ACTUALITES

 

Le quotidien l'Union du 1er Février 2007

 

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Conférence-débat

"Élaborer une politique favorable le aux universités gabonaises"

C'est l'objectif que visaient Georges Moussavou et Théophile Maganga qui ont récemment mené une réflexion sur le devenir de l'enseignement supérieur dans notre pays.

DEPUIS sa création, l'Université gabonaise connaît des soubresauts dus à la disparition des normes et des valeurs communes à ses membres. Plusieurs solutions ont été esquissées, malheureusement sa dérive est infinie, à cause du caractère interactif des mouvements d'humeur.

C'est pour tenter de trouver une explication à cette situation très- préoccupante que Georges Moussavou et Théophile Maganga ont animé une conférence-débat axée sur "Le système d'enseignement supérieur gabonais : enjeux et défis actuels".

Ces deux chercheurs voudraient susciter une réflexion sur le devenir de cet ordre d'enseignement en vue de l'élaboration d'une politique favorable aux universités gabonaises.

Il faut dire que les deux chercheurs se sont appuyés sur leurs thèses de doctorat qui analysent la question sous plusieurs angles.

A partir des documents variés, répertoriés sur le système d'enseignement supérieur et de recherche scientifique gabonais, des entretiens réalises avec les principaux acteurs impliqués dans son organisation et sa gouvernance, Georges Moussavou et Théophile Maganga ont développé le cliché de l'Université gabonaise caractérisée par cinq défis majeurs : la récurrence des grèves et d'autres formes de manifestations, les conditions de travail dans les trois universités - Université Omar Bongo (UOB), Université des sciences de la santé (USS) et Université des sciences et techniques de Masuku (USTM) -, la planification de la formation, l'organisation, de la recherche et les relations entre les différents pôles de la gouvernance universitaire.

ENJEUX. Face à ces défis, les conférenciers ont ciblé quatre principaux enjeux pour une université compétitive : la formation de personnes hautement qualifiées, l'insertion des diplômés dans la vie professionnelle, la recherche scientifique et l'ouverture de l'Université sur la société gabonaise et sur le monde. Autrement dit, pour intégrer ces enjeux, Université gabonaise devrait avant tout relever les défis auxquels elle est confrontée et qui constituent ses principales faiblesses.

Les universités gabonaises connaissent, depuis leur création, des crises récurrentes. Cette situation est liée à des contraintes structurelles, matérielles et aux déficits de régulation des instances de la gouvernance de ces institutions.

Pour souligner l'intérêt que revêtent les enjeux énoncés, Georges Moussavou et Théophile Maganga ont montré comment, à partir du cliché du système d'enseignement supérieur actuel, la construction d'une politique en matière d'enseignement supérieur est confrontée aux défis cités plus haut.

La récurrence des grèves et autres manifestations est pour nos deux conférenciers le premier révélateur de la crise universitaire au Gabon, depuis 1971-1972 jusqu'à nos jours. A travers une chronologie annuelle de ces grèves, ils ont montré la permanence du contenu des revendications des principaux acteurs de l'université - les conditions de travail, la bibliothèque, le restaurant, le logement des étudiants, la bourse, etc - et les solutions tentées jusque-là: la rencontre avec le chef de l'Etat, le deus ex machina, les dons financiers du président de la République, les rallonges budgétaires du gouvernement, les fermetures intempestives de l'université, les années blanches. "Mêmes problèmes, mêmes solutions, pourtant rien ne change". Ces grèves paralysent continuellement les universités en les prenant en otage.

Ensuite, les conditions de travail dans les universités. On note que celles-ci et les conditions sociales sont précaires dans les institutions d'enseignement supérieur, aussi bien pour les enseignants-chercheurs que pour les étudiants. Par exemple, les conditions d'apprentissage et d'accueil des étudiants présentent des manquements considérables en matière de bibliothèques, de structures pédagogiques, de moyens didactiques, de logements et de restaurant universitaire. Les conditions d'exercice de la carrière professorale (moyens d'amélioration des cours et de contact avec la communauté du savoir) et les conditions de vie et d'existence des enseignants (salaire, logement et transport) sont très difficiles au regard des exigences de la fonction d'enseignant-chercheur.

CLOISONNEMENT. La planification de la formation universitaire pose le problème global de formation et de production progressive des ressources humaines en rapport avec les besoins réels de développement socio-économique du pays. Entendu que l'université a été créée pour impulser ce développement. Cette adéquation formation/diplômés se réalise dans le cadre des politiques publiques visant à atteindre les finalités et objectifs fixés par l'Etat, et à couvrir les secteurs de développement recherchés.

Or, les chercheurs observent une simple énonciation de politique à travers la loi 021 /2000, qui n'est suivie ni de l'élaboration formelle de politiques publiques, ni de politiques de mise en oeuvre, notamment en matière de formation des ressources humaines, des formateurs, des programmes d'enseignement,

encore moins de leur évaluation. En conséquence, on assiste à une formation sans canevas et sans rapport avec le marché de l'emploi.

En ce qui concerne l'organisation de la recherche, le principe est qu'une université ne peut exister sans recherche. Il en est de même pour un pays en développement. Or, on note une énonciation de politique à travers la loi 022/000. Celle-ci n'est pas suivie de l'élaboration formelle de politiques publiques, tant au niveau des plans et programmes nationaux de recherche, de ressources humaines, du financement de la recherche, de l'équipement des structures de recherche que dans celui de la production scientifique et technologique, Par ailleurs, on assiste à un cloisonnement de la recherche entre le Cenarest, les universités, les bureaux d'études des ministères et centres de recherche spécialisés.

Enfin, les relations entre les pôles de la gouvernance universitaire. L'analyse de cette dimension met en lumière l'atrophie des instances de régulation et de gouvernance interne des universités, à savoir le Conseil national de l'enseignement supérieur, le Conseil d'administration, le Conseil d'université, le Conseil d'établissement, le Conseil de département, l'Assemblée d'enseignants, les Associations d'étudiants.

Toutes ces instances qui concourent à la prise de décisions fonctionnent au ralenti ou pas du tout. D'où la tendance à une "mal gouvernance" universitaire. Les relations internes et externes sont conflictuelles et parfois tendues.

En tout cas, une belle conférence qui aura fait la radioscopie des problèmes dans l'Université gabonaise.

Source : Journal L'Union Plus du 1er Février 2007

 



   

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