FEUILLETON SUR LA PRIVATSATION
DE GABON TELECOM ET DE LIBERTIS
Les
cadres dirigeants de Libertis réagissent
Les articles publiés le
samedi 14 et lundi 16 avril 2007 sur la
privatisation de Gabon Télécom ont suscité la
réaction du Comité de privatisation, que nous
avons publiée in extenso dans l'édition du
samedi
21 avril 2007. Les cadres
dirigeants de Libertis, qui se sont sentis visés
par ledit droit de réponse, réagissent à leur
tour dans l'article ci-dessous.
LE droit de réponse du Comité
de privatisation paru dans le journal l'Union du
samedi 21 avril 1007 nous a stupéfiés et plongés
dans la désolation au regard des explications
truffées de contrevérités et des attaques
naviguant au ras des pâquerettes. Nous
comprenons aisément qu'il s'agit là d'un baroud
d'honneur de la part de personnes dénuées de
tout sens patriotique.
Si les articles parus dans le
journal l'Union du samedi 14 et lundi 16 avril
2007 maltraitent l'administration gabonaise
comme le prétend le comité de privatisation et
mettent gravement en cause la moralité et la
dignité de membres du gouvernement, c'est que la
manifestation de la vérité est toujours
dérangeante pour ceux qui n'ont pas la
conscience tranquille. Et ce n'est point de
notre fait si les documents de la privatisation
de Gabon Télécom et de Libertis étaient
signés à la sauvette.
Si HSBC Bank plc a roulé l'Etat
gabonais dans la farine plutôt que de le
conseiller objectivement après avoir perçu
environ 3 milliards de francs Cfa pour des
émoluments fixés à 5 milliards, ce n'est pas au
contribuable gabonais de subir le manque de
vigilance de ses gouvernants.
Les Gabonais ne s'opposent
nullement aux privatisations, mais veulent tout
simplement que ceux qui sont chargés de les
conduire ne bradent en rien le patrimoine
national. Il est évident que l'Etat a le droit
et le pouvoir de prendre les mesures qui
relèvent de son organisation sur le plan
économique par des actes de gouvernement, mais
il ne lui est pas reconnu, lors de la mise en
application de ces mesures, de déroger aux
règles et normes dictées par le droit interne.
Donc, si l'Etat avait le droit de privatiser
Gabon Télécom et Libertis, cette privatisation
ne devait et ne pouvait se faire sur le plan
juridique que par l'observation et le respect
des dispositions de la loi N°1 /96 du 13 février
1996.
Le devoir nous commande de
dire toute la vérité aux Gabonais sur la base
des documents en notre possession. A l'examen
des deux textes de base que sont la Convention
de cession d'actions et le Pacte d'actionnaires
signés entre l'Etat gabonais d'une part et la
société Itissalat Al-Maghrib S.A. du Maroc
d'autre part, il est observé une violation
manifeste de la loi 1 /96 dans son article 5
alinéa 4 qui dit : "A la fin de chaque
opération de privatisation, le gouvernement
adressera un rapport circonstancié à l'Assemblée
nationale"' Le gouvernement a-t-il respecté
cette disposition ?
L'article 12 de la même loi
dit également que : "Le prix de transfert de
propriété est payable au comptant Par
dérogation et après avis de la Commission,
d'autres modes de paiement peuvent être
accordés par décret en Conseil des
ministres. Ce décret en détermine les
conditions, les modalités ainsi que les mesures
prises en cas de retard ou de non
paiement": Le Comité de privatisation
peut-il nous brandir un reçu de versement au
Trésor public gabonais du montant réglé par la
partie marocaine - à moins qu'il n'en fabrique
un - ou le décret qui réglemente la mise sous
séquestre à la banque BICIG du premier dépôt,
soit 6 300 000 euros, le reste n'intervenant
qu'après 21 jours calendaires ? Il est évident
que l'article 4. 3 de la Convention de cession
d'actions qui prévoit les dispositions précitées
est marché de dupes.
