CRISE A L'HÔTEL DE VILLE
Échec de
la tentative des notables de rapprocher les
protagonistes
Les chefs de quartiers et
notables ont souhaité que les parties en conflit
reviennent à de meilleurs sentiments afin que le
travail reprenne correctement à la municipalité.
Les maires en retrait devaient à cette occasion,
selon leurs voeux, présenter des excuses au
président du Conseil municipal, Me Séraphin
Ndaot Rembogo qui, à son tour était tenu de
retirer sa plainte au tribunal et rétablir ses
collaborateurs dans leurs droits. Tout compte
fait, André-Jules Réténo Y'Ombénontory et ses
pairs, après conciliabule, ont opposé une fin de
non-recevoir à la demande des notables estimant
que ces derniers, dès le départ, avaient laissé
pourrir la situation en prenant fait et cause
pour un seul camp. L'édile communal a, pour sa
part, accepté de retirer sa plainte à condition
que les conseillers municipaux qui avaient tenu
deux points de presse et le journal L'Union
retirent leurs propos qu'il qualifie de
diffamatoires . Ambiance.
MERCREDI
après-midi au gouvernorat. Il est exactement 16
heures lorsque le gouverneur, Jean-Marie Béka b'Obame,
fait son entrée dans la salle de réunions
prenant place à la grande table. A sa gauche est
assis le maire de Port-Gentil, Séraphin Ndaot
Rembogo. Dans une salle comble. En face notables
et chefs de quartier.
On pouvait apercevoir en
première ligne, André-jutes Y'Ombénontory et ses
"compagnons de lutte'; en présence des
forces de sécurité et de défense ainsi que des
représentants des médias locaux. L'atmosphère
dans la salle est lourde et le climat tendu.
Le gouverneur, l'air détendu,
ouvre la séance en évoquant un détail de taille.
Selon lui, ce sont les chefs de quartier qui lui
ont exprimé, la veille, leur désir de rencontrer
le maire et ses collaborateurs en bisbille pour
leur prodiguer des conseils, afin que le travail
reprenne correctement à l'Hôtel de Ville. Et
lui, Béka b'Obame, n'était qu'un invité
"spécial", en somme. Il n'a pas manqué de louer
l'initiative des notables qui vise à résoudre un
désaccord qui n'a que trop duré. Puis il a passé
la parole au chef de quartier Pierre Elemba.
Celui-ci a, à son tour,
remercié le gouverneur qui a accepté que cette
rencontre se tienne dans ses locaux. Lesquels,
selon lui, deviennent pour la circonstance une
sorte de "Mbandja" (corps de garde, un peu comme
sous l'arbre à palabres). Pour lui, il ne s'agit
ni d'un procès, ni d'un Jugement, mais bien plus
d'une tribune pour les anciens de prodiguer les
conseils à leurs élus. Puis il a passé la main à
Emile Otando, président du conseil des sages,
porte-parole du groupe.
Celui-ci a d'abord rappelé
que le chef de l'Etat, autorité suprême, avait
déjà reçu le Conseil municipal de Port-Gentil et
lui a prodigué de sages conseils. Mais malgré
cela, a-t-il fait observer, l'institution
demeure paralysée. Il a invité les camps opposés
à faire table rase du passé et à revenir à de
meilleurs sentiments.
DESHONNEUR • "Nous
demandons aux parties en conflit
de se serrer la main, de regarder
dans la même direction et de ne
voir que le développement de la
ville ; a-t-il déclaré. Avant de
renchérir: "Vous aurez une dette
morale si vous n'obéissez pas à la
voix du peuple qui est celle de
Dieu." En conclusion, il les appelés,
comme nous l'écrivions déjà à "la paix des
braves".
Un autre notable, Gilbert
Avika, a fait savoir que dans un bateau, il ne
peut y avoir plusieurs commandants. A son avis,
c'est un problème politique qui divise le
Conseil municipal. Que la capitale économique,
sous la houlette de "l'équipe de la
renaissance'; connaît, selon lui, un
développement sans précédent. Pour trancher, il
a demandé à André-Jules Réténo Y'Ombénontory et
les siens de présenter des excuses, séance
tenante, au maire central pour tous les propos
qu'ils ont tenus en jurant de ne plus
recommencer.
A l'endroit de Me Ndaot, il
l'a encouragé à rétablir tous ses adjoints dans
leurs droits et de retirer sa plainte. A la fin
tous, comme au village, devaient boire un verre
d'eau pour sceller la réconciliation.
faut dire que les anciens ont
utilisé tous les proverbes possibles.
Ils ont même lu la parole de
Dieu contenue dans 1 Pierre qui stipule: "De
même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis
aux anciens. Et tous, dans vos rapports
mutuels, revêtez-vous d'humilité, car
Dieu résiste aux orgueilleux, mais il
fait grâce aux humbles."
Ensuite, les maires en
"dissidence" se sont retirés pour une petite
concertation en vue de donner leur position.
Leur réponse a été sans équivoque et c'est
d'ailleurs la seule intervention qui n'ait pas
été suivie d'applaudissements. Selon André-Jules
Réténo Y'Ombénontory parlant au nom de tous, les
notables interviennent tardivement, un peu comme
qui dirait le médecin après la mort.
"On aurait souhaité qu'avant
de faire toute la gymnastique que l'on a vue
dans notre commune à nous toute quand bien même
on a envoyé certaines personnes ailleurs- que
cette rencontre se tienne. Elle aurait dû
intervenir avant celle de la présidence. Il
s'est passé certaines choses qui nous ont amenés
aller vers les médias. Nous nous sommes dit trop
c'est trop"; a confié le premier adjoint au
maire précisant qu'ils croyaient, lui et les
siens, qu'au sortir de l'audience à la
présidence, que leur chef allait les convoquer à
l'effet de revoir la copie du budget pour
finalement l'approuver.
BON ESPOIR • Ils n'ont
pas supporté non plus que leurs notables à tous,
leurs chefs de quartier à tous et leurs sages à
tous prennent, dès le déclenchement de l'affaire
ouvertement position en faveur du maire central.
Pour toutes ces raisons, il a fait savoir que
leur dossier est entre les mains du président de
la République, seul lui, en l'état actuel des
choses, pourrait décider.
Quelque peu malade (selon ses
propres dires), le premier magistrat communal a
dit s'être déplacé parce qu'il a été formé à
l'école de la concertation et du respect des
anciens. Néanmoins, il n'a pas regretté son
déplacement puisqu'il a avoué avoir appris
beaucoup de choses. Il a dit avoir été l'objet
des propos diffamatoires de la part de ses
adjoints relayés par l'Union, même sur le Net,
la télévision locale et TV +. Citant nommément
notre correspondant qui, à l'en croire, a
une plume alerte, prompte à dénigrer.
Pour l'orateur, c'est un
déshonneur pour sa famille. Et donc, il n'était
pas prêt à retirer sa plainte. Toutefois, en
faisant siens les propos des notables qui
affirmaient que la voix du peuple est celle de
Dieu, il a accédé à leur vœu de retirer la
plainte. Mais, a-t-il nuancé "sous réserve
que les deux responsables qui ont lu le
communiqué, y compris le correspondant de
l'Union, retirent leurs propos. Si
ceux-ci sont retirés et publiés dans l'Union, je
vais retirer ma plainte. C'est le
moins que l'on puisse dire pour montrer
que j'obéis à la voix des anciens et aux
autorités."
Là, d'aucuns
pouvaient se demander pourquoi spécialement
notre journal alors que le maire a lui-même cité
tous les médias qui ont relayé les propos tenus
au cours des points de presse susmentionnés. Me
Ndaot a enfin assuré l'assistance que malgré
l'absence de tous ses six adjoints à l'Hôtel de
Ville et de quelques maires et adjoints
d'arrondissements, tous les services
fonctionnent normalement. Indiquant, en sus,
qu'il est de ceux-là qui pensent que Port-Gentil
n'avait pas besoin de vingt-trois maires.
Dans tous les cas, quoique la
rencontre n'eût pas abouti au résultat que ceux
qui l'ont suggérée souhaitaient, le gouverneur
garde bon espoir qu'un jour on finira par voir
le dénouement de cette crise. Garant de la paix
dans la cité, il a indiqué qu'il ne tolérait pas
le désordre dans la ville.
"Je ne suis pas initiateur
de la réunion comme je l'ai dit d'entrée, mais
un invité spécial. Les uns et les autres
campent sur leurs positions. Je n'aimerais pas
que cela soit source de désordre dans la
province. Je ne l'accepterai jamais. Le premier
adjoint au maire, lui, a dit qu'il attend la
décision du chef de l'État. Alors attendons
sagement celle-ci"; a déclaré le
gouverneur pour qui il existe encore des
chances de sortie de crise.