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Le quotidien l'Union du 09 Février 2007

 

ÉDUCATION

Comportements racistes au lycée français de Libreville

La semaine dernière, un groupe d'élèves français a écrit sur le mur d'un restaurant qui jouxte Ie lycée Blaise Pascal une phrase incitant à la haine raciale contre les élèves noirs. Ceux-ci ont aussitôt riposté par le même canal, dégradant ainsi les rapports de camaraderie qu'ils entretenaient jusqu'alors. Comment en est-on arrivé là ? Quel climat interracial régnait-il au quotidien dans cet établissement secondaire ? Enquête et reportage.

CE mercredi 7 février 2007, le soleil darde ses rayons sur Libreville. A l'entrée du lycée français Blaise Pascal, le temps semble avoir suspendu son vol. Pourtant, sur la voie qui mène à l'établissement, deux élèves gabonais marchent avec nonchalance. A notre approche, ils changent de trajectoire pour nous laisser passer. "Nous repartons à la maison. Nous n'avons pas été admis en classe parce que nous n'avons pas terminé le travail de recherche qu 'on nous a demandé d'aller faire au Centre culturel français"; nous expliquent-ils.

Au-delà de la discipline qui caractérise le lycée français, les deux élèves récusent le "comportement très dur" de leurs encadreurs. II y a une semaine en effet, raconte l'un d'eux, un groupe d'élèves français a griffonne sur le mur d'un restaurant sénégalais, proche de leur établissement une inscription incitant à la haine rada e contre les Noirs. "C'était écrit: "Mort aux Nègres ". Choqué, un groupe d'élèves noirs a riposté en écrivant:" Mort aux Whites ".

Intrigué, nous nous transportons sur les lieux pour aller nous en rendre compte de visu. Mais à notre arrivée, les fameuses inscriptions racistes avaient disparu. Mais à notre vue, un vigile se confond en explications. "C'était écrit sur ce mur. Mais le proviseur du lycée a ordonné que l'on efface ces phrases choquantes. Ce n'est pas la première fois que cela se passe ici. Les comportements racistes de la part des élèves blancs sont fréquents"; dit-il. Pourtant, non loin de là, quatre élèves français sirotent allègrement du jus de fruit en compagnie de leur condisciple africain. Apparemment, tout se passe bien entre les cinq camarades.

De temps à autre; ils se font de petites tapes sur les épaules, non sans se chahuter. Ils viennent souvent acheter des jus ici. Mais ils ne montrent pas des comportements racistes. Peut-être, le font-ils là-bas dans l'enceinte de leur établissement", relève le tenancier de l'échoppe.

ESPRIT GREGAIRE. Face à ces déclarations contradictoires, nous sommes allés à la -rencontre des responsables de l'établissement pour en savoir un peu plus. 'laissez une pièce ici. Prenez le badge et allez au bâtiment qui est à votre gauche'; nous oriente un vigile de service posté à l'entrée de l'établissement. Une fois sur place, la secrétaire qui nous reçoit avec amabilité fait savoir que "Madame la proviseure est en réunion. Vous pouvez-laisser vos coordonnées pour qu'elle vous rappelle".

Devant notre insistance, elle finit par joindre la responsable de l'établissement par téléphone pour savoir la conduite à tenir. "Veuillez patienter, elle vous recevra après la réunion Prenez place, s'il vous plaît", nous dit la jeune dame, au sourire enjôleur.

A onze heures, c'est la récréation. II fait très chaud et certains élèves préfèrent ne pas s'aventurer dans la cour. De temps à autre, des professeurs viennent au secrétariat pour solliciter une audience avec la proviseure Nicole Lacombe.

Un quart d'heure va encore s'écouler avant que cette dernière ne nous reçoive, dans une ambiance conviviale. D'emblée, elle s'étonne de ce que nous ayons été informés des actes racistes qu'elle attribue à des élèves dépourvus de l'esprit grégaire et pauvres spirituellement. "Ce sont de petits imbéciles. Les actes qu'ils ont posé n'engagent pas les responsables de l'établissement (..) Nous avons demandé au responsable du restaurant de repeindre le mur le jour même pour faire disparaître les inscriptions. Ce sont des comportements que nous combattons ici", déclare t-elle.

Créé pour scolariser les enfants français résidant dans notre pays, le lycée Blaise Pascal s'est ouvert à trentre-deux nationalités. II compte aujourd'hui mille cent onze élèves. La France se taille la part du lion avec 64,75% d'apprenants, suivi du Gabon avec 26,23%. Si la cohabitation entre les différentes nationalités ne pose pas de problèmes majeurs, il n'en demeure pas moins que le comportement de certains élèves français frise la haine raciale. "Parfois, lorsqu'on est en récréation, ils disent que les élèves noirs sentent mauvais et qu'ils doivent se munir d'un déodorant", explique un élève de 3e.

Selon certaines indiscrétions, les élèves français n'acceptent pas facilement de s'asseoir sur les mêmes bancs que leurs condisciples noirs, parfois obligés de prendre place au fond de la classe. Toute chose qui attise les rancoeurs.

AVANIES. Pourtant, la proviseure Nicole Lacombe se veut ferme. "Tout élève coupables des comportements racistes est exclu de l'établissement. On ne tolère pas des comportements de ce genre dans un établissement qui regroupe trente-deux nationalités", conclut-elle.

Même si les responsables du lycée Blaise Pascal ne le reconnaissent pas, de nombreux élèves noirs subissent des avanies de la part de leurs condisciples de race blanche.

La semaine dernière, des voix se sont d'ailleurs élevées pour demander la fermeture pure et simple de cet établissement. "Quand j'étais ministre de l'Education nationale, je m'étais oppose à ce qu'on ouvre un lycée français au Gabon. On aurait dû envoyer les enfants français dans les mêmes lycées que les nationaux. Cela aurait avantage d'amener la France à nommer ses proviseurs et nous apporter son assistance de manière constante. Or, le lycée français aujourd'hui est un établissement des enfants de riches, ce qui met en exergue les disparités sociales", observe une haute autorité.

Source : Journal L'Union Plus du 09 Février 2007

 



   

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