CONSOMMATION
La
guerre du pain aura-t-elle lieu ?
Face au refus de la Direction
générale de la concurrence et de la consommation
d'entériner l'augmentation du prix de la
baguette de pain à 150 francs, les boulangeries
structurées (non les informelles) campent sur
leurs positions en excipant de la qualité de
leur produit.
BIEN
que la moutarde n'entre point dans la
fabrication du pain, elle est, néanmoins, en
train de monter au nez des boulangers gabonais
depuis quelques mois. La raison de leur ire: le
refus des autorités de faire passer le prix de
la baguette de pain de 125 à 150 francs. Au
point où en sont les choses, une épreuve de
force n'est plus à exclure entre ceux-ci et les
pouvoirs publics.
En dépit de multiples
réunions tenues à l'initiative de la Direction
générale de la concurrence et de la consommation
(DGCC), les deux parties ne parviennent pas à
accorder leurs violons, surtout que
l'argumentaire des boulangers met en exergue la
menace de l'érosion de leurs profits. Ils
prédisent, ni plus, ni moins, la fermeture
imminente de leurs commerces, du fait des
nouvelles charges qui les asphyxient.
La hausse du prix de la
baguette de pain ~ 125 à 150 francs n'est pas du
goût de la DGCC. Les techniciens et autres
inspecteurs de cette entité ont rappelé aux
boulangers le principe de la standardisation des
prix qui fixe des coûts uniques pour les
produits. C'est ainsi qu'au Gabon, la baguette
de pain coûte 125 francs, depuis 1989; et en
attendant une nouvelle révision des prix, toute
augmentation est illégale.
Cependant, dans le contexte
commercial actuel, lé principe de
standardisation des prix ne répond plus aux
exigences du marché. Car il ne prend pas en
compte plusieurs paramètres nouveaux que
brandissent les propriétaires de boulangeries et
qui viennent à l'appui de leurs doléances. Soit,
la baguette de pain coûte 125 francs depuis...
1989, font-ils valoir, par contre le prix des
ingrédients intervenant dans sa fabrication
(farine, huile, sel, sucre, etc.) depuis cette
date a pris l'ascenseur et ne cesse de monter.
Passant pour certains du simple au quadruple. Et
d'ajouter que le contexte inflationniste qui
caractérise l'environnement économique national
est favorisé par un secteur informel qui
bénéficie de la mansuétude des pouvoirs publics
et s'étend de plus en plus.
C'est ainsi qu'au lendemain
de l'augmentation du prix du carburant à la
pompe, les boulangeries structurées, conscientes
des répercussions que cette mesure aurait
inévitablement sur elles, ont décidé de porter
le prix de la baguette de pain à 150 francs.
D'où la réaction immédiate de la direction
générale de la concurrence, annulant cette
majoration et convoquant une réunion de
concertation qui a permis aux uns et aux autres
d'exposer leur point de vue.
Une concertation qui a
rétabli le statu quo et permis que la baguette
de pain se vende toujours au prix de 125 francs.
Mais pendant combien de temps encore ? Au
"Palmier Doré"; les responsables affirment
que"si rien n'est fait dans le sens souhaité,
nous allons mettre la clé sous le paillasson
d'ici la fin de année, et mettre au chômage la
soixantaine d'agents que nous employons".
L'augmentation qu'ils appellent de leur voeux
est adossée à la qualité de leur produit qui est
loin d'être "merdique", selon leur propre
expression. "La qualité à un prix",
clament-t-ils, mettant en exergue leur
environnement à l'hygiène sans faille et la
saveur de leur pain qui n'a rien à voir avec les
succédanés que proposent les boulangeries de
quartier.
Ce label constitue d'ailleurs
l'élément fondamental de leur fonds de commerce
: 'Nous avons le souci de proposer aux
clients du pain de qualité. Ici, ils trouvent
leur compte. Pour cela, nous soignons
nos prestations afin d'être à la
hauteur de nos ambitions, Nous dépensons
beaucoup d'argent pour répondre à ces
attentes. Entre nos baguettes et ce que
l'on achète ailleurs, faites vous-mêmes la
différence. Et c'est ce label que nous
défendons."
Il semble bien que cette
position soit partagée par toutes les autres
boulangeries structurées qui tiennent à
continuer à proposer du pain d'excellente
qualité. Aussi les uns et les autres
affichent-ils leur détermination à vendre
désormais leur baguette de pain à 150 francs,
tout en appelant à la compréhension des pouvoirs
publics.
Il convient de rappeler que
le prix de la baguette de pain des boulangeries
des quartiers est fixé officiellement à 90
francs, mais celles-ci la vendent sans
sourciller à 125 francs. Ce qui révolte les
propriétaires de boulangeries structurées, qui
affirment d'un air pincé que "tout le monde ne
peut manger de ce pain qui peut rendre nos
enfants malades." Pour l'heure le climat est à
la conciliation avec les pouvoirs publics, si
ceux-ci font preuve de compréhension et de
mansuétude. Sinon ce sera le clash, car il y va
de la sauvegarde de leurs investissements... et
de leurs profits. On est en économie capitaliste
et libérale, que diable !