ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
Réunion entre les
enseignants-chercheurs et la tutelle
Pour une
critique lucide afin de surmonter la crise
C'est le présupposé qu'on a pu
lire dans le message fort du Pr Albert Ondo
Ossa, qui s'est entretenu, lundi après-midi,
avec les universitaires
C'est
LE ministre de l'Enseignement supérieur et de la
Recherche scientifique, le Pr Albert Ondo Ossa,
s'est entretenu avec les recteurs des
universités, les directeurs des grandes écoles
et les enseignants et chercheurs. Dans la salle
des fêtes de l'hôtel Intercontinental Okoumé
Palace de Libreville. Cet échange a porté sur
l'évocation des problèmes qui minent ces
institutions du savoir et les solutions à y
apporter.
Avant de revenir sur les
causes, le ministre de l'Enseignement supérieur
a d'abord fait le bilan de ces dernières années.
On en retiendra que, malgré
les soubresauts itératifs, l'Université
gabonaise avance. En témoignent ses performances
scientifiques: la profusion des thèses de
doctorat de qualité, publiquement présentées
devant les universités d'Afrique et des pays de
l'Occident et d'Amérique du Nord, les résultats
plus que satisfaisants au Cames et les
habilitations à diriger les recherches. Tout
ceci, serait-on tenter de dire, a porté la
qualité des enseignants-chercheurs au niveau des
standards internationaux.
Cependant, en quelques
années, le mal s'y est installé, à tous les
niveaux et, sous toutes ses formes, au point où
sa présence y est massive, "normale" en quelque
sorte. Il ne s'agit plus d'une exception
marginal mais presque de la règle. On ne parle
que de la chientlit à l'Université. Tous les
acteurs de cette institution seraient-ils
soudain devenus mauvais en quelques années ?
Si on ne peut l'affirmer,
s'il y a beaucoup qui se laissent aller dans une
vie où tout et tous sont au service de leurs
propres plaisirs, intérêts et prestiges, il y en
a beaucoup plus encore, qui sont de bonne
volonté et qui voudraient sortir de l'immoralité
sans savoir et voir très bien comment s'y
prendre.
A l'en croire, la bonne
volonté ne suffit pas pour guérir ce mal qui
dépare l'Institution, encore faut découvrir les
chemins précis par lesquels on peut changer la
situation.
CRISE. Dans son message à
la communauté universitaire, il apparaît
clairement que si les valeurs fondamentales qui
orientent la vie humaine restent toujours les
mêmes, leur mise en pratique a considérablement
changé. Et c'est précisément ce qu'on appelle
une crise. Et la crise des moeurs que l'on vit,
aujourd'hui, dans notre Université n'est pas
isolée :elle trouve son origine dans une crise
plus généralisée, celle de la société tout
entière.
Pour juguler cette crise,
deux aspirations fondamentales ont animé les
universitaires. D'une part, faire de
l'Université gabonaise le lieu traditionnel de
la production et de la transmission de la
connaissance, et d'autre part, l'amener à être
un partenaire du développement.
Qu'en est-il aujourd'hui de
ces deux aspirations fondamentales ?Peut-on se
demander à la suite du Pr Albert Ondo Ossa.
D'abord, la première, celle
qui consiste à faire de l'Université le lieu
traditionnel de production et de transmission de
la connaissance. Il ressort du discours du
ministre de l'Enseignement supérieur que de
nombreux enseignants ne vivent plus dans la
pratique des idéaux qu'ils professent. Au point
qu'ils sont loin d'être des ouvriers du savoir,
des artisans de l'homme, des universitaires.
Leurs attitudes cachent le désarroi d'une vie
professionnelle privée de toute orientation.
Ensuite, qu'est devenue
l'autre aspiration, celle de participer au
développement du pays. afin d'en faire un Etat
moderne, capable de satisfaire les multiples
besoins d'une population croissante et de créer
pour chacun les conditions d`une vie digne ?
L'expérience quotidienne nous apprend que nous
reculons au lieu d'avancer. Le fossé entre
l'Université et la société se creuse chaque
année davantage.
ATTTIUDE• Devant pareil
bilan, fait-il remarquer, plusieurs attitudes se
font jour., Certains refusent de voir la réalité
en face ou essaient te la camoufler dans les
nuages de beaux discours, ou bien ils
l'expliquent de telle manière qu'ils s'estiment
innocents: la faute est toujours ailleurs que là
où ils portent la responsabilité.
Pour le Pr Albert Ondo Ossa,
l'Université gabonaise est à la croisée des
chemins.
Passant ensuite aux causes,
le ministre affirme que depuis longtemps,
l'origine du mal réside dans le trafic
d'influence, le droit de cuissage et les
clivages - clanique, sectaire et autres
-instaures dans l'institution depuis sa
création. Les intrigues se sont développées au
sein de l'Université. Ce qui lui fait perdre sa
crédibilité et ne lui permet pas d'apporter une
réponse scientifique à la crise à laquelle fait
face la société.
Evoquant le dernier acte des
étudiants, il a déclaré qu'un disciple ne porte
pas la main sur son maître, si cela arrive,
alors ce geste mérite réflexion. Car, il pose le
problème crucial du fonctionnement de
l'Université. Celle-ci s'est détériorée à tel
point qu'elle est devenue, si paradoxal que cela
puisse paraître, une des causes du
sous-développement. Elle n'est pas adaptée aux
besoins réels du pays. Au lieu d'être un facteur
puissant de conscientisation, de formation
humaine et spirituelle qui vise à faire des
étudiants des êtres complets, elle est une cause
d'aliénation.
L'irresponsabilité et la
corruption s'y sont installées. Comment
s'attendre â ce que les étudiants s'efforcent de
bien travailler s'ils savent que les notes ou le
diplôme peuvent être obtenus par voie de
corruption ? Et comment l'Université
pourrait-elle être un milieu d'éducation morale
et civique si les éducateurs, eux6mêmes, leur
donnent l'exemple d'immoralité et
d'irresponsabilité ?
Si l'on vit à l'ère de la
science, donc de la production des
connaissances, estime le Pr Ondo Ossa, les
universitaires doivent faire une critique lucide
tout en gardant confiance dans les possibilités
de l'Institution â surmonter la crise. C'est à
ce niveau que doit se faire la réflexion sur les
questions fondamentales: quel type d'hommes et
de société voulons-nous et comment cela peut se
traduire dans les programmes d'études et dans le
style de l'enseignement ? Car face aux géants
que sont le Cameroun et le Nigeria, le Gabon, à
travers ses universités, doit développer
l'excellence, sortir du marasme et entrer
dans le monde du savoir.
A cause de ce que les
enseignants courent, depuis le mois de mai,
après la reconquête de leur honneur et dignité,
le Pr Albert Ondo Ossa a réaffirmé sa volonté de
punir sévèrement ceux qui ont été coupables de
la violence sur Médard Obiang Ebanéga. Il a, par
ailleurs, demandé à Gabrielle Akouango, le
directeur du Centre national des oeuvres
universitaires (Cnou), d'assainir la cité
universitaire, autrement dit d'expulser les
étudiants déjà exclus.