FINANCES PUBLIQUES
Quid du
CDMT ?
DEPUIS la crise de 1986,
consécutive au premier contre choc pétrolier, la
stratégie de développement du Gabon s'est
appuyée sur des objectifs de court terme, afin
de s'adapter à la situation des ressources
publiques: Les aléas de la conjoncture
internationale, notamment ceux relatifs aux
paramètres pétroliers, ont continué à faire
évaluer l'économie en dents de scie, masquant
une évolution généralement défavorable des
structures économiques et sociales du pays.
Le recyclage de la rente
suivant une logique de préoccupations à court
terme n'a fait qu'amplifier les chocs
extérieurs. Pour rompre avec cette forme de
"pilotage à vue de l'économie" et ramener un
minimum de rigueur dans la programmation, le
gouvernement s'est engagé, depuis quelques
années, dans une nouvelle démarche de
planification intégrant des outils de long,
moyen et court termes.
Cet engagement a débouché sur
l'élaboration du Document de stratégie de
croissance et de réduction de la pauvreté qui, à
partir d'une évaluation du profil de la pauvreté
au Gabon ainsi que d'un cadrage macroéconomique
à moyen terme, fixe pour une période triennale,
des programmes de croissance et de lutte contre
le phénomène de la pauvreté à mettre en oeuvre
et d'asseoir un développement durable.
L'élaboration de ce document
a permis de mettre en exergue un obstacle majeur
à l'amélioration de la gouvernance dans notre
pays. Il s'agit de l'inadaptation des principaux
outils de gestion économique et financière à la
nouvelle donne. La plupart desdits outils sont
obsolètes ou ne répondent qu'à des
préoccupations de court terme.
Cette situation concerne, en
premier lieu, les instruments de cadrage
macroéconomique qui, non seulement sont
multiples avec l'existence de deux modèles de
simulation dont les bases de données ne sont pas
homogènes, mais aussi ne permettent que de faire
des projections limitées à moyen terme pour
asseoir la stratégie de croissance et de
réduction de la pauvreté.
Cette limitation des
instruments de cadrage macroéconomique constitue
un des handicaps du gouvernement dans ses
négociations avec le Fonds monétaire
international (FMI). II explique, en partie, le
faible niveau du budget d'investissement qui,
pour 2007, par exemple, ne représente que 12% du
budget de l'Etat.
L'inadaptation des outils de
gestion économique et financière concerne, en
second lieu, les instruments de cadrage
budgétaire qui, à court terme, sont obsolètes,
et inexistantes à moyen terme. Cela, du fait de
l'absence d'un cadre de dépenses à moyen terme
prévoyant, non seulement les dépenses
d'investissement, mais aussi les dépenses de
fonctionnement lias à la mise en service des
investissements programmés une fois ces derniers
achevés.
A cela il conviendrait
d'ajouter l'absence d'un système informatique
intégré de préparation et d'exécution du budget.
Lequel permet aux ministères financiers de
mettre sur le réseau informatique le cadre de
dépenses à moyen terme.
Il permet également aux
ministères sectoriels, sur la base de ce cadre,
d'introduire directement leur demandes
budgétaires dans ledit système intégré et
d'exécuter leurs budgets depuis leurs sièges
respectifs.
D'où de nombreuses
incompréhensions entre les ministères financiers
et les ministères techniques, une mauvaise
programmation des dépenses, et des pertes de
temps et de dossiers énormes en matière
d'exécution budgétaire.
De cette situation, il est
constaté une omission de certaines dépenses
pourtant prioritaires dans la loi de finances,
l'impossibilité pour de nombreux ministères de
mener correctement, à terme, l'exécution de leur
budget, ainsi que l'existence de nombreux
investissements achevés en zones rurales, mais
non mis en service pour cause d'indisponibilité
de ressources de fonctionnement.
Enfin, l'inadaptation des
outils de gestion concerne les instruments de
suivi/évaluation des programmes et projets qui,
aujourd'hui, sont quasi inexistantes.
Il en découle, ainsi, une
incapacité des services chargés de la
planification et des statistiques à faire le
point sur la mise en oeuvre des programmes et
projets, et une impossibilité de tirer les
enseignements des échecs passés. Afin de pallier
toutes ces insuffisances, et en accord avec les
recommandations du FMI, le gouvernement, à
travers les ministères de la Planification et
des Finances, s'est proposé d'élaborer un Cadre
de dépenses à moyen terme (CDMT), en vue
d'intégrer l'ensemble des dépenses publiques
prévisionnelles sur une période de 36 mois. Le
CDMT devant servir de socle à la préparation du
budget de l'année 2008.