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Le quotidien l'Union du 26 Avril 2007

 

CONSOMMATION

La guerre du pain aura-t-elle lieu ?

Face au refus de la Direction générale de la concurrence et de la consommation d'entériner l'augmentation du prix de la baguette de pain à 150 francs, les boulangeries structurées (non les informelles) campent sur leurs positions en excipant de la qualité de leur produit.

BIEN que la moutarde n'entre point dans la fabrication du pain, elle est, néanmoins, en train de monter au nez des boulangers gabonais depuis quelques mois. La raison de leur ire: le refus des autorités de faire passer le prix de la baguette de pain de 125 à 150 francs. Au point où en sont les choses, une épreuve de force n'est plus à exclure entre ceux-ci et les pouvoirs publics.

En dépit de multiples réunions tenues à l'initiative de la Direction générale de la concurrence et de la consommation (DGCC), les deux parties ne parviennent pas à accorder leurs violons, surtout que l'argumentaire des boulangers met en exergue la menace de l'érosion de leurs profits. Ils prédisent, ni plus, ni moins, la fermeture imminente de leurs commerces, du fait des nouvelles charges qui les asphyxient.

La hausse du prix de la baguette de pain ~ 125 à 150 francs n'est pas du goût de la DGCC. Les techniciens et autres inspecteurs de cette entité ont rappelé aux boulangers le principe de la standardisation des prix qui fixe des coûts uniques pour les produits. C'est ainsi qu'au Gabon, la baguette de pain coûte 125 francs, depuis 1989; et en attendant une nouvelle révision des prix, toute augmentation est illégale.

Cependant, dans le contexte commercial actuel, lé principe de standardisation des prix ne répond plus aux exigences du marché. Car il ne prend pas en compte plusieurs paramètres nouveaux que brandissent les propriétaires de boulangeries et qui viennent à l'appui de leurs doléances. Soit, la baguette de pain coûte 125 francs depuis... 1989, font-ils valoir, par contre le prix des ingrédients intervenant dans sa fabrication (farine, huile, sel, sucre, etc.) depuis cette date a pris l'ascenseur et ne cesse de monter. Passant pour certains du simple au quadruple. Et d'ajouter que le contexte inflationniste qui caractérise l'environnement économique national est favorisé par un secteur informel qui bénéficie de la mansuétude des pouvoirs publics et s'étend de plus en plus.

C'est ainsi qu'au lendemain de l'augmentation du prix du carburant à la pompe, les boulangeries structurées, conscientes des répercussions que cette mesure aurait inévitablement sur elles, ont décidé de porter le prix de la baguette de pain à 150 francs. D'où la réaction immédiate de la direction générale de la concurrence, annulant cette majoration et convoquant une réunion de concertation qui a permis aux uns et aux autres d'exposer leur point de vue.

Une concertation qui a rétabli le statu quo et permis que la baguette de pain se vende toujours au prix de 125 francs. Mais pendant combien de temps encore ? Au "Palmier Doré"; les responsables affirment que"si rien n'est fait dans le sens souhaité, nous allons mettre la clé sous le paillasson d'ici la fin de année, et mettre au chômage la soixantaine d'agents que nous employons". L'augmentation qu'ils appellent de leur voeux est adossée à la qualité de leur produit qui est loin d'être "merdique", selon leur propre expression. "La qualité à un prix", clament-t-ils, mettant en exergue leur environnement à l'hygiène sans faille et la saveur de leur pain qui n'a rien à voir avec les succédanés que proposent les boulangeries de quartier.

Ce label constitue d'ailleurs l'élément fondamental de leur fonds de commerce : 'Nous avons le souci de proposer aux clients du pain de qualité. Ici, ils trouvent leur compte. Pour cela, nous soignons nos prestations afin d'être à la hauteur de nos ambitions, Nous dépensons beaucoup d'argent pour répondre à ces attentes. Entre nos baguettes et ce que l'on achète ailleurs, faites vous-mêmes la différence. Et c'est ce label que nous défendons."

Il semble bien que cette position soit partagée par toutes les autres boulangeries structurées qui tiennent à continuer à proposer du pain d'excellente qualité. Aussi les uns et les autres affichent-ils leur détermination à vendre désormais leur baguette de pain à 150 francs, tout en appelant à la compréhension des pouvoirs publics.

Il convient de rappeler que le prix de la baguette de pain des boulangeries des quartiers est fixé officiellement à 90 francs, mais celles-ci la vendent sans sourciller à 125 francs. Ce qui révolte les propriétaires de boulangeries structurées, qui affirment d'un air pincé que "tout le monde ne peut manger de ce pain qui peut rendre nos enfants malades." Pour l'heure le climat est à la conciliation avec les pouvoirs publics, si ceux-ci font preuve de compréhension et de mansuétude. Sinon ce sera le clash, car il y va de la sauvegarde de leurs investissements... et de leurs profits. On est en économie capitaliste et libérale, que diable !

Source : Journal L'Union Plus du 26 Avril 2007

 



   

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