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Le quotidien l'Union du 10 et 11 Février 2007

 

TEMOIGNAGE

Accablée par le mal du siècle

Mme Nyare Azame Paulette est une Gabonaise de 42 ans qui vit avec le VIH/SIDA. Veuve et mère de sept enfants dont le dernier, âgé de 6 ans est lui aussi porteur du virus. Courageuse et battante, cette femme sort de l'ombre et parle à visa e découvert de cette maladie dont elle soue en silence, depuis quelque temps avec son enfant. Fiancée depuis son jeune âge, elle a passé sa jeunesse au service de son mari et de leurs enfants. Au cours de l'entretien qu'elle nous a accordé; elle fustige les comportements irresponsables des personnes qui se savent porteuses du virus du sida, mais qui continuent d'entretenir des relations sexuelles tous azimuts, en contaminant les autres. Elle évoque aussi l'attitude de ceux qui s'obstinent à penser que le sida est la conséquence de manipulations mystiques, à l'exemple d'un fusil nocturne lancé par des "vampireux": C'est à la fois un récit poignant, et un cri du coeur vers la société.

Qu'est-ce-qui vous pousse à parler librement de votre statut sérologique aujourd'hui?

Nyare Azame Paulette: Il est bien vrai que parler ouvertement de la maladie du sida lorsqu'on est une victime, demande vraiment des sacrifices et du courage. Mais je pense qu'il est grand temps de bannir la honte, d'affronter les regards accusateurs et accepter la réalité des choses.

En plus, je ne vois pas pourquoi je dois garder le silence sur cette maladie qui fait des ravages, je viens par cette occasion confirmer l'existence du virus du sida dans notre société. L'on peut penser que le sida est comme une épée de Damoclès suspendue au dessus de nos têtes, celle-ci est à même de s'abattre sur n'importe quel individu, au cas où ce dernier ne dispose d 'aucune protection. De mon côté, je n'avais jamais imaginé qu'un jour je serai séropositive. Parfois lorsqu'on regarde les images des personnes malades du sida à la télévision, la conscience ne nous amène pas à penser qu'on peut en être victime. L'on croit toujours que cela ne peut arriver qu'aux autres. Le sida est à la portée de tout le monde. Il y a de cela quelques années, le sida était perçu comme une sorte de punition pour les personnes ayant une sexualité instable (les prostituées, les homosexuels, etc.), alors que ce n'est plus le cas actuellement La triste réalité est là, le sida ne choisit pas ses victimes. Je voudrais donc ici, attirer l'attention des personnes vivant avec le vih/sida de ne plus avoir honte et d'en parler ouvertement. Le sida est certes une maladie dont on ne guérit pas encore, mais on peut vivre mieux et longtemps avec. La médecine a beaucoup évolué et moins de personnes en meurent. L'essentiel est de connaître son statut sérologique à temps.

A quel moment avez-vous su que vous êtes porteuse du virus du sida?

N.A.P: C'est pendant l'hospitalisation de mon défunt mari en avril 2006, que le médecin traitant m'a demandé d'aller passer les tests. A dire vrai, j'ai vécu dans l'ignorance totale des symptômes liés à la maladie. Mon mari toussait incessamment, avait des crises permanentes de paludisme, sans oublier des hémorroïdes récurrentes. Voyant que son état de santé ne s'améliorait pas, je me suis rapprochée du médecin pour avoir des informations sur le mal dont souffrait mon homme "Votre mari est atteint du sida" m'a t-il répondu. A cette réponse, j'ai cru voir le ciel tomber sur ma tête. Dans mon for intérieur, je savais que je n'avais aucune chance d'échapper à la maladie, surtout que les jours précédant son hospitalisation nous avions eu des relations sexuelles comme à l'accoutumée, c'est-à-dire sans préservatif. Le médecin a demandé que j'aille passer les tests de dépistage au CTA (centre de traitement ambulatoire). Ce que je fis sans attendre. Les tests se sont révélés positifs. En me remettant les résultats, le médecin a dit Mme commencez votre traitement le plus tôt possible, car la maladie est à un stade très avancé" a ensuite demandé à ce que mon dernier fils qui a aujourd'hui 6ans subisse aussi le même examen. Ses résultats ont révélé qu'il était également séropositif comme moi.

Avez-vous été psychologiquement préparé pour faire face à cette situation?

N.A.P: Comme je l'ai dit plus haut, dès que j'ai su que mon mari était atteint de la maladie, je me doutais que je l'avais aussi. Ainsi, en plus de l'entretien avec le psychologue, j'étais déjà préparée à affronter la réalité. Lorsque le psychologue m'a demandé "Madame si les résultats des tests sont positifs comment réagirez-vous?"; je lui ai répondu que je ne ferai aucune gaffe, et que je suivrai mon traitement. Et s'ils sont négatifs? a t-il continué, je lui ai dit que je bénirai le seigneur pour ce grand miracle. Les tests se sont révélés positifs. J'ai accepté ma situation et mon statut.

Comment réagissent vos proches ( parents, amis, connaissances...) face à votre situation actuelle ?

N.A.P: Il n'est pas toujours facile d'être accepté lorsqu'on est reconnu être attent du sida. Vous êtes considère alors comme un poison au sein cela famille. Tous m'ont rejetée, sauf ma mère qui ne cesse de me soutenir moralement dans cette épreuve. Mais je n'en veux à personne, chacun est libre d'avoir sa réaction vis-à-vis des malades du sida.

Avez-vous des regret s?

N.A.P: Je déplore surtout le lait que je n'ai pas su mon statut sérologique plus tôt. Si j'avais été à l'hôpital bien avant pour me faire dépister j'aurais commencé mon traitement bien plutôt pour mieux combattre la maladie.

Je demande aux personnes qui connaissent leur statut sérologique, de se préserver: Que ceux qui ont été déclarés positifs s'abstiennent de tous rapport sexuels, au lieu de toujours continuer à entretenir des relations sexuelles, qu'ils pratiquent parfois sans protection. Certaines de ces personnes contaminent les autres par mauvaise foi comme pour dire "on m'a contaminé, je dois en faire autant" : De tels comportements inhumains sont à éliminer car ce n'est pas la meilleure solution. Etre séro-positif n'est pas forcément synonyme d'être à portée de la mort. L'on peut bien vivre très longtemps avec la maladie, à condition que le traitement soit bien suivi et respecté.

Vous êtes veuve et sans ressources, où trouvez-vous les moyens pour vous soigner ?

N.A.P: C'est vrai qu'au début, j'étais très embarrassée. J'ai dû quémander de l'argent par-ci et là pour avoir accès aux premiers traitements et cela m'a coûté 94.000 francs, c'était urgent, il fallait que je me soigne. Actuellement je paye mes soins à 5000 F grâce à l'assistance sociale qui a bien voulu m'aider sur ce point: Pour le cas de mon fils,les médecins ont jugé qu'il n'est pas en âge de suivre ce traitement.

Mon voeu serait de trouver un logement pour mes enfants, car nous n'avons pas d'habitation. Pour le moment, nous utilisons les caves de Gabon Télécom comme lieu de repos, étant donné que mon mari n'a pas investi. Je souhaite que l'état prenne en charge la scolarité de mes enfants, en raison du décès de leur père et par manque de moyens. Ils passent actuellement une année blanche. Et pour finir je demande aux uns et aux autres d'aller se faire dépister afin d'être sûrs de leurs statut sérologique le plus tôt possible.

Source : Journal L'Union Plus du 10 et 11 Février 2007

 



   

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