CHRONIQUE POLITIQUE
Choix
fortuit
LORSQUE la Cour
constitutionnelle a constaté la vacance de
postes de maires de Libreville, Port-Gentil,
Ndendé, du ter arrondissement de Mouila et de
président du Conseil départemental de la
Basse-Banio, elle a mis fin au cumul de mandats
dont bénéficiaient André Dieudonné Berre,
Séraphin Ndaot Rembogo, Pierre Mamboundou,
Pierre-Claver Maganga Moussavou et Dieudonné
Pambo, à la suite de leur élection respective à
la Représentation nationale.
Ce qui par la même occasion
permettait de résoudre la question relative à
l'ordonnance modifiant la loi organique sur
l'élection des députés sur la base de laquelle
M. Berre le député-maire sortant du ter
arrondissement de Libreville avait conservé son
siège, par la présence de son suppléant au
palais Léon Mba pendant le précédent mandat, en
la déclarant inconstitutionnelle. Et d'amener
les uns et les autres à se conformer aux textes
en vigueur interdisant le cumul du poste de
maire et du mandat de député.
Si depuis la décision de la
haute juridiction, diverses manoeuvres ont été
entreprises par nombre de ces acteurs politiques
contraints de libérer le poste de maire,
l'évolution enregistrée dans le cas de Me
Séraphin Ndaot, dans la capitale économique
amené à s'interroger sur l'imporw'' tance de
l'une ou l'autre des deux fonctions. Et sur le
choix fortuit opéré à cet effet. Mais, pourquoi
celui-ci ?
A l'évidence, au regard du
choix délibérément opéré par Me Séraphin Ndaot
qui a démissionné du siège de député de 3e
arrondissement qu'il avait conquis en décembre
dernier au profit de celui de maire de la
capitale économique, cela laisse supposer que la
fonction choisie apporte davantage de privilèges
à la personnalité qui l'occupe. Ce que, a
contrario, ne peut offrir la fonction de député
pourtant très convoitée.
Même si, en ce qui concerne
le maire Ndaot, il n'est guère difficile, en
raison de l'assise financière qui est la sienne,
qu'on le soupçonne d'avoir fait ce choix pour
des raisons purement matérielles, il n'en
demeure pas moins que ce choix opéré, après sa
ferme volonté de siéger à l'Assemblée nationale
et les manoeuvres orchestrées pour se maintenir
et se faire réélire, confirme davantage tout
l'intérêt accordé au poste de maire.
CLIENTELE POLITIQUE• Cela
amène tout naturellement à s'intéresser aux
acquis entourant cette fonction qui, finalement,
apparaît bien juteuse. Car, aussi bien pour une
ville comme Port-Gentil ou encore Libreville,
tout laisse croire qu'elle confère à son
titulaire un pouvoir et une autorité qui lui
permettent de jouer les premiers rôles dans ces
collectivités locales respectives dont les
budgets sont tout aussi considérables
qu'enviables.
Devant gérer l'un et l'autre
6 et 14 milliards de francs de budget annuel, la
position d'ordonnateur du maire ne semble pas
négligeable dans l'environnement qui est le
nôtre. Ainsi des relations qui peuvent se nouer
au gré des intérêts avec les hommes d'affaires
et autres partenaires commerciaux très nombreux
dans ces deux métropoles, pour ne citer
qu'elles. Son action, si elle est positive, peut
contribuer à la fois à l'embellissement et au
développement de la ville à travers les budgets
conséquents alloués. Davantage qu'à Libreville
où peu de choses ont été réalisées tout au long
de son mandat, l'action du maire Ndaot à
Port-Gentil est plutôt bien perçue par ses
administrés.
Ayant à leurs têtes des
acteurs politiques, les mairies constituent des
cadres idéals au sein desquels les édiles de ces
villes par viennent souvent facilement à caser
leur personnel politique, pour ne pas dire,
leurs militants aux fins d'assouvir leurs
ambitions et d'entretenir la clientèle
politique. Laquelle, très souvent, au terme
d'une campagne, attend les retombées de son
engagement politique aux côtés du maire élu.
Les situations vécues durant
ces dernières années dans les deux cités, avant
eux et pendant les mandats de Ndaot, Berre,
notamment, avec la forte présence de leurs
militants et sympathisants et les grèves
successives enregistrées au début de chaque
mandat, témoignent de cet état de fait.
Quant au mandat de député qui
est le second mandat le plus important après
celui du président de la République, celui-ci ne
donne pas forcément droit à des avantages
identiques, sinon, plus importants que ceux d'un
maire de grandes villes comme Port-Gentil et
Libreville, voire d'autres du pays. Sauf pour
ceux des acteurs politiques qui pensent en faire
un tremplin pour accéder à un poste ministériel,
par la suite, ou une voie pour se lancer dans la
politique.
Dans des villes aussi vastes,
le député confiné à sa circonscription politique
ne bénéficie pas de la même notoriété, il est
astreint à son rôle de passerelle entre les
sphères de décisions et les populations de son
siège, et un peu plus prosaïquement, il sert
l'ensemble des populations à travers les
propositions et le vote de la loi.
Dans tous les cas la leçon
que l'on peut tirer de l'abandon par certains
parlementaires de leur siège pour le fauteuil de
maire laisse clairement apparaître une forte
différence autant dans le rôle, le traitement,
les avantages et pouvoirs de l'un et de l'autre
dans la Cité dans laquelle ils vivent.