ÉDUCATION
Comportements racistes au lycée français de
Libreville
La semaine dernière, un groupe
d'élèves français a écrit sur le mur d'un
restaurant qui jouxte Ie lycée Blaise Pascal une
phrase incitant à la haine raciale contre les
élèves noirs. Ceux-ci ont aussitôt riposté par
le même canal, dégradant ainsi les rapports de
camaraderie qu'ils entretenaient jusqu'alors.
Comment en est-on arrivé là ? Quel climat
interracial régnait-il au quotidien dans cet
établissement secondaire ? Enquête et reportage.
CE
mercredi 7 février 2007, le soleil darde ses
rayons sur Libreville. A l'entrée du lycée
français Blaise Pascal, le temps semble avoir
suspendu son vol. Pourtant, sur la voie qui mène
à l'établissement, deux élèves gabonais marchent
avec nonchalance. A notre approche, ils changent
de trajectoire pour nous laisser passer. "Nous
repartons à la maison. Nous n'avons pas été
admis en classe parce que nous n'avons pas
terminé le travail de recherche qu 'on nous a
demandé d'aller faire au Centre culturel
français"; nous expliquent-ils.
Au-delà de la discipline qui
caractérise le lycée français, les deux élèves
récusent le "comportement très dur" de leurs
encadreurs. II y a une semaine en effet, raconte
l'un d'eux, un groupe d'élèves français a
griffonne sur le mur d'un restaurant sénégalais,
proche de leur établissement une inscription
incitant à la haine rada e contre les Noirs.
"C'était écrit: "Mort aux Nègres ".
Choqué, un groupe d'élèves noirs a riposté en
écrivant:" Mort aux Whites ".
Intrigué, nous nous
transportons sur les lieux pour aller nous en
rendre compte de visu. Mais à notre arrivée, les
fameuses inscriptions racistes avaient
disparu. Mais à notre vue, un vigile se confond
en explications. "C'était écrit sur ce mur.
Mais le proviseur du lycée a ordonné que l'on
efface ces phrases choquantes. Ce n'est pas la
première fois que cela se passe ici. Les
comportements racistes de la part des élèves
blancs sont fréquents"; dit-il. Pourtant,
non loin de là, quatre élèves français sirotent
allègrement du jus de fruit en compagnie de leur
condisciple africain. Apparemment, tout se passe
bien entre les cinq camarades.
De temps à autre; ils se
font de petites tapes sur les épaules, non sans
se chahuter. Ils viennent souvent acheter des
jus ici. Mais ils ne montrent pas des
comportements racistes. Peut-être, le font-ils
là-bas dans l'enceinte de leur établissement",
relève le tenancier de l'échoppe.
ESPRIT GREGAIRE. Face
à ces déclarations contradictoires, nous
sommes allés à la -rencontre des responsables de
l'établissement pour en savoir un peu plus.
'laissez une pièce ici. Prenez le badge et allez
au bâtiment qui est à votre gauche'; nous
oriente un vigile de service posté à l'entrée de
l'établissement. Une fois sur place, la
secrétaire qui nous reçoit avec amabilité fait
savoir que "Madame la proviseure est en
réunion. Vous pouvez-laisser vos coordonnées
pour qu'elle vous rappelle".
Devant notre insistance, elle
finit par joindre la responsable de
l'établissement par téléphone pour savoir la
conduite à tenir. "Veuillez patienter, elle
vous recevra après la réunion Prenez place, s'il
vous plaît", nous dit la jeune dame, au
sourire enjôleur.
A onze heures, c'est la
récréation. II fait très chaud et certains
élèves préfèrent ne pas s'aventurer dans la
cour. De temps à autre, des professeurs viennent
au secrétariat pour solliciter une audience avec
la proviseure Nicole Lacombe.
Un quart d'heure va encore
s'écouler avant que cette dernière ne nous
reçoive, dans une ambiance conviviale. D'emblée,
elle s'étonne de ce que nous ayons été informés
des actes racistes qu'elle attribue à des élèves
dépourvus de l'esprit grégaire et pauvres
spirituellement. "Ce sont de petits
imbéciles. Les actes qu'ils ont posé n'engagent
pas les responsables de l'établissement (..)
Nous avons demandé au responsable du restaurant
de repeindre le mur le jour même pour faire
disparaître les inscriptions. Ce sont des
comportements que nous combattons ici",
déclare t-elle.
Créé pour scolariser les
enfants français résidant dans notre pays, le
lycée Blaise Pascal s'est ouvert à trentre-deux
nationalités. II compte aujourd'hui mille cent
onze élèves. La France se taille la part du lion
avec 64,75% d'apprenants, suivi du Gabon avec
26,23%. Si la cohabitation entre les différentes
nationalités ne pose pas de problèmes majeurs,
il n'en demeure pas moins que le comportement de
certains élèves français frise la haine raciale.
"Parfois, lorsqu'on est en récréation, ils
disent que les élèves noirs sentent mauvais et
qu'ils doivent se munir d'un déodorant",
explique un élève de 3e.
Selon certaines
indiscrétions, les élèves français n'acceptent
pas facilement de s'asseoir sur les mêmes bancs
que leurs condisciples noirs, parfois obligés de
prendre place au fond de la classe. Toute chose
qui attise les rancoeurs.
AVANIES. Pourtant, la
proviseure Nicole Lacombe se veut ferme.
"Tout élève coupables des comportements racistes
est exclu de l'établissement. On ne tolère pas
des comportements de ce genre dans un
établissement qui regroupe trente-deux
nationalités", conclut-elle.
Même si les responsables du
lycée Blaise Pascal ne le reconnaissent pas, de
nombreux élèves noirs subissent des avanies de
la part de leurs condisciples de race blanche.
La semaine dernière, des voix
se sont d'ailleurs élevées pour demander la
fermeture pure et simple de cet établissement.
"Quand j'étais ministre de l'Education
nationale, je m'étais oppose à ce qu'on ouvre un
lycée français au Gabon. On aurait dû envoyer
les enfants français dans les mêmes lycées que
les nationaux. Cela aurait avantage d'amener la
France à nommer ses proviseurs et nous apporter
son assistance de manière constante. Or, le
lycée français aujourd'hui est un établissement
des enfants de riches, ce qui met en exergue les
disparités sociales", observe une haute
autorité.