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Le quotidien l'Union du 07 Février 2007

 

AGITATION POLITIQUE A PORT-GENTIL

Du repli au refuge identitaire

Par Raphaël Ntoutoume NKOGHE*

C'EST quasiment un pan de l'histoire politique de notre pays qu'il faut ouvrir pour mieux appréhender tous les contours des empoignades qui ont actuellement cours dans l'arène politique portgentillaise. Des empoignades qui ressortissent de la victimisation surexcitée, d'un catastrophisme de mauvais aloi, nés des antagonismes communautaires façonnés et des manipulations ethno-régionales dont font présentement montre certains acteurs politiques locaux. La préoccupation essentielle étant, comme tout le monde le sait, le contrôle de l'administration municipale de la capitale économique. Avec toutes ses incidences matérielles…

Les amants de la chaîne savent toute l'ampleur de la tâche quant à vouloir rassembler tout ce qui est épars autour d'un projet bâtisseur. C'est que les moyens de l'oeuvre ont toujours, aujourd'hui mieux qu'hier, plus captive l'adhésion des rassemblées que leur propre foi au projet. Soumission de l'esprit au support ? 'est tout comme. En tout cas as loin de ce que Léon Martin qualifiait, déjà en son temps, de « domination du palpable sur l'irnpalpabk ». Cette toute-puissance de la chose qui célèbre, particulièrement chez nous, un certain réalisme tout en anesthésiant l'intelligence et en réveillant les vieux démons non pas du repli identitaire, global dans son mouvement, mais de ce qu'il faut bien identifier comme étant un refuge identitaire, parce que individuel dans son action et ses intérêts.

Refuge identitaire et non repli identitaire

La convenance expressive est très circonstancielle dans notre activité polit»que. Les victoires et les périodes douces sont bercées par des propos rassembleurs. Ici, on est le politique de tout le monde, le député de toutes les composantes de la circonscription, le maire de la cité... Il en sera ainsi jusqu'à la première difficulté. Le moment est opportun pour se remémorer de son appartenance langagière. Tinte alors la mobilisation tribale avant la naturelle charge d'égale nature. Elle est ensuite immédiatement posée la tangente à la confrontation des pensées - sans doute pas des projets - car la croisade doit impérativement garder sa coloration ethno-tribale pour ainsi mieux identifier ses cibles - en termes d'adversité - et conserver ses positions... matérielles. Pour l'intérêt des acteurs, les populations sont appelées à faire le choix: on reste avec les uns pour être contre les autres.

La stratégie ne manque certes pas de subtilité, mais elle abuse difficilement de la lucidité du peuple. Surtout lorsque celui-ci conserve, dans sa mémoire, une forte empreinte de l'historicité de la confrontation. Et c'est alors que l'on se rend compte que si Robert Gloton a eu bon sentiment de reconnaître à « la mémoire humaine » une « grande faculté d'oubli », elle n'en garde cependant pas moins une parfaite maîtrise des faits. Pour peu, il est vrai, que ceux-ci soient exhumés.

Le plus souvent, la simple appréciation des actes d'un accord par des personnes qui ignorent, en plus, tout des fondements mêmes de la convention, est le premier facteur de sa prolongation aussi bien dans le temps que dans l'espace. C'est que parler des choses dont les bases échappent aux intervenants confine à l'alimentation routinière du problème, puisque débattu par l'imposture. Un peu comme dans un mate de football où il y a autant d'entraîneurs que de spectateurs et où, mieux que l'encadrement technique et les joueurs, les choix tactiques sont doctement commentés par ceux qui n ont ni accès aux séances d'entraînement, ni aux vestiaires. Mais ils en parlent quand même, par passion et à cause de la profession. Quant à ceux qui ont vraiment fait le match, tactiquement et psychologiquement, ils s'expriment rarement, soit par devoir de réserve, soit par respect de la méconnaissance générale exprimée. A défaut de le faire indirectement, c'est-à-dire en utilisant le vecteur de la plume.

La crise politique qui secoue aujourd'hui, et depuis un certain temps d'ailleurs, la capitale économique s'affirme dans cette approche. Ceux qui en parlent en prenant l'opinion nationale à témoin, n'ont lamais été en mesure d'expliquer à cette même opinion le miracle par lequel au sortir de la dernière élection locale, le Parti gabonais du progrès (PGP), quoique minoritaire au Conseil municipal, a pu obtenir le siège de maire central avec les voix des conseillers. .. PDG , pourtant leur pire ennemi connu et reconnu. Une question fondamentale qui aiderait inéluctablement à mieux saisir les noeuds du problème afin de ne le résoudre que plus facilement.

HARMONISATION DES CONTRAIRES. Esquive politique ou ignorance ? La première ne saurait se prévaloir dès lors que c'est au moment du vote du bureau du Conseil municipal que cette situation, inédite au regard de la profondeur de la fracture qui sépare le PDG et le PGP, aurait gêné ces deux partis. Le caractère de compagnons douloureux ou d'harmonisation des contraires de cette alliance n'a, en effet, pas seulement surpris l'observateur, elle a beaucoup désorienté deux bases habitées par une animosité historique, voire éternelle idéologiquement. Son acceptation, dès le départ, aussi bien par les hiérarques locaux que par les deux bases, ne saurait donc incommoder aujourd'hui les uns et les autres. Ce n'est pas en étant déjà dans la rivière que l'on va vouloir cacher sa nudité aux poissons. Reste plus que l'ignorance.

