INDUSTRIE DU TABAC / DE
LOCALISATION DE BRITISH AMERICAN TOBACCO
BAT
sacrifie la Cemac
Après avoir renoncé à faire
fabriquer les cigarettes Dunhill au Gabon, et
donc mis au chômage de nombreuses familles, le
Groupe British American Tobacco (BAT) marque son
désengagement définitif de la Cémac en fermant
son usine de Yaoundé au Cameroun. Pour
s'installer au Nigeria.
DERRIÈRE toute industrie,
fût-elle celle du tabac, il y a une réalité
économique et une dimension sociale. Dans la
situation économique difficile qui caractérise
actuellement notre pays, de nombreuses familles
gabonaises -qui ne comptent pas le moindre
fumeur - vivent (ou survivent) grâce à ce
secteur d'activités.
Dans un contexte où trouver
un emploi relève ou de l'exploit pur, ou de la
providence, perdre son travail peut être
considéré comme une véritable catastrophe. Que
dire lorsqu'il s'agit de fermeture ou de
délocalisation d'unités de production ?
C'est précisément à ce jeu
que se livre depuis quelque temps le Groupe
British and American Tobacco (BAT) au détriment
de la Communauté économique et monétaire de
l'Afrique centrale (Cémac). Cette multinationale
est en train de fermer une à une ses usines de
cigarettes.
Dans cet espace économique,
c'est le Gabon qui, le premier, a dû faire face
à ce retrait subtil du groupe BAT. En effet,
c'est en décembre 2005 que la société décide de
mettre fin au contrat de licence qui la liait à
la Sociga (Société de cigarettes gabonaises),
filiale du Groupe Impérial Tobacco.
Conséquence: les cigarettes
Dunhill, qui étaient fabriquées depuis 25 ans
par la Sociga, à la grande satisfaction des
consommateurs gabonais, sont désormais
fabriquées ailleurs. Les abonnées de Dunhill ont
subi, au dernier trimestre 2005, une pénurie qui
a été à l'origine d une surenchère de cette
marque. BAT arrêtait ainsi la production locale
pour se recentrer sur l'importation de cette
marque leader de sa gamme de produits.
Aujourd'hui, c'est soit d'Afrique du Sud, soit
du Nigeria, soit du Bénin que sont importées ces
cigarettes.
Cette décision marquait le
point de départ de la politique de désengagement
de BAT de la Cémac, qui avait manifestement pris
le parti de privilégier ses usines du Nigeria et
d'Afrique du Sud. Récemment, par un communiqué
paru dans la presse camerounaise, ce groupe -
avec des tournures d'écriture faisant croire que
le groupe était confronté à une concurrence
déloyale, mais qui n'ont trouvé personne - a
confirmé la fermeture définitive de son usine
Bastos à Yaoundé, pour l'implanter au Nigeria
voisin, mettant fin à une activité industrielle
importante pour la sous-région. "D'entreprise
de production et de distribution de cigarettes,
peut-on lire, BAT Cameroun va devenir une
société de commercialisation et de promotion de
produits de tabac"
RISQUES DE CONTREFAÇON •
En clair, rien ne sera plus fait sur place. Et
c'est à partir du Bénin que le groupe BAT va
désormais déverser sa production de cigarettes
vers les pays de la Cémac, avec toutes les
implications en contrefaçon et en fraude
fiscalo-douanière qui vont en résulter.
Pour la zone de la Cémac,
cette délocalisation constitue un véritable
crime économique. Le Groupe BAT, qui aurait dû
contribuer au développement de notre sous-région,
participe au contraire à la déstabiliser aux
plans social et économique.
Pour minimiser les effets
dévastateurs de cette politique de liquidation,
l'une des solutions serait pour les différents
Etats de la Cémac, de prendre de nouvelles
dispositions susceptibles de les mettre à l'abri
des manoeuvres de ce type. Et considérer comme
une impérieuse nécessité, la redéfinition de la
valeur imposable à l'importation des produits
BAT.
Une vigilance de tout instant
doit désormais caractériser nos Etats qui, si la
volonté d'y parvenir ne fait pas défaut, peuvent
distinguer le bon grain de l'ivraie. Le bon
grain étant l'ensemble des structures
économiques qui contribuent effectivement au
développement de la Cémac, gué ce soit au plan
social, de l'investissement, des
infrastructures, etc. L'ivraie étant constitué
par tous les pseudo-partenaires qui ont pour
seule ambition de presser le jus de la Cémac et
de jeter le citron après usage.