POLLUTION MARITIME PAR LES
HYDROCARBURES ET AUTRES SUBSTANCES NUISIBLES
Enfin un
Plan d'urgence national pour parer aux
catastrophes
Ce dispositif, qui a nécessité
de longues années de préparation (28 ans), a été
présenté en primeur au vice-Premier ministre en
charges de l'Environnement, Georgette Koko,
mercredi dernier à son cabinet. Il explique la
démarche à suivre pour intervenir de façon
rapide et directe en cas de déversements
d'hydrocarbures et de toutes autres substances
toxiques dans la mer.
LE Gabon, comme tout pays
côtier, n'est pas à l'abri d'une marée noire ou
d'une pollution majeure de son espace maritime.
Les récents évènements de Mayumba et d'Abidjan
(scandale du Probo Koala - du nom du navire qui
a déversé des déchets toxiques au large des
côtes ivoiriennes-) en disent long sur les
menaces qui peuvent peser sur notre pays.
Comment faire si un navire
transportant près de 7000 tonnes de fioul
échouait sur les côtes de l'Estuaire, menaçant
de mort une grande partie de nos ressources
halieutiques ? La réponse est simple: déclencher
le Plan d'urgence national (PUN), un mécanisme
de riposte mis en place par l'Etat pour pouvoir
répondre de manière efficace à un déversement
massif d'hydrocarbures ou autres substances
nuisibles menaçant nos côtes.
Ce dispositif comprend
l'ensemble de toutes les mesures et des
procédures opérationnelles et administratives
nécessaires à la préparation, à la conduite des
actions, à la gestion des conséquences et à son
suivi. Il détermine également les obligations et
les responsabilités des différents interve1ants,
tout en prévoyant les il, de lutte (qui fait
quoi, avec quoi, où, et comment).
"Avant que tous les acteurs
impliqués dans ce processus d'alerte ne
réagissent, il faut qu'ils sachent exactement ce
qu'ils ont à faire. Ce sera l'objet du séminaire
que nous allons organiser. Nous allons informer
et sensibiliser tous ces acteurs appelés à
réagir en cas de catastrophes et définir pour
chacun son domaine d'intervention" a
précisé le coordonnateur national du PUN,
Augustin Maganga Nziengui.
Le Plan d'urgence national a
été élabore principalement grâce aux concours
permanents de quatre départements ministériels :
l'Environnement et la Protection de la nature,
la Marine marchande, les Mines et la Défense
nationale. Sans oublier les compagnies
pétrolières regroupées au sein de l'UPEGA et
leur apport technique.
Ces derniers devront donc
élaborer les procédures d'alerte en
collaboration étroite avec la Coordination
nationale. Car si en théorie, le système peut
sembler totalement fluide dans les explications
du coordonnateur national, la réalité peut se
relever pire que la fiction. Coordonner sur le
terrain, apparaît simple sur le papier... Une
autre interrogation. Les seuls et modestes
moyens de l'Etat suffiront-ils à parer une
éventuelle catastrophe écologique semblable à
celle de l'Erika en France ?
FONCTIONNEMENT. "
Aucun pays ne dispose de tous les moyens
nécessaires pour faire face à une catastrophe de
grandeur. L'Etat n'a pas besoin de se doter de
tous les équipements antipollution. Notre pays a
signé des conventions internationales. Et ces
conventions nous donnent le droit de solliciter
des équipements mis à la disposition des pays
signataires. Dans le cadre de ces accords, le
Gabon dépend du Centre de Southampton en
