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Le quotidien l'Union du 19 Février 2007

 

TENDANCE

Pourquoi aimons-nous l'esprit de facilité ?

PARLER d'esprit de facilité dans une société en perte de repères, et où aucune norme n'a plus droit de cité depuis plusieurs années déjà, peut paraître saugrenu. L'observation des comportements des Gabonais tout au long des dix dernières années révèle, en effet, un malaise profond. C'est ainsi que les situations les plus choquantes ne les émeuvent plus. Et, à défaut de les légitimer complètement, l'on semble trouver des excuses ou des circonstances atténuantes à des comportements blâmables qui, sous d'autres cieux, seraient sévèrement réprimés. Mais chez nous ils serviraient plutôt de marchepied à la promotion sociale. Ainsi, le "on va encore faire comment", cette gabonitude très souvent utilisée par de nombreux nationaux, en dit long sur leur découragement et leur scepticisme de voir s'améliorer les comportements décriés par le plus grand nombre au sein de la population.

Mais la presse, dont l'une des missions est justement d'informer et d'éduquer l'opinion, ne saurait se taire face à de telles attitudes déviantes de la société. Il en est ainsi, par exemple, de l'esprit de facilité. C'est-à-dire ce comportement qui consiste, chez de nombreux compatriotes, à usiter, à tout bout de champ, de raccourcis pour trouver des solutions à leurs problèmes. Une qui s'est donc enracinée dans les moeurs gabonaises et qui, aujourd'hui, se présente comme un véritable boulet au pied des pouvoirs publics qui l'ont un peu favorisée.

En effet, de nombreux observateurs imputent cette nouvelle conduite des nationaux aux hommes politiques,

car ce sont eux qui, une fois aux affaires, nomment souvent à des postes de responsabilité des personnes peu qualifiées au détriment 'autres plus compétentes. L'appartenance à l'ethnie; au villa e, au clan, à des clubs ésotériques et autres fratries constitue, dans la plupart des cas, le critère dominant de cooptation à ces postes.

Cette façon de faire les choses a donc implicitement forgé, dans la mentalité d'un grand nombre de compatriotes, l'idée selon laquelle n'importe qui peut atteindre des sommets, pour peu qu'il Jouisse d'un certificat de bonne naissance, qu'il entretienne des relations privilégiées avec les hautes sphères du pays ou qu'il ait simplement la possibilité de se faire élire à un scrutin.

Et c'est justement parce qu'ils sont désormais convaincus que l'élitisme ne représente pas toujours la voie royale au Gabon pour se faire une place au soleil, que beaucoup ne "se cassent plus le corps' , selon une formule consacrée. En d'autres termes, de telles personnes renoncent au goût de l'effort et choisissent pour bréviaire le système "D" pour améliorer leurs conditions de vie. A preuve l'entrée en politique de plus en plus de médecins, d'universitaires et d'autres membres de la société civile qui semblent déterminés à prendre leur destin en main en même temps que l'ascenseur social montant à la vitesse d'un supersonique.

Ces derniers ont parfaitement cour ris qu'au Gabon, seule la politique paie et nourrit bien son homme (ou sa femme c'est selon). C'est effectivement un secteur où on n'exige ni diplôme, ni compétence. Et où le mélange des genres est de rigueur. Et c'est du reste ainsi qu'est formée l'actuelle Assemblée nationale gabonaise: une institution qui représente fidèlement la population gabonaise, parce qu'elle est composée à la fois de brillants intellectuels et de parfaits illettrés, tous ayant cependant droit à la même "honorabilité" au même traitement princier.

L'esprit de facilité qui gangrène la société gabonaise tient aussi au contexte culturel de ses familles qui sont dites élargies. En effet, il y a encore, dans nos familles, des oncles, tantes, cousines, soeurs et autres personnes qui sont généralement promptes à porter aide et assistance à ceux de leurs membres se trouvant dans le besoin.

Trait dominant de la société africaine, en général, et gabonaise en particulier, cette marque de solidarité n'est malheureusement pas toujours bien perçue par certains parents, car de nombreux "parasites" se complaisent à demeurer dans cet état en faisant, chaque fin de mois, le tour des membres de la famille en vue de collecter les fonds nécessaires à leur entretien.

Autre facteur à l'origine de l'esprit de facilité dans la mentalité gabonaise, la géographie du pays qui fait du Gabon l'un des pays les plus enviés au monde avec ses 85% de forêt, sa réserve importante d'eau et la richesse de son sous-sol qui attirent, chaque jour que Dieu fait, de nombreux immigrants clandestins ou non.

Aussi, avec un climat favorable à l'agriculture en toute saison, la ville de Libreville par exemple, voit-elle pousser sur la plupart de ses concessions toutes sortes d'espèces fruitières. A l'instar des manguiers qui, dès la saison qui leur est consacrée, représentent de véritables sources d'alimentation pour de nombreux citadins vivant essentiellement d'aumônes.

Mais la vie facile ou alors l'esprit de facilité ne touche pas qu'aux seuls aspects évoqués ci-dessus. Il y a également, dans les écoles, les universités et dans le monde du travail, des personnes qui s'adonnent à ce modus operandi pour parvenir à leurs fins. C est précisément le cas des jeunes femmes qui, parfois, préfèrent emprunter les voies de la séduction en lieu et place des efforts qui leur sont demandés pour s'affirmer dans la société.

De tels comportements sont déplorables car ils maintiennent prisonniers et en état d'esclavage ceux qui choissent de les adopter. Il est donc bon que nous combattions cet esprit de facilité qui nous enchaîne et que nous apprenions à pêcher par nous-même, au lieu d'attendre toujours que tout nous tombe tout rôti du ciel…

Source : Journal L'Union Plus du 19 Février 2007

 



   

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Pour moi quoi…Makaya
C'EST vraiment bizarre. L'autre jour, mon Premier grand quotidien a fait état