Nous observons que les
contrats en cause qui ont vocation à
consacrer l'aliénation des biens relevant du
patrimoine national sont revêtus du sceau de la
confidentialité. Il convient de les énumérer
pour fixer les Gabonais sur la gravité de la
situation: la Convention de cession d'actions
(art.17), le Pacte d'actionnaires (art10) et la
Convention de séquestre (art.8.5). Que cachent
les signataires desdits contrats au public
gabonais à travers la confidentialité, alors
crue ce sont les biens de ce même public qui
sont concernés ?
La loi N°1 /96 du 13 février
1996 prévoit en son article 13 ce qui suit : "Pour
toute opération de privatisation, l'Etat
conserve de plein droit une action ordinaire.
Dans les conditions fixées par décret pris en
Conseil des ministres, sur proposition des
ministres chargés des finances, d'une part, et
des privatisations, d'autre part, après avis
conforme de la Commission et lorsque la
protection des intérêts nationaux l'exige, cette
action peut être transformée en action
spécifique".
Alors que le Pacte
d'actionnaires dit en son article 4.2.5:
l'Actionnaire Cédant convient de ne as se
prévaloir des dispositions de l'article 13 de la
loi N°1 /96 du 13 février 1996 fixant les règles
de privatisation des entreprises du secteur
public, prévoyant la transformation d'une action
ordinaire en action spécifique, pour obtenir
d'autres droits que ceux prévus au présent
paragraphe 4.2.
Nous estimons crue quand des
contractants gabonais renoncent à la protection
des intérêts nationaux en concédant aux
étrangers la non application des dispositions de
l'article 13 de la loi N° l 1/96 du 13 février
1996, il ne s'agit ni plus ni moins que d'un
abandon de souveraineté au regard des articles 3
et 7 de la Loi fondamentale.
De nombreuses dispositions
sont prises dans les actes en violation
volontaire et délibérée de la loi. Ainsi, l'Etat
renonce à l'obligation qui lui est faite de
détenir au moins 33% du capital en cas de
privatisation (art. 55 de la loi N? 004/001 du
27 juin 2001 portant réorganisation du secteur
des télécommunications). A ce jour, aucune loi
n'est venue modifier les dispositions se
rapportant audit article.
Aussi l'article 3.1 alinéas 1
et 2 du Pacte d'actionnaires fixe un nombre
d'administrateurs (7 à 11) avec la majorité pour
le Maroc (4 contre 3). La présidence étant
laissée au Gabon sans voix prépondérante. A ce
sujet, les contractants reconnaissent eux-mêmes
que cette disposition est illégale, car elle
vient en violation de article 69 de la loi N°
04/2001 qui doit l'attribution d'un nombre
d'administrateurs au prorata des actions. La
différence entre 49% et 51 % étant minime, nous
devrions avoir le même nombre d'administrateurs.
Le ridicule est que ce même article du Pacte
d'actionnaires prévoit par la suite, que si
cette illégalité est soulevée par une autorité
compétente, on reviendrait à la parité et le
Maroc, en plus de la Direction générale de la
société, prendrait la présidence du Conseil,
avec cette fois, voix prépondérante. Et un poste
de vice-président pour le Gabon serait créé,
sans attributions particulières.
Nous persistons à dire que
ces contrats portent atteinte à la politique de
l'emploi des Gabonais, car la loi N?3/94 du 21
novembre 1994 modifiée par la loi N°12/2000 du
12 octobre 2800 portant Code du travail, impose
que l'Inspection du travail accompagne la mise
en oeuvre de tout plan réduction des effectifs
dans les entreprises. Or, dans le Pacte
d'actionnaires (Art.4.2.8), les signataires
engagent l'Inspection du travail du Gabon à ne
s'y opposer à aucun plan de réduction des
effectifs. En outre, nous savons que trente (30)
demandes de cartes de séjour ont été introduites
par la partie marocaine auprès des services de
l'immigration de notre pays.
Les dispositions de
partenariat ne garantissent pas la satisfaction
des objectifs fixés par le gouvernement en
matière de télécommunications à travers
l'article 5 de la loi N° 5 du 25 juin 2001. En
effet, aucune disposition de sauvegarde de notre
souveraineté nationale n'est prise en compte ni
dans la Convention de cession d'actions, ni dans
le Pacte d'actionnaires, en ce qui concerne
l'interconnexion des communications. La partie
marocaine peut donc librement délocaliser cet
outil pour des raisons fallacieuses, et faire en
sorte que nous dépendions de leur pays qui
deviendrait le passage obligé pour le Gabon sur
le plan des communications internationales. Ce
qui serait une perte totale de notre
souveraineté et exposerait notre pays et ses
gouvernants à une vulnérabilité telle que le
République se trouvera déshabillée pour être à
la merci d'un autre Etat, fût-il le Maroc. A
titre d'exemple, depuis le vendredi 13 avril
2007, Maroc Télécom devient notre Provider,
c'est-à-dire notre fournisseur des services
Internet basé à Casablanca, sans qu'il y ait eu
préalablement des appels d'offres ou des
consultations élargies.
En ce qui concerne le coût de
la transaction, à titre comparatif, l'on
comprend difficilement comment le secteur des
télécommunications au Burkina Faso dont le
volume et la qualité sont au-dessous de nos
pays, a pu être cédé à 144 milliards contre
seulement 40 milliards pour le Gabon. Ce qui,
démontre suffisamment le patriotisme du Comité
permanent de privatisation de ce pays ami, qui a
pour président M. Somé Placide et pour
secrétaire permanent M. Diko Amadou. Nous
persistons et signons que M. Mohammed Morchid
est le seul Marocain présent dans l'organigramme
de l'ONATEL au Burkina Faso. Pour étayer ces
dires, nous invitons nos compatriotes à
consulter le site web suivant: www.onatel.bf
S'agissant de la ratification
de la convention fiscale entre le Maroc et le
Gabon, notre pays s'engage à la faire aboutir
dans les plus brefs délais auprès du Parlement
gabonais, et pour concrétiser cette promesse,
une lettre de confort a été établie au bénéfice
de Maroc Télécom. Comment un service public
peut-il se substituer au Parlement ?
Pour la gouverne du Comité de
privatisation, qu'il sache que Libertis est
l'unique société au Gabon qui a été créée avec
seulement un apport en nature et qui a débuté
ses activités sans fonds de roulement. Depuis sa
création en 1999, elle n'a jamais bénéficié
d'une quelconque subvention de l'Etat, mais a
toujours payé ses salariés à bonne date et
honoré correctement ses engagements vis-à-vis
des tiers.
Qu'il sache également que le
déficit de Libertis découle de causes endogènes
et exogènes. En effet, un protocole signé en
2003 entre Gabon Télécom et Libertis sous les
auspices de l'Artel avait été interprété sur les
aspects financiers de manière divergente par les
parties. A la suite de cette situation, l'une
des parties (Gabon Télécom) a saisi une nouvelle
fois l'organe de régulation pour qu'elle insère
un avenant afin de clarifier le contrat.
Malheureusement, cet avenant a divisé par deux
les revenus générés par l'interconnexion et
entraîné un manque à gagner de l'ordre de 1
milliard qui a négativement influé sur le
résultat des comptes de Libertis. En même temps,
l'entreprise s'est trouvée confrontée à un
redressement fiscal antérieur à la Direction
actuelle de 2 milliards de francs qui ont été
provisionnés. Malgré tout, dans la transaction
gabono-marocaine, Libertis pèse pour plus de
86%.
Les résultats sont
tributaires des investissements pour
l'amélioration de l'outil de production, surtout
quand on évolue dans un environnement fortement
concurrentiel. Si les autres opérateurs de la
téléphonie mobile bénéficient du concours de
leurs maisons-mères respectives, Libertis a
navigué contre vents et marées sans la moindre
assistance étatique. Le seul recours obligé dans
son programme d'investissements pour maintenir
le cap, a été le crédit fournisseur obtenu
auprès d'Alcatel France à des conditions assez
onéreuses.
Si nos propos sont
attentatoires à l'ordre établi et si le Comité
de privatisation les conteste, nous nous mettons
à son entière disposition auprès des tribunaux
compétents.
Enfin, que gagne le Gabon
dans cette transaction ? Nous en parlerons
prochainement, à moins que la situation ne
connaisse d'ici là une évolution patriotique.
(*) Pour les cadres
dirigeants de Libertis, le conseiller du P-DG
Noël BOROBO-EPEMBIA