DE LA LEGITIMITE DE CERTAINS
DEPUTES
Doit-on
revoir la loi électorale ?
Bon nombre de députés de la
XIe législature ont été élus avec des scores
très faibles. Ajoutée au fort taux d'abstention
et d'un découpage électoral parfois sur mesure,
la légitimité de plusieurs d'entre eux peut être
mise en cause, tout comme le mode de scrutin à
un tour.
EN
dépit du lourd contentieux électoral
actuellement en examen à la Cour
constitutionnelle, les élections législatives du
17 décembre dernier se sont, pour beaucoup
d'acteurs politiques, bien déroulées. Un
satisfecit qui s'est plutôt fortement exprimé
dans les rangs de la majorité présidentielle,
mais qui n'occulte pas pour autant le fait que
beaucoup d'entre eux souffrent d'une absence de
légitimité pour peu qu'ils ont été élus par
suffrages pour le moins riquiqui ajouté au fort
taux d'abstention qui a encore un peu plus
compliqué les choses.
En effet, sur les 120 députés
élus au soir du 17 décembre, plus de la moitié
l'a été en dessous de la barre de 50% des
suffrages exprimés. De plus certains scores
situés au-dessus de cette barre ont un caractère
plutôt flatteur, sinon trompeur, du fait du
nombre d'électeurs insignifiant dans plusieurs
de ces sièges.
Comme en témoignent les cas
ci-dessous énumérés. En commençant par celui de
la commune de Mouila dans la province de la
Ngounié où le candidat du PSD, Pierre-Claver
Maganga Moussavou a été élu avec 1432 voix soit
36,51 % des suffrages exprimés. Ainsi, pour le
ministre d'Etat en charge des Transports le
pourcentage des suffrages exprimés est nettement
plus faible que celui par exemple de l'élu du
département de la Doya-Onoye (Mouila) qui a
obtenu 89,11% des suffrages exprimés mais qui
n'a été voté que par 409 électeurs, même si
toute proportion gardée le nombre d'inscrits
dans la commune est bien évidemment supérieur à
celui du département. Ce qui n'enlève rien au
fait que c'est une poignée d'électeurs qui l'a
porté à l'Assemblée nationale. L'élu du
département de l'Abanga-Bigné, Paul Ndong Nguéma
a quant à lui reçu les faveurs de 459 électeurs
pour des suffrages exprimés de 39,07%.
La question est maintenant de
savoir si dans ces conditions on peut dire que
les députés élus le 17 décembre dernier
bénéficient de la légitimité populaire et qu'ils
peuvent, à cet égard, prétendre réellement
représenter le peuple ?
ABSTENTION•Assurément, le
mode de scrutin à un tour instauré au lendemain
de la révision constitutionnelle intervenue le
19 août 2003 ne semble pas pour le moins donner
à certains députés de la Xle législature cette
légitimité tant souhaitée. Si au nombre des
raisons invoquées pour justifier la révision
constitutionnelle figurait en première ligne le
coût élevé des élections, même si celui-ci
n'avait pas forcément été démontré, d'autant
plus que la plupart des candidats l'emportaient
dès le premier tour, il se trouve, et c'est
l'avis de nombre d'observateurs de la vie
politique nationale, que ce mode de scrutin met
en cause la légitimité de beaucoup de candidats
dans bien des circonscriptions du pays et qu'il
serait temps peut-être de revoir si l'on veut
donner un peu plus de consistance et de
représentativité à l'élection des députés.
Comment comprendre que dans
une circonscription comme celle de la commune de
Mouila qui compte 13089 inscrits, il n y ait eu
que 3922 électeurs à avoir exprimé leurs
suffrages. Plus de 9000 d'entre eux ayant choisi
l'abstention. Les élections, apparemment,
n'attirant plus le grand monde, et les dernières
élections législatives, à l'évidence, n'ont
nullement échappé à cette tendance.
Aussi; l'absence de
légitimité s'explique-t-il du fait d'un
découpage électoral souvent arbitraire. Aucun
minima n'est prévu par la loi de façon qu'en
dessous de celui-ci l'élection soit invalidée.
En tout cas plusieurs partis
politiques, notamment de l'opposition, n'ont pas
manqué de relever la faiblesse du mode de
scrutin à un tour si bien que l'un d'entre eux,
en l'occurrence le PGP, a même souhaité que la
classe politique se retrouve une fois de plus
pour discuter de l'ensemble des problèmes à
l'origine du blocage de l'avancée démocratique.
Il revient donc à la classe politique d'examiner
la question.