CHRONIQUE ÉCONOMIQUE
La Forêt
: une gestion nébuleuse
LA loi 16/01 portant Code
forestier en République gabonaise est claire.
Elle prévoit une superficie maximale de 15 000
ha pour les Permis forestiers associés (PFA) et
pour une catégorie de Permis industriels (PI),
la superficie maximale est de 100 000 ha. Or,
depuis un certain temps, par le biais d'un
artifice juridique imaginé au ministère de
l'Économie forestière, certains PI sont
transformés en PFA. Ce qui conduit à l'obtention
de PFA de superficie maximale de 100 000 ha. Ce
qui est parfaitement illégal. Les preuves de ce
tour de passe-passe douteux existent.
En second lieu et toujours
selon le Code forestier, les PI doivent être
conjointement signés du Premier ministre et du
ministre de l'Economie forestière. Or, là aussi,
la preuve est faite qu'actuellement, une série
de PI sont signés du seul ministre de l'Economie
forestière. Comme pour la mutation des PI en PFA,
ce qui est parfaitement illégal.
Il est effarant de constater
à quel point le respect des procédures fait
défaut dans nos institutions. Lisons encore ce
qui suit: le Code forestier fixe à une hauteur
de 40% la participation des Gabonais dans la
gestion des ressources naturelles. Dans ces
conditions, comment peut-on imaginer une gestion
rationnelle et durable de nos ressources
forestières si les nationaux sont actuellement
intégrés dans le processus d'aménagement
forestier au niveau très bas de 5%, tandis que
les 75% des surfaces forestières restantes sont
aux mains des expatriés ? De toute façon,
l'objectif de faire participer les Gabonais à
une hauteur de 40% ne pourra jamais être
atteint, même si la totalité des 20% restants
leur sont attribués. Il faut dire que cette
dernière proportion devra faire l'objet
d'attribution de permis, tel que cela est édicté
dans le cadre de la réforme de la fiscalité
forestière suggérée par la Banque mondiale.
Encore une fois, on peut
se demander à quoi servent donc les
différentes initiatives en cours au ministère de
l'Economie forestière, et s'interroger sur la
manière dont toutes ces opérations vont être
gérées. On pense au projet de la Dynamique de
l'aménagement des petits permis forestiers, dont
le financement est assuré, pour une enveloppe
d'environ 11 milliards de francs, par l'Agence
française de développement (AFD). On citera le
projet de Prêt d'appui budgétaire pour les
ressources naturelles (DPL) qui sera financé par
la Banque mondiale à hauteur de 7 milliards de
francs. L'on rappellera le projet du Don GEF
pour les parcs nationaux et de la biodiversité,
également financé par l'a Banque mondiale pour
un montant environ 12 milliards de francs. On
pense enfin au Projet sectoriel francs et
aquaculture (PSPA) d'environ 12 milliards de
francs assurés par la Banque africaine de
développement (BAD).
Malgré les limites et
les insuffisances manifestées en termes de
respect des procédures et d'aménagement, les
observateurs notent quand même les énormes
efforts de transparence fournis par le
département, notamment la publication dans la
presse de la situation des retours au domaine
des permis forestiers. Il est vrai que cela
s'est fait à la fois sous la pression de la
presse environnementale, et grâce à la grande
capacité d'écoute du président dé la République
lui-même.
Quand on planche dessus, il
s'avère que deux critères ont été pris en compte
dans ces retours aux domaines: la dette fiscale
des propriétaires des permis - la rumeur dit que
certaines grandes fortunes du pays y figurent -
et leur échéance (la date butoir d'exploitation
est arrivée). La question qu'on se pose est la
suivante: qu'adviendra-t-il des permis ont les
dettes fiscales ne sont toujours pas apurées et
quel sort est réservé à ceux dont les moratoires
n'ont pas été établis par la Direction générale
des impôts (DGI). Dans tous les cas, aux yeux de
fa communauté financière internationale, des
observateurs nationaux, des partenaires au
développement, des ONG, des populations, une
deuxième vague de retour aux domaines des permis
forestiers est impatiemment attendue. Ainsi,
pourra-t-on éviter à la Banque mondiale la mise
à exécution de sa menace de retirer l'aide
promise dans le cadre du Prêt d'appui budgétaire
pour les ressources naturelles (DPL) et du
projet du Don GEF pour les parcs nationaux
et de la biodiversité. On pourra
également, éviter d'hypothéquer la signature de
l'Accord triennal dernière lequel le Gabon,
notre pays, court depuis plusieurs années déjà.