement un pays comme le nôtre à profiter
de l'embellie des cours pour réduire
significativement l'encours de la dette.
"Ce choix se justifie,
poursuit Paul Toungui, d'autant plus que le
Gabon n'a quasiment pas accès aux programmes
d'annulation de la dette. Parallèlement, le
recours au rééchelonnement n'est plus
envisageable compte tenu de son coût et du
rétrécissement de l'assiette rééchelonnable.
Dans le même temps, l'aide publique au
développement reste difficilement mobilisable et
les dons relativement insignifiants..."
Evoquant un devoir de
mémoire, le ministre d'Etat Toungui, écrit qu'il
faut tenir compte des erreurs du passé. Car, au
cours des précédents boums, les pays
exportateurs du pétrole ont bénéficié pendant un
temps d'un afflux de pétrodollars sous forme de
recettes nettes et sous forme de prêts massifs,
qui s'est soldé par un déficit des finances
publiques et une inflation vertigineuse. "Le
phénomène pourrait se reproduire de nos jours,
prévient l'auteur, si les autorités lancent des
programmes d'investissement et des mesures
sociales qui dépassent les capacités de
l'économie de répondre à une demande forte?.
D'où l'importance, selon lui, de « ne pas
vivre au dessus de ses moyens».
C'est sans doute dans cette
optique que, le chef de l'Etat, Omar Bongo
Ondimba, désireux de voir la richesse pétrolière
du pays contribuer davantage à son
développement, a décidé d'affecter une Partie
importante du surplus de recettes pétrolières à
la réalisation d'un certain nombre
d'infrastructures de développement. Des dépenses
qui, rappelle Paul Toungui, reflètent les
priorités arrêtées dans le Document stratégique
de croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP).
Dans tous les cas, le
ministre des Finances estime que la nécessité de
constituer une épargne afin de se prémunir
contre un brusque retournement de conjoncture ou
de préparer (avenir des générations futures
n'est pas discutable. « C'est pourquoi,
poursuit-il, le Gabon a créée en 1998 un "Fonds
pour les générations futures" et l'alimente
régulièrement depuis 2003».
RARE OCCASION. Cependant,
relève M. Toungui,cette stratégie impose un
choix entre une épargne intérieure faiblement
rémunérée et des placements dans des instruments
financiers internationaux à fort potentiel de
rentabilité, même au prix d'un risque accru.
En somme, le ministre d'Etat
en charge des Finances estime que la hausse
récente des cours du pétrole et la manne
financière qui en résulte offrent aux pays
producteurs africains une "rare occasion" de
résorber ou réduire leurs déséquilibres
structurels. i Au regard de l'ampleur des défis
à surmonter pour atteindre les OMD, poursuit-il,
ils n'ont guère d'autres choix que d'investir
une part importante de cette manne dans des
équipements sociaux productifs de base.
Et Paul Toungui de conclure:
« Cependant, le rythme de la dépense doit
être corrélé à la capacité de l'économie à
supporter de nouveaux grands programmes de
dépenses. Si celle-ci est relativement faible,
les pays doivent épargner une partie des fonds
et non répondre aune demande sociale immédiate
et parfois très pressante. Dès lors, le choix du
dosage approprié entre dépenses et épargne est
important car il détermine les bénéfices qu'un
pays peut attendre de sa richesse pétrolière. En
ce qui concerne la partie épargnée, l'option des
fonds pour les générations futures domiciliés
dans les systèmes bancaires locaux pourrait être
relativement moins rentable. Il serait
préférable de l'investir dans des instruments
financiers internationaux et de procéder à un
remboursement anticipé d'une dette coûteuse ».
Aux uns et aux autres
d'apprécier.