TEMOIGNAGE
Accablée
par le mal du siècle
Mme Nyare Azame Paulette est
une Gabonaise de 42 ans qui vit avec le VIH/SIDA.
Veuve et mère de sept enfants dont le dernier,
âgé de 6 ans est lui aussi porteur du virus.
Courageuse et battante, cette femme sort de
l'ombre et parle à visa e découvert de cette
maladie dont elle soue en silence, depuis
quelque temps avec son enfant. Fiancée depuis
son jeune âge, elle a passé sa jeunesse au
service de son mari et de leurs enfants. Au
cours de l'entretien qu'elle nous a accordé;
elle fustige les comportements irresponsables
des personnes qui se savent porteuses du virus
du sida, mais qui continuent d'entretenir des
relations sexuelles tous azimuts, en contaminant
les autres. Elle évoque aussi l'attitude de ceux
qui s'obstinent à penser que le sida est la
conséquence de manipulations mystiques, à
l'exemple d'un fusil nocturne lancé par des "vampireux":
C'est à la fois un récit poignant, et un cri du
coeur vers la société.
Qu'est-ce-qui
vous pousse à parler librement de votre statut
sérologique aujourd'hui?
Nyare Azame Paulette: Il
est bien vrai que parler ouvertement de la
maladie du sida lorsqu'on est une victime,
demande vraiment des sacrifices et du courage.
Mais je pense qu'il est grand temps de bannir la
honte, d'affronter les regards accusateurs et
accepter la réalité des choses.
En plus, je ne vois pas
pourquoi je dois garder le silence sur cette
maladie qui fait des ravages, je viens par cette
occasion confirmer l'existence du virus du sida
dans notre société. L'on peut penser que le sida
est comme une épée de Damoclès suspendue au
dessus de nos têtes, celle-ci est à même de
s'abattre sur n'importe quel individu, au cas où
ce dernier ne dispose d 'aucune protection. De
mon côté, je n'avais jamais imaginé qu'un jour
je serai séropositive. Parfois lorsqu'on regarde
les images des personnes malades du sida à la
télévision, la conscience ne nous amène pas à
penser qu'on peut en être victime. L'on croit
toujours que cela ne peut arriver qu'aux autres.
Le sida est à la portée de tout le monde. Il y a
de cela quelques années, le sida était
perçu comme une sorte de punition pour les
personnes ayant une sexualité instable (les
prostituées, les homosexuels, etc.), alors que
ce n'est plus le cas actuellement La triste
réalité est là, le sida ne choisit pas ses
victimes. Je voudrais donc ici, attirer
l'attention des personnes vivant avec le vih/sida
de ne plus avoir honte et d'en parler
ouvertement. Le sida est certes une maladie dont
on ne guérit pas encore, mais on peut vivre
mieux et longtemps avec. La médecine a
beaucoup évolué et moins de personnes en
meurent. L'essentiel est de connaître son statut
sérologique à temps.
A quel moment avez-vous su
que vous êtes porteuse du virus du sida?
N.A.P: C'est
pendant l'hospitalisation de mon défunt mari en
avril 2006, que le médecin traitant m'a demandé
d'aller passer les tests. A dire vrai, j'ai vécu
dans l'ignorance totale des symptômes liés à la
maladie. Mon mari toussait incessamment, avait
des crises permanentes de paludisme, sans
oublier des hémorroïdes récurrentes. Voyant que
son état de santé ne s'améliorait pas, je me
suis rapprochée du médecin pour avoir des
informations sur le mal dont souffrait mon homme
"Votre mari est atteint du sida" m'a t-il
répondu. A cette réponse, j'ai cru voir le ciel
tomber sur ma tête. Dans mon for intérieur, je
savais que je n'avais aucune chance d'échapper à
la maladie, surtout que les jours précédant son
hospitalisation nous avions eu des relations
sexuelles comme à l'accoutumée, c'est-à-dire
sans préservatif. Le médecin a demandé que
j'aille passer les tests de dépistage au CTA
(centre de traitement ambulatoire). Ce que je
fis sans attendre. Les tests se sont révélés
positifs. En me remettant les résultats, le
médecin a dit Mme commencez votre traitement le
plus tôt possible, car la maladie est à un
stade très avancé" a ensuite demandé à ce que
mon dernier fils qui a aujourd'hui 6ans subisse
aussi le même examen. Ses résultats ont révélé
qu'il était également séropositif comme moi.
Avez-vous été
psychologiquement préparé pour faire face à
cette situation?
N.A.P: Comme je
l'ai dit plus haut, dès que j'ai su que mon mari
était atteint de la maladie, je me doutais que
je l'avais aussi. Ainsi, en plus de l'entretien
avec le psychologue, j'étais déjà préparée à
affronter la réalité. Lorsque le psychologue m'a
demandé "Madame si les résultats des
tests sont positifs comment réagirez-vous?"; je
lui ai répondu que je ne ferai aucune gaffe, et
que je suivrai mon traitement. Et s'ils sont
négatifs? a t-il continué, je lui ai dit que je
bénirai le seigneur pour ce grand miracle. Les
tests se sont révélés positifs. J'ai accepté ma
situation et mon statut.
Comment réagissent vos
proches ( parents, amis, connaissances...) face
à votre situation actuelle ?
N.A.P: Il n'est pas
toujours facile d'être accepté lorsqu'on est
reconnu être attent du sida. Vous êtes considère
alors comme un poison au sein cela famille. Tous
m'ont rejetée, sauf ma mère qui ne cesse de me
soutenir moralement dans cette épreuve. Mais je
n'en veux à personne, chacun est libre d'avoir
sa réaction vis-à-vis des malades du sida.
Avez-vous des regret s?
N.A.P: Je déplore surtout
le lait que je n'ai pas su mon statut
sérologique plus tôt. Si j'avais été à l'hôpital
bien avant pour me faire dépister j'aurais
commencé mon traitement bien plutôt pour mieux
combattre la maladie.
Je demande aux personnes qui
connaissent leur statut sérologique, de se
préserver: Que ceux qui ont été déclarés
positifs s'abstiennent de tous rapport sexuels,
au lieu de toujours continuer à entretenir des
relations sexuelles, qu'ils pratiquent parfois
sans protection. Certaines de ces personnes
contaminent les autres par mauvaise foi comme
pour dire "on m'a contaminé, je dois en faire
autant" : De tels comportements inhumains sont à
éliminer car ce n'est pas la meilleure solution.
Etre séro-positif n'est pas forcément synonyme
d'être à portée de la mort. L'on peut bien vivre
très longtemps avec la maladie, à condition que
le traitement soit bien suivi et respecté.
Vous êtes veuve et sans
ressources, où trouvez-vous les moyens pour vous
soigner ?
N.A.P: C'est vrai
qu'au début, j'étais très embarrassée. J'ai dû
quémander de l'argent par-ci et là pour avoir
accès aux premiers traitements et cela m'a coûté
94.000 francs, c'était urgent, il fallait que je
me soigne. Actuellement je paye mes soins à 5000
F grâce à l'assistance sociale qui a bien voulu
m'aider sur ce point: Pour le cas de mon
fils,les médecins ont jugé qu'il n'est pas en
âge de suivre ce traitement.
Mon voeu serait de trouver un
logement pour mes enfants, car nous n'avons pas
d'habitation. Pour le moment, nous utilisons les
caves de Gabon Télécom comme lieu de repos,
étant donné que mon mari n'a pas investi. Je
souhaite que l'état prenne en charge la
scolarité de mes enfants, en raison du décès de
leur père et par manque de moyens. Ils passent
actuellement une année blanche. Et pour finir je
demande aux uns et aux autres d'aller se faire
dépister afin d'être sûrs de leurs statut
sérologique le plus tôt possible.