POINT DE VUE
La baisse de la pluviométrie
est-elle bien la cause des délestages à
Libreville ?
Un expert en matière
d'hydrologie et de météorologie s'interroge sur
les causes réelles des délestages, soutenant que
la baisse de la pluviométrie ne peut être à
l'origine des interruptions de courant observées
ces jours-ci à Libreville. Démonstration.
Par Daniel Ondo (*)
L'OFFICE de la recherche
scientifique d'Outre-Mer (ORSTOM) a laissé au
Gabon plus de 200 postes pluviométriques en
fonctionnement, c'est-à-dire des instruments
installés par-ci par-là pour mesurer la pluie.
A la date d'aujourd'hui,
aucun organisme privé ou public n'a pris le
relais de ORSTOM pour pérenniser son oeuvre en
la matière. Ni la SEEG, ni le service
hydrologique du ministère des Mines et des
ressources hydrauliques, ni même la Direction de
la météorologie nationale du ministère des
Transports et de l'Aviation civile, ne possèdent
le minimum nécessaire pour effectuer des mesures
de pluies, météorologiques et hydrologiques, sur
l'ensemble du territoire national ou même sur
les bassins versants.
Sur quoi la SEEG se
base-t-elle alors pour affirmer que la
pluviométrie a baissé sur les bassins versants à
Kinguélé et Tchimbélé? Certes, il est vrai que
les mois de janvier et février sont dits de
petite saison sèche climatologiquement parlant.
Mais rien ne prouve que la petite saison sèche
de 7007 est plus importante que celle des années
2006, 2005, 2004, etc... où nous n'avons pas
enregistré des délestages à Libreville.
L'alimentation en eau des
hommes, étalée sur toute l'année, nécessite le
stockage de l'eau de pluie dans les retenues des
barrages. Ces barrages peuvent faire l'objet, au
fil des ans, d'un dépôt important de sédiments
qui entraîne un genre d'étiage de la retenue
d'eau et l'on a l'impression que la pluie a
diminué alors que ce n'est pas le cas. En
d'autres termes, la capacité de rétention d'eau
d'un barrage peut diminuer à cause des dépôts
divers sur le fond de la retenue. Dans ce cas,
s'il n'y a pas récurage régulier de la retenue,
que la pluie augmente ou baisse, la capacité de
rétention d'eau sera toujours inférieure à celle
prévue lors de la construction dudit barrage.
Serait-ce le cas des barrages de Kinguélé et
Tchimbélé ?
D'autre part, en admettant
tout de go l'explication de la SEEG, l'on
pourrait cependant se demander pourquoi l'eau de
la pompe du consommateur à Libreville n'a-t-elle
pas, elle aussi, été rationalisée puisque les
stations d'épuration installées à la périphérie
de Libreville auraient logiquement reçu elles
aussi moins d'eau à causé de la baisse de pluie.
Je pense donc que les vraies
raisons des délestages à Libreville sont
ailleurs. Mais je me permets d'attirer
l'attention de nos autorités et de dire à la
SEEG que nous ne pouvons aspirer au
développement durable en négligeant de prendre
en compte les facteurs clés de ce développement
durable qui sont, entre autres, la collecte et
l'utilisation des données fiables
scientifiquement indispensables à la gestion de
nos ressources en eau. Le climat du monde
change, on le dit partout. Nul ne sait ce que
nous réserve l'avenir et seuls les pays équipés
en matière hydrologique et météorologique
pourront mieux gérer leurs ressources en eau et
sécuriser leurs populations.
(*) Ingénieur diplômé de
météorologie et d'hydrologie,
Conseiller technique au ministère des
Transports,
de l'Aviation civile, Chargé du tourisme.