ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
Conférence-débat
"Élaborer une politique favorable le aux
universités gabonaises"
C'est l'objectif que visaient
Georges Moussavou et Théophile Maganga qui ont
récemment mené une réflexion sur le devenir de
l'enseignement supérieur dans notre pays.
DEPUIS sa création,
l'Université gabonaise connaît des soubresauts
dus à la disparition des normes et des valeurs
communes à ses membres. Plusieurs solutions ont
été esquissées, malheureusement sa dérive est
infinie, à cause du caractère interactif des
mouvements d'humeur.
C'est pour tenter de trouver
une explication à cette situation très-
préoccupante que Georges Moussavou et Théophile
Maganga ont animé une conférence-débat axée sur
"Le système d'enseignement supérieur gabonais :
enjeux et défis actuels".
Ces deux chercheurs
voudraient susciter une réflexion sur le devenir
de cet ordre d'enseignement en vue de
l'élaboration d'une politique favorable aux
universités gabonaises.
Il faut dire que les deux
chercheurs se sont appuyés sur leurs thèses de
doctorat qui analysent la question sous
plusieurs angles.
A partir des documents
variés, répertoriés sur le système
d'enseignement supérieur et de recherche
scientifique gabonais, des entretiens réalises
avec les principaux acteurs impliqués dans son
organisation et sa gouvernance, Georges
Moussavou et Théophile Maganga ont développé le
cliché de l'Université gabonaise caractérisée
par cinq défis majeurs : la récurrence des
grèves et d'autres formes de manifestations, les
conditions de travail dans les trois universités
- Université Omar Bongo (UOB), Université des
sciences de la santé (USS) et Université des
sciences et techniques de Masuku (USTM) -, la
planification de la formation, l'organisation,
de la recherche et les relations entre les
différents pôles de la gouvernance
universitaire.
ENJEUX. Face à ces défis,
les conférenciers ont ciblé quatre principaux
enjeux pour une université compétitive : la
formation de personnes hautement qualifiées,
l'insertion des diplômés dans la vie
professionnelle, la recherche scientifique et
l'ouverture de l'Université sur la société
gabonaise et sur le monde. Autrement dit, pour
intégrer ces enjeux, Université gabonaise
devrait avant tout relever les défis auxquels
elle est confrontée et qui constituent ses
principales faiblesses.
Les universités gabonaises
connaissent, depuis leur création, des crises
récurrentes. Cette situation est liée à des
contraintes structurelles, matérielles et aux
déficits de régulation des instances de la
gouvernance de ces institutions.
Pour souligner l'intérêt que
revêtent les enjeux énoncés, Georges Moussavou
et Théophile Maganga ont montré comment, à
partir du cliché du système d'enseignement
supérieur actuel, la construction d'une
politique en matière d'enseignement supérieur
est confrontée aux défis cités plus haut.
La récurrence des grèves et
autres manifestations est pour nos deux
conférenciers le premier révélateur de la crise
universitaire au Gabon, depuis 1971-1972 jusqu'à
nos jours. A travers une chronologie annuelle de
ces grèves, ils ont montré la permanence du
contenu des revendications des principaux
acteurs de l'université - les conditions de
travail, la bibliothèque, le restaurant, le
logement des étudiants, la bourse, etc - et les
solutions tentées jusque-là: la rencontre avec
le chef de l'Etat, le deus ex machina, les dons
financiers du président de la République, les
rallonges budgétaires du gouvernement, les
fermetures intempestives de l'université, les
années blanches. "Mêmes problèmes, mêmes
solutions, pourtant rien ne change". Ces
grèves paralysent continuellement les
universités en les prenant en otage.
Ensuite, les conditions de
travail dans les universités. On note que
celles-ci et les conditions sociales sont
précaires dans les institutions d'enseignement
supérieur, aussi bien pour les
enseignants-chercheurs que pour les étudiants.
Par exemple, les conditions d'apprentissage et
d'accueil des étudiants présentent des
manquements considérables en matière de
bibliothèques, de structures pédagogiques, de
moyens didactiques, de logements et de
restaurant universitaire. Les conditions
d'exercice de la carrière professorale (moyens
d'amélioration des cours et de contact avec la
communauté du savoir) et les conditions de vie
et d'existence des enseignants (salaire,
logement et transport) sont très difficiles au
regard des exigences de la fonction
d'enseignant-chercheur.
CLOISONNEMENT. La
planification de la formation universitaire pose
le problème global de formation et de production
progressive des ressources humaines en rapport
avec les besoins réels de développement
socio-économique du pays. Entendu que
l'université a été créée pour impulser ce
développement. Cette adéquation
formation/diplômés se réalise dans le cadre des
politiques publiques visant à atteindre les
finalités et objectifs fixés par l'Etat, et à
couvrir les secteurs de développement
recherchés.
Or, les chercheurs observent
une simple énonciation de politique à travers la
loi 021 /2000, qui n'est suivie ni de
l'élaboration formelle de politiques publiques,
ni de politiques de mise en oeuvre, notamment en
matière de formation des ressources humaines,
des formateurs, des programmes d'enseignement,
encore moins de leur
évaluation. En conséquence, on assiste à une
formation sans canevas et sans rapport avec le
marché de l'emploi.
En ce qui concerne
l'organisation de la recherche, le principe est
qu'une université ne peut exister sans
recherche. Il en est de même pour un pays en
développement. Or, on note une énonciation de
politique à travers la loi 022/000. Celle-ci
n'est pas suivie de l'élaboration formelle de
politiques publiques, tant au niveau des plans
et programmes nationaux de recherche, de
ressources humaines, du financement de la
recherche, de l'équipement des structures de
recherche que dans celui de la production
scientifique et technologique, Par ailleurs, on
assiste à un cloisonnement de la recherche entre
le Cenarest, les universités, les bureaux
d'études des ministères et centres de recherche
spécialisés.
Enfin, les relations entre
les pôles de la gouvernance universitaire.
L'analyse de cette dimension met en lumière
l'atrophie des instances de régulation et de
gouvernance interne des universités, à savoir le
Conseil national de l'enseignement supérieur, le
Conseil d'administration, le Conseil
d'université, le Conseil d'établissement, le
Conseil de département, l'Assemblée
d'enseignants, les Associations d'étudiants.
Toutes ces instances qui
concourent à la prise de décisions fonctionnent
au ralenti ou pas du tout. D'où la tendance à
une "mal gouvernance" universitaire. Les
relations internes et externes sont
conflictuelles et parfois tendues.
En tout cas, une belle
conférence qui aura fait la radioscopie des
problèmes dans l'Université gabonaise.