LITTÉRATURE POLITIQUE
Paul Mba
Abessole :
"Le malentendu
permanent"
LE
leader du Rassemblement pour le Gabon, Paul Mba
Abessole, se met une fois de plus en évidence en
matière de production littéraire. La récente
publication de son dernier ouvrage: "le e
malentendu permanent", peu de temps seulement
après les élections... Et après" en est le
parfait témoignage.
Un peu plus volumineux que le
précédent, 71 pages, cet opuscule est un regard
rétrospectif, des événements importants, "les
tournants" de l'histoire politique du Gabon qui
ont marqué de façon déterminante nos
comportements actuels. Au demeurant, c'est une
sorte de radiographie du comportement gabonais.
Ces événements appelés
tournants sont au nombre de neuf. Ils ont été
ciblés par l'auteur pour tenter à la fois
d'expliquer aux lecteurs les origines de
l'antagonisme quasi congénital entre Gabonais,
et surtout leur faire prendre conscience de la
nécessité de sortir de cette situation
d'affrontement permanent dans lequel nous nous
sommes enfermés volontairement ou non et qui a
causé plus de torts qu'il n'a constitué un
facteur de développement du pays.
L'auteur établit l'origine de
cette "tare originelle " à partir de la
fondation de Libreville en 1849, laquelle
a été marquée par l'élection de son premier
maire parmi les 272 premiers esclaves libérés
par l'Australie. C'est M. Mountier qui fut porté
à la tête de la capitale gabonaise pour
surveiller et faire la police du village. Mais à
peine avait-il commencé son magistère que des
divergences apparurent entre l'administration
coloniale et le maire de Libreville. Celles-ci
vont bien évidemment, le conduire à la porte de
sortie au profit de son adjoint, Pilate, qui,
semble-t-il, travaillait dans l'ombre avec
l'administration coloniale pour la chute de son
chef. Ainsi naquit le premier malentendu...
entre Gabonais.
HEGEMONIE•Celui-ci va plus
tard être confirmé lors des élections de
1945, à l'Assemblée nationale française
auxquelles deux Gabonais, jean-Hilaire Aubaine
et Emile Issembé, et un Congolais Jean-Félix
Tchikaya vont prendre part. Alors qu'une entente
tacite avait été conclue entre les deux Gabonais
de façon que celui qui atteignait le second tour
soit soutenu par l'autre contre l'adversaire
congolais, il n'en fut rien lorsqu'il s'est agi
justement de passer à l'acte. L'un des Gabonais,
Emile Issembé, ayant été battu le premier tour
va soutenir, contre toute attente, le candidat
congolais, qui avait bien sûr remporté les
élections, au détriment de son compatriote
jean-Hilaire Aubaine. Cet événement aussi
spectaculaire qu'inattendu a enraciné de façon
évidente la mésintelligence intra-nationale.
Le congrès pahouin de Mitzic
convoqué par le gouverneur du Gabon n'aura pas
lui non plus connu un autre destin que celui de
creuser davantage le fossé de la mésentente.
D'autant que ce congrès avait été considéré par
l'opinion dominante, aidé en cela par les thèses
pour le moins insidieuses du sociologue français
Georges Balandier, comme ayant été connue avec
l'arrière-pensée 'asseoir l'hégémonie Fang sur
les autres ethnies que compte le pays. Bien loin
de la réalité, selon Paul Mba Abessole, ce
congrès visait plutôt des buts nobles. Comme la
promotion du travail, l'unité nationale, la paix
sociale, etc. Comme en témoignent cette
concertation ethnique qui avait commencé par le
peuple Fang allait se poursuive avec les autres
ethnies, aux dires du leader du RPG. Même si ce
tournant ne révèle pas formellement la
mésentente entre compatriotes, il présente
néanmoins une cause exogène à l'origine de la
difficulté du Gabon à prendre le train du
développement.
MENSONGES* Pour autant,
poursuit l'auteur, le Référendum de 1958,
qui préconisait une nouvelle conception de la
souveraineté du peuple tout en marquant,
également, le nouveau statut des colonies, va à
nouveau mettre en évidence nos contradictions.
D'autant que deux camps, celui du Oui et celui
du Non vont se livrer une véritable bagarre de
chiffonniers et porter par la même occasion les
divergences entre les partisans de Léon Mba et
Jean-Hilaire Aubaine qui soutenaient le Oui et
ceux de René-Paul Sousate du Punga, soutenu par
les étudiants marxisants pour le Non, à une
échelle un peu plus élevée.
Tous ces événements ont été,
selon Mba Abessole, déterminants dans la façon
dont nous avons accédé à l'indépendance. En plus
du fait que Léon Mba et Jean- Hilaire Aubaine se
livraient une guerre impitoyable. Et c'était
presque normal que l'indépendance "nous est
tombée dessus"; affirme l'écrivain.
Cette même guerre a été
livrée à la conférence nationale. Assises au
cours desquelles les Gabonais selon Mba Abessole
ont raté l'occasion de s'entendre et de fixer
ensemble des Objectifs communs. Ce fut le cas
lors des la période des négociations entre le
président de la République et le Morena.
Ce fut encore lors de la
présidentielle de 2005 où le constat de
l'incapacité des Gabonais à s'entendre a été
démontrée.
Paul Mba Abessole propose aux
Gabonais une seule chose : l'entente et l'unité
sans lesquelles toute action de développement
serait vaine. Il n'empêche qu'à la fin de son
bouquin, le chef des rassembleurs fait un
exercice exégétique en répondant aux écrits de
Nicolas Metegue N'nah qui sont apparus à ses
yeux comme un tissu de mensonges éhontés, pour
ne pas dire une falsification de l'histoire.