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Le quotidien l'Union du 28 et 29 Avril 2007

 

VISITE TECHNIQUE DES VEHICULES

Légèreté et prise de risque

Le laxisme dont font preuve les autorités des Transports concernant l'application stricte de la réglementation sur le contrôle technique des véhicules expose les usagers de la route à de réels dangers. Visites techniques de complaisance, absences de matériels fiables collusion etc., gangrènent le secteur.

LE communiqué a failli passer inaperçu. Le 14 avril dernier, dans notre rubrique "Avis et communiqués", le ministère des Transports annonçait la levée de la mise en demeure frappant,depuis 10 mois, la société de contrôle technique de véhicules Autobilan agréé (SGTC). "Suite à la mission d'expertise effectuée sur le centre Auto Bilan à la demande du ministre d'Etat, ministre des Transports, de l'Aviation civile et du Tourisme, en date du 26 au 30 janvier2007, une main levée de la mise en demeure frappant ce centre a été accordée à compter de la signature du chronogramme portant remplacement des équipements reconnus défectueux par l'expert. Par conséquent, les services de ce prestataire sont désormais ouverts aux usagers de la route dès la parution du présent communiqué. "

Fort heureusement, le prestataire cité s'est personnellement chargé d'en faire une très large diffusion. On comprend aisément pourquoi. La société gabonaise de technique et de contrôle (SGTC) revient de loin. Et pour cause.

Dans un courrier daté du 7 juin 2006, le ministre des Transports de l'époque menaçait Autobilan de lui retirer définitivement son agrément si dans les deux mois qui suivaient elle ne remettait pas en état son matériel technique et n'aménageait pas un espace conforme au cahier des charges.

Le rapport très accablant des services techniques du ministère ira même plus loin. La SGTC se fera suspendre, sans condition, son expertise poids lourds pour cause d'équipements obsolètes et non-conformes. Un cabinet d'expertise réussira, néanmoins, à convaincre le ministère des Transports de prolonger le délai... Jusqu'à la récente expertise, le 14 avril dernier, d'un autre cabinet.

Sur la promesse de tout remettre à neuf dans le délai fixé, la société incriminée s'est donc vu octroyer le droit de délivrer des visites techniques sans attendre le renouvellement de ses équipements. Sa seule bonne foi a été suffisante pour convaincre les autorités des Transports de lui permettre de reprendre ses activités sans disposer du matériel adéquat.

Selon le rapport de la précédente équipe ministérielle, complété par des sources bien informées, la SGTC n'a jamais disposé du matériel complet et nécessaire pour faire la visite technique des poids lourds (banc de contrôle d'occasion, étroitesse de l'espace aménagé, plaques à jeux obsolètes, fosse d'inspection inadaptée...). D'où d'ailleurs sa mise en demeure en juin 2006 et sa - quoique surprenante- levée.

DANGER. "Un coup de chapeau qui a de quoi alimenter allégrement les rumeurs d'opacité et de corruption qui pèsent déjà sur ce marché"! s'est insurgé un concessionnaire. Les équipements nécessaires pour assurer un contrôle technique fiable des poids lourds sont les suivants : ligne de contrôle, banc de freinage, réglage des feux, contrôle d'usure des pneus, contrôle de la pression de gonflage des pneumatiques, plaque de ripage, plaque à jeux de 15 tonnes par essieu, contrôle des angles de braquage, une fosse enterrée et non pas en hauteur. Et ils doivent nécessairement être estampillés, comme c'est d'ailleurs le cas en France, d'un certificat de conformité délivré par le constructeur des machines.

Le non respect de ces normes est indiscutablement à l'origine de la décision du ministre des Transports de l'époque et l'une des conséquences des accidents meurtriers et spectaculaires (voir photos) causés par les grumiers sur la Nationale 1. En France, conformément à la réglementation en vigueur (arrêté du 27 juillet 2004 relative aux contrôles techniques automobiles, tout matériel doit être neuf lors de sa mise en service. Il doit être renouvelé après un temps d'utilisation bien déterminé, car les techniques et l'efficacité des machines de contrôle doivent s'adapter à l'évolution des technologies des nouvelles automobiles", explique un propriétaire de grumiers.

A lors si la sécurité des personnes et des biens importe peu aux autorités de ce département, on est en droit de se poser la question : pour qui roulent ces maisons ? Il est anormal, fait remarquer un agent du ministère, que lès deux centres de contrôles techniques depuis leur ouverture n'aient jamais fait l'objet d'un audit de contrôle régulier de la part des responsables de la Direction générale des Transports terrestres (DGTT), comme le stipulent les différents cahiers des charges.

Mis à part les coups publicitaires symbolisant la guerre de tranchée que ces deux maisons se livrent (cambriolage, plaques d'immatriculation...) personne ne connaît réellement l'état des installations de ces sociétés.

Quelques syndicalistes et des journalistes parfois pris à témoins ne peuvent, seuls, faire office d'agents de contrôle, même si les premiers s'y sont risqués - on se demande encore à quel titre- "On chuchote l'implication des politiques dans le capital ou le parrainage de ces deux sociétés. Ce qui expliquerait les coups bas, les multiples affaires dévoilées ou étouffées, l'absence de continuité de l'action gouvernementale des équipes qui se sont succédé", ajoute notre interlocuteur.

SANCTION. Dans cette course effrénée au profit et au leadership, les notions de sécurité sont purement et simplement mises de côté. L'un des propriétaires nous avouait, lors d'un entretien, qu'il lui était déjà arrivé de livrer des visites techniques sans avoir vu le véhicule ou présentant des défauts graves. 'De peur qu'il n'aille chez mon concurrent qui, lui, ne se fera pas prier deux fois. . ." Un aveu, qui, outre son cynisme, en dit long sur les moeurs maffieuses du milieu.

Un récent rapport indique que sur les 120 000 véhicules, du parc automobile national, 40 000 au moins (33%) ne possèdent pas de visites techniques. Ce chiffre monterait même à 50% (soit 60 000 voitures) selon le ministre délégué aux Transports, Alain-Claude Bilié Bi Nzé, intervenant lors de l'ouverture de la semaine mondiale de la sécurité routière.

Environ 200 personnes meurent chaque année des suites des accidents de la circulation. Lesquels coûtent à l'Etat et aux opérateurs économiques environ 18 milliards de francs. Ce lourd et macabre bilan invite donc solennellement le gouvernement à maintenir et à appliquer les sanctions. Ou à défaut, dans le cas du secteur du contrôle technique, à réformer le cadre réglementaire, comme le suggèrent certains acteurs des transports.

En l'absence d'un organe de régulation comme en France avec l'Organisme des techniques centrales (OTC), il revient à la Direction générale des Transports terrestres (DGTT) de s'attacher les services d'un cabinet d'expertise spécialisé dans le secteur des transports. Cet organisme agréé aura la double tâche de vérifier et de certifier le matériel utilisé par les deux concurrents. Au grand bénéfice des usagers de la route et de l'Etat en général.

Source : Journal L'Union Plus du 28 et 29 Avril 2007

 



   

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