PERTUBATIONS DANS LA
FOURNITURE DE L'ÉLECTRICITÉ A LIBREVILLE
Les
conséquences possibles des délestages
Les abonnés de la SEEG
commencent à exprimer des signes d'impatience,
conscients qu'ils sont que les interruptions
récurrentes dans la fourniture du courant
peuvent occasionner des dégâts insoupçonnés.
DANS la Convention de
concession de service public de production, de
transport et de distribution d'eau potable et
d'énergie électrique, convention qui, depuis
1997, lie l'Etat et la SEEG, dans la partie
dénommée Cahier des charges-Partie commune, au
Titre I des principes généraux d'exploitation,
au chapitre Ides principes, à l'article 1 de la
Permanence et continuité, il est clairement dit
que "Le concessionnaire (la SEEG) a l'obligation
de mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires
et prendre toutes les dispositions utiles
permettant d'assurer en permanence un
fonctionnement continu et régulier des Services
concédés (ceux liés à la distribution de l'eau
et de l'électricité). A cet effet, le
concessionnaire s'engage à fournir en quantité
suffisante toute l'eau potable et toute
l'énergie électrique nécessaire aux besoins des
abonnes". Il y a dans cette disposition des mots
qui pèsent d'un poids réel et dont la SEEG ne
semble pas apprécier l'importance. Ce sont
'obligation", "assurer en permanence",
"fonctionnement continu et régulier des
services concédés (eau potable et énergie
électrique)"... Mais il y a surtout le
groupe de mots "le concessionnaire s'engage à".
Personne ne peut contester
aujourd'hui, au constat des perturbations qui se
produisent à Libreville, que la SEEG est loin
d'avoir tenu ses engagements, notamment dans
l'obligation principale ,qui lui était faite de
fournir l'eau et 1 électricité à ses abonnés,
l'obligation des clients étant de payer leur
facture.
Or à heure actuelle, le
client ne jouit plus en permanence de son droit
au service public, notamment à celui
d'électricité, à cause des interruptions de
courant qui tendent à devenir permanentes.
En principe et selon le droit
commun, et précisément selon le droit de la
consommation, dans un contrat, la partie qui est
la cause de la rupture abusive du contrat est
tenue de réparer les torts qu'elle fait subir à
l'autre partie.
Dans cette optique, le temps
est peut-être venu pour les organisations de
défense des intérêts des consommateurs,
d'organiser la collecte des revendications et
des plaintes des Gabonais et des Gabonaises, et
même de toutes autres les personnes qui sont
victimes, au même titre que les nationaux, des
caprices de la SEEG.
MARCHE DE PROTESTATION•
Il y a quelques jours, les populations de
Libreville se proposaient d'organiser une marche
de protestation, ou simplement de se rassembler
aux abords d'une agence de la SEEG on pensait à
celle de la Peyrie - pour exprimer haut et fort
leur mécontentement face à ces délestages qui
commencent à les inquiéter sérieusement. Une
manière comme une autre d'exercer des pressions
sur cette entreprise et l'amener à rétablir une
situation qui devient chaque jour plus
insupportable. Une manière surtout pour la
population d'annoncer qu'elle irait jusqu'au
bout pour exiger d'être dédommagée en temps
opportun; des pertes d'appareils électriques, de
la détérioration des denrées alimentaires
irrattrapable pour les familles qui font leur
marché une fois par mois, du supplice de devoir
affronter la chaleur et les moustiques, et de
tous les autres désagréments causés aux
familles. Tout cela mérite d'être réparé.
Mais à côté de ces dégâts, la
rupture de fourniture d'électricité va
occasionner des pertes insoupçonnées
aujourd'hui. La situation est par exemple
intenable pour les magasins qui vendent les
produits alimentaires et qui vont peut-être
fermer boutique pour cause de détérioration de
ces denrées. Ce qui, à son tour, va entraîner la
fermeture (ou tout au moins la baisse de leur
activité) qui, au final, pourrait amener les
opérateurs économiques à se débarrasser d'une
partie de leur personnel. La situation actuelle,
la SEEG pourrait donc contribuer à aggraver le
chômage à Libreville pour la lutte duquel les
autorités fournissent des efforts surhumains et
incessants.
Autre conséquence possible :
les Gabonais ne sont plus sûrs de consommer des
denrées saines du fait de l'interruption souvent
prolongée de la chaîne de froid. Nul ne sait si
cette situation peut déboucher, sur une
augmentation des risques épidémiques dus aux
bactéries qui se multiplient. L'insécurité
alimentaire, voilà à quoi nous exposent encore
ces perturbations à cause d'une entreprise qui,
ainsi que le recommandait le contrat de
concession, n'a pas pu mettre en oeuvre tous les
moyens nécessaires et prendre toutes les
dispositions utiles pour assurer en permanence
un fonctionnement continue et régulier des
services concédés de la distribution de l'eau et
de l'électricité.
Une autre conséquence, certes
indirecte, est l'augmentation du nombre des
incendies ces derniers temps, à cause de l'usage
inhabituel de nouveaux supports tels les bougies
et les Mosquitos et de leur manipulation par des
enfants.
ENCORE ET ENCORE• Aussi
grave est le retour galopant de l'insécurité
des personnes et des biens, du banditisme et des
agressions dans la rue et même à domicile,
notamment la nuit. Ce regain d'insécurité n'est
rendu possible que par la fourniture aléatoire
du courant qui maintient des zones entières de
Libreville dans l'obscurité. Cela, pendant
parfois 24 heures. Ou même plus.
Enfin, l'expérience que nous
fait vivre la SEEG laissera des traces dans
notre vie diplomatique. En effet, il n'y a pas
que les administrations gabonaises qui sont
victimes des coupures électriques. Il y a aussi
les missions diplomatiques accréditées au Gabon.
Nombre d'entre elles se plaignent, non seulement
des interruptions trop prolongées de l'énergie
électrique, mais aussi des informations erronées
contenues dans les programmes de délestages
publiées dans la presse. Une situation qui met à
mal toutes les précautions que les uns et les
autres peuvent prendre pour minimiser les dégâts
causés par ces délestages. On regrette que la
SEEG ne respecte que très peu ses propres
programmes, se cachant derrière le fait qu'elle
donne des programmes indicatifs susceptibles de
subir les variations de la réalité sur le
terrain Accessoirement, le droit à l'information
juste du client n'est pas respecté - Dans tous
les cas, quelle image la SEEG veut-elle donner
de notre pays à l'extérieur ?
La chose que la population
demande aujourd'hui à cette entreprise est
d'assumer ses responsabilités, l'eau et
l'électricité n'étant pas privatisées. Si elle
ne se sent plus capable d'assurer le service
public de distribution de ces produits, le
Gabonais est en droit de solliciter du
gouvernement l'ouverture de ces secteurs à
d'autres opérateurs. La fin du monopole
aboutirait peut-être à la fin des ruptures dans
la distribution de l'électricité.