APRÈS LE RENOUVELLEMENT DE L'ASSEMBLÉE
NATIONALE
De
nombreux ministres et députés face aux
incompatibilités et cumul des mandats
Plusieurs élus aux dernières
législatives devront se soumettre aux
dispositions légales en vigueur.
APRÈS
le renouvellement de l'Assemblée nationale et la
composition du gouvernement Eyéghé Ndong II, le
problème des incompatibilités et du cumul des
mandats se pose pour de nombreux élus issus des
dernières élections législatives.
Lundi dernier, en installant
à la cité de la Démocratie les nouveaux membres
de son équipe gouvernementale formée le 25
janvier dernier, le Premier ministre avait
invité ceux des ministres élus et nommés dans
son équipe à notifier au président de
l'Assemblée nationale, le nom de leurs
suppléants respectifs devant siéger dans cette
Chambre du Parlement, tout au long de leurs
ministères respectifs. Une invite conforme à
article 32 de la Constitution de la République
et à l'article 13 de la loi organique relative à
l'élection des députés à l'Assemblée nationale,
qui énoncent, tous deux, l'incompatibilité
d'exercer de la fonction de membre du
gouvernement avec l'exercice du mandat de
député.
Cette demande concernait 44
membres du gouvernement y compris le Premier
ministre, lui-même, sur les cinquante nommés à
ces hautes fonctions ministérielles par le
président de la République, Omar Bongo Ondimba.
Ce qui signifie que l'expérience parlementaire
de cette XIe législature qui avait commencé avec
l'élection des membres du Bureau, s'est arrêtée,
pour le moment, dès leurs nominations dans cette
équipe gouvernementale.
FAUTEUILS• Si ces
incompatibilités touchent autant le député que
le ministre qui, individuellement, ne peuvent
exercer diverses autres fonctions sur
l'échiquier politique et constitutionnel du
pays, notamment de membre de la Cour
constitutionnelle, du Conseil national de la
Communication, président et vice-président du
Conseil économique et social, de toutes autres
fonctions publiques rémunérées autrement que par
vacation. Et, même, celles de maire, maire
adjoint, président et vice-président de conseil
départemental. Le ministre et le député peuvent
avoir un mandât d'élu local. L'élu national
s'appuiera, pour ce faire, sur la loi sur
l'élection des députés, dans laquelle il est
clairement indiqué que l'exercice d'un mandat de
député n'est pas incompatible avec l'exercice
d'un mandat d'élu local (article 20
nouveau), il est, en revanche, précisé que: «
toutefois, les fonctions de maire, maire
adjoint, président ou Vice président de
conseil départemental sont incompatibles avec
l'exercice d'un mandat de député». Le ministre
élu local, quant à lui, s'appuiera sur la loi
organique "Fixant les traitements et avantages
accordés aux membres du gouvernement et
énumérant les fonctions dont l'exercice est
incompatible avec leurs charges (article 7).
La question du non cumul des
mandats et de fonctions ne se pose donc pas, à
ce niveau, puisque les ministres, Jean-Boniface
Asselé et Pierre-Claver Maganga Moussavou,
maires d'arrondissements à Libreville et Mouila,
cumulaient. Ils avaient bénéficié du vide
juridique lié à la non référence de la fonction
de maire d'arrondissement dans le texte. Mieux
encore, que ce soit M. Asselé ou encore, André
Dieudonné Berre, élu maire de Libreville en
2002, tous deux ont été maintenus dans leurs
fauteuils municipaux respectifs, conformément à
l'article 22 modifiée dans l'ordonnance du 14
février 2003. Dans ce texte taillé, dit-on, sur
mesure, au titre du remplacement des députés et
suppléants pendant la législature, il est
indiqué que «le député nommé à une fonction
publique non rémunérée par vacation, ou qui est
élu maire ou adjoint au maire, président ou
vice-président de conseil départemental, est
remplacé d'office par son suppléant». L'un et
l'autre avaient donc jusqu'à la fin de la Xe
législature conservé leurs mandats par le biais
de leurs suppléants.
BRECHES• Une situation
qui ne devrait guère être appliquée, pour
l'heure, aux nouveaux élus à l'Assemblée
nationale. Puisqu'elle oblige autant les maires
de Libreville, Port-Gentil et Ndendé, MM André
Dieudonné Berce, Séraphin Ndaot Rembogo, Pierre
Mamboundou, à choisir l'un des mandats. Aucune
autre voie légale n'étant ouverte. Celle qu'a
tenté d'emprunter le dirigeant progressiste élu
dans le 3e arrondissement de la capitale
économique du pays pour conserver son siège, ne
pouvant être admise, en faisant référence «
au maire élu député», n'étant pas prévue par
ledit texte. Une chose est certaine, qu'ils
acceptent d'exercer leurs mandats de députés ou
qu'ils choisissent d'aller jusqu'au bout des
mandats municipaux jusqu'en décembre 2007,
des élections partielles devront être
organisées dans les deux cas de figure.
En revanche, si le cumul des
mandats et de fonctions pose problème, des
brèches ont été ouvertes par le législateur pour
contourner certaines difficultés, en ce sens
qu'un autre texte, l'ordonnance du 9 février
2006, modifiant certaines dispositions de la loi
sur les élections des députés, consacre le
principe du parlementaire en mission. L'article
19 stipule que «le député, en raison de ses
compétences techniques ou professionnelles, peut
être appelé à effectuer, pour le compte de
l'État des missions dont la durée ne peut
excéder six mois, renouvelable une fois
au cours du mandat». Plusieurs élus
nationaux, naguère ministres, n'ont pas regagné
les travées de l'Hémicycle du palais Léon Mba,
en application de ce principe. Ce sont l'élu du
5e arrondissement de Libreville et ancien
Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Émane,
son collègue élu de Ndindi, le vice-Premier
ministre, Antoine de Padoue Mboumbou Miyakou,
celui d'Oyem, et ministre de l'Education
nationale, François Engongah Owono, lorsqu'ils
ont été nommés un an avant la fin de la
précédente législature, respectivement Délégué
aux Grands travaux, président du Conseil
économique et social (CES) et président du
Conseil national de la Communication (CNC) et,
dans une moindre mesure, Daniel Ona Ondo.
Reste que, pour autant que le
texte soit toujours en vigueur, l'on se pose la
question de savoir si le député Jean-François
Ntoutoume Emane , sera maintenu à ce poste ou
s'il siègera au palais Léon-Mba ?