VISITE TECHNIQUE DES VEHICULES
Légèreté
et prise de risque
Le laxisme dont font preuve
les autorités des Transports concernant
l'application stricte de la réglementation sur
le contrôle technique des véhicules expose les
usagers de la route à de réels dangers. Visites
techniques de complaisance, absences de
matériels fiables collusion etc., gangrènent le
secteur.
LE
communiqué a failli passer inaperçu. Le 14 avril
dernier, dans notre rubrique "Avis et
communiqués", le ministère des Transports
annonçait la levée de la mise en demeure
frappant,depuis 10 mois, la société de contrôle
technique de véhicules Autobilan agréé (SGTC).
"Suite à la mission d'expertise
effectuée sur le centre Auto Bilan à la
demande du ministre d'Etat, ministre des
Transports, de l'Aviation civile et du
Tourisme, en date du 26 au 30
janvier2007, une main levée de la mise en
demeure frappant ce centre a été
accordée à compter de la signature du
chronogramme portant remplacement des
équipements reconnus défectueux par
l'expert. Par conséquent, les services de
ce prestataire sont désormais ouverts
aux usagers de la route dès la parution
du présent communiqué. "
Fort heureusement, le
prestataire cité s'est personnellement chargé
d'en faire une très large diffusion. On comprend
aisément pourquoi. La société gabonaise de
technique et de contrôle (SGTC) revient de loin.
Et pour cause.
Dans un courrier daté du 7
juin 2006, le ministre des Transports de
l'époque menaçait Autobilan de lui retirer
définitivement son agrément si dans les deux
mois qui suivaient elle ne remettait pas en état
son matériel technique et n'aménageait pas un
espace conforme au cahier des charges.
Le rapport très accablant des
services techniques du ministère ira même plus
loin. La SGTC se fera suspendre, sans condition,
son expertise poids lourds pour cause
d'équipements obsolètes et non-conformes. Un
cabinet d'expertise réussira, néanmoins, à
convaincre le ministère des Transports de
prolonger le délai... Jusqu'à la récente
expertise, le 14 avril dernier, d'un autre
cabinet.
Sur la promesse de tout
remettre à neuf dans le délai fixé, la société
incriminée s'est donc vu octroyer le droit de
délivrer des visites techniques sans attendre le
renouvellement de ses équipements. Sa seule
bonne foi a été suffisante pour convaincre les
autorités des Transports de lui permettre de
reprendre ses activités sans disposer du
matériel adéquat.
Selon le rapport de la
précédente équipe ministérielle, complété par
des sources bien informées, la SGTC n'a jamais
disposé du matériel complet et nécessaire pour
faire la visite technique des poids lourds (banc
de contrôle d'occasion, étroitesse de l'espace
aménagé, plaques à jeux obsolètes, fosse
d'inspection inadaptée...). D'où d'ailleurs sa
mise en demeure en juin 2006 et sa -
quoique surprenante- levée.
DANGER. "Un coup de
chapeau qui a de quoi alimenter allégrement les
rumeurs d'opacité et de corruption qui pèsent
déjà sur ce marché"! s'est insurgé un
concessionnaire. Les équipements nécessaires
pour assurer un contrôle technique fiable des
poids lourds sont les suivants : ligne de
contrôle, banc de freinage, réglage des feux,
contrôle d'usure des pneus, contrôle de la
pression de gonflage des pneumatiques, plaque de
ripage, plaque à jeux de 15 tonnes par essieu,
contrôle des angles de braquage, une fosse
enterrée et non pas en hauteur. Et ils doivent
nécessairement être estampillés, comme c'est
d'ailleurs le cas en France, d'un certificat de
conformité délivré par le constructeur des
machines.
Le non respect de ces normes
est indiscutablement à l'origine de la décision
du ministre des Transports de l'époque et l'une
des conséquences des accidents meurtriers et
spectaculaires (voir photos) causés par les
grumiers sur la Nationale 1. En France,
conformément à la réglementation en vigueur
(arrêté du 27 juillet 2004 relative aux
contrôles techniques automobiles, tout matériel
doit être neuf lors de sa mise en service. Il
doit être renouvelé après un temps d'utilisation
bien déterminé, car les techniques et
l'efficacité des machines de contrôle doivent
s'adapter à l'évolution des technologies des
nouvelles automobiles", explique un propriétaire
de grumiers.
A lors si la sécurité des
personnes et des biens importe peu aux autorités
de ce département, on est en droit de se poser
la question : pour qui roulent ces maisons ? Il
est anormal, fait remarquer un agent du
ministère, que lès deux centres de contrôles
techniques depuis leur ouverture n'aient jamais
fait l'objet d'un audit de contrôle régulier de
la part des responsables de la Direction
générale des Transports terrestres (DGTT), comme
le stipulent les différents cahiers des charges.
Mis à part les coups
publicitaires symbolisant la guerre de tranchée
que ces deux maisons se livrent (cambriolage,
plaques d'immatriculation...) personne ne
connaît réellement l'état des installations de
ces sociétés.
Quelques syndicalistes et des
journalistes parfois pris à témoins ne peuvent,
seuls, faire office d'agents de contrôle, même
si les premiers s'y sont risqués - on se demande
encore à quel titre- "On chuchote l'implication
des politiques dans le capital ou le parrainage
de ces deux sociétés. Ce qui expliquerait les
coups bas, les multiples affaires dévoilées ou
étouffées, l'absence de continuité de l'action
gouvernementale des équipes qui se sont
succédé", ajoute notre interlocuteur.
SANCTION. Dans cette
course effrénée au profit et au leadership,
les notions de sécurité sont purement et simplement
mises de côté. L'un des propriétaires nous
avouait, lors d'un entretien, qu'il lui
était déjà arrivé de livrer des visites
techniques sans avoir vu le véhicule ou
présentant des défauts graves. 'De peur qu'il
n'aille chez mon concurrent qui, lui, ne se fera
pas prier deux fois. . ." Un aveu, qui, outre
son cynisme, en dit long sur les moeurs
maffieuses du milieu.
Un récent rapport indique que
sur les 120 000 véhicules, du parc
automobile national, 40 000 au moins (33%) ne
possèdent pas de visites techniques. Ce chiffre
monterait même à 50% (soit 60 000 voitures)
selon le ministre délégué aux Transports,
Alain-Claude Bilié Bi Nzé, intervenant lors de
l'ouverture de la semaine mondiale de la
sécurité routière.
Environ 200 personnes meurent
chaque année des suites des accidents de la
circulation. Lesquels coûtent à l'Etat et aux
opérateurs économiques environ 18 milliards de
francs. Ce lourd et macabre bilan invite donc
solennellement le gouvernement à maintenir et à
appliquer les sanctions. Ou à défaut, dans le
cas du secteur du contrôle technique, à réformer
le cadre réglementaire, comme le suggèrent
certains acteurs des transports.
En l'absence d'un organe de
régulation comme en France avec l'Organisme des
techniques centrales (OTC), il revient à la
Direction générale des Transports terrestres
(DGTT) de s'attacher les services d'un cabinet
d'expertise spécialisé dans le secteur des
transports. Cet organisme agréé aura la double
tâche de vérifier et de certifier le matériel
utilisé par les deux concurrents. Au grand
bénéfice des usagers de la route et de l'Etat en
général.