La discipline du parti, par conformisme grégaire, a ceci de particulier qu'elle n'aide jamais à la compréhension du pourquoi des orientations et des objectifs visés. Mais c'est la politique. Elle est soumise à ce que les mordus de la morale politique appellent le diktat, mais que le pragmatisme et expérience reconnaissent comme sagesse du dirigisme. Cette attitude qui commande au chef de fixer le cap, redéfinir les nouvelles priorités et d'investir, a perte ou à contrecoeur, en vue des dividendes difficilement appréciables, comme la paix ou l'unité nationale, ou lointainement appréciables, comme un ralliement électoral.

Evidemment que ces contours répondent, avant tout, aux ambitions, peut-être pas directement, des formations politiques, mais, plus probablement et directement, des hommes politiques. Particulièrement de ceux qui incarnent ces structures politiques.

Ainsi, quand Omar Bongo Ondimba du PDG et feu Me Pierre-Louis 8gondjo Okawé du PGP, se rencontrent pour s'accorder sur la gestion de Port-Gentil, les deux politiques poursuivent des objectifs à la hauteur de leurs ambitions, mêmes si diamétralement opposées elles sont: nationales pour le chef de l'Etat, locales pour l'opposant charismatique. Un deal est donc politiquement possible car si pour Agondjo Okawé, la gestion de la ville est un facteur de motivation personnelle afin d'aider les administrés à sortir de la précarité et inscrire son nom sur le sceau de la renaissance sociale de la cité, pour Bongo Ondimba, qui partage la même préoccupation sociale, la pacification de cette ville, en termes d'unité nationale, l'aidera inévitablement à vaincre un symbole important pour les milieux économiques internationaux : remporter une présidentielle dans la capitale économique. Horizon 2005 pour un éventuel renvoi d'ascenseur.

L'accord est simple: le PDG accepte d'offrir la mairie de Port-Gentil au PGP, qui accepte de ne pas présenter de candidat à la présidentielle et de soutenir celui du PDG. Pour faciliter le programme social du PGP à la tête de la mairie de Port-Gentil, une dotation spéciale du chef de l'Etat sera annuellement versée dans la corbeille nuptiale de la municipalité de la ville. Voilà pour l'essentiel du contenu du deal conclu entre Bongo Ondimba et Agondjo Okawé.

Pour la suite, les conseillers municipaux PDG ont respecté la discipline en faisant élire Me Agondjo Okawé à la tête de la mairie de Port-Gentil. De même crue le chef de l'Etat a tenu parole sur l'allocation annuelle de la dotation. On n'attendait plus que décembre 2005.

AMBITIONS NATIONALES ET LOCALES • Lorsque Me Agondjo Okawé tire sa révérence, le PDG ne voit aucune raison de remettre en cause l'accord, persuadé qu'on est d'un passage de flambeau dans les règles de la notabilité. Le PDG est convaincu que l'accord a été confié entre de bonnes mains. Malgré les conflits qui éclatent aussitôt au sein du PGP sur l'héritage politique de Me Agondjo Okawé, le PDG maintiendra le partenariat avec la tendance héritière, du moins celle qui gère la mairie de Port-Gentil. Le reste étant secondaire pour l'entourage de Bongo Ondimba, qui ne se préoccupe que de décembre 2005. Question d'ambitions avant tout...

A la discorde sur l'héritage politi~,ue de Me Agondjo Okawé et la paternité du l'GP, s'est a)outée la gestion de la dotation spéciale du chef de l'Etat. Des rangs des conseillers PGP d'abord, PDG ensuite, des voix s'élèvent pour dénoncer une utilisation opaque et peu orthodoxe'. Mais ces accusations seront isolées par l'apport de l'argent des fêtes tournantes qui viendra améliorer l'aspect des principales façades de la ville sans pour autant rien remédier au quotidien précaire des populations de l'Ile Mandji. La ville est devenue belle, mais les citadins ne mènent pour autant pas la belle vie.

En décembre 2005, les populations l'expriment clairement en début de campagne au PGP. Changement de tactique : il faut être en phase avec la population et on bat campagne pour l'opposition. Peu importe si le deal est violé, pourvu qu'à la prochaine locale on rempile sans dépendre du PDG. Résultat: à la présidentielle, le PGP roule pour l'opposition et participe à la défaite du candidat Bongo Ondimba.

Ayant ainsi lui-même été l'unique artisan de la rupture du contrat, le PGP ne pouvait donc que s'attendre à ce que le PDG en prenne acte et remette en cause l'équilibre municipal mis en place par Bongo Ondimba et Agondlo Okawé.

Comme on le voit, le problème est totalement politique. Il ne concerne ni une ethnie, ni une tribu, ni un clan. Il n'oppose pas non plus des responsables de familles. Il s'agit tout simplement du non respect d'un accord politique liant deux formations politiques. Sa tribalisation relève donc du refuge identitaire : cette élasticité idéologique doublée d'appétits pouvoiristes de nos hommes politiques dont la communauté doit toujours servir d'abri à leurs échecs. Le prétexte parfait du rejet de leurs propres turpitudes et cette obsession d'avoir toujours raison. Comportement bien puéril qui avait poussé Albert Camus, dans ses « Carnets » (Ed. Gallimard), à constater fort justement que « le besoin d'avoir raison est la marque d'un esprit vulgaire ».

* journaliste

Source : Journal L'Union Plus du 07 Février 2007

 



   

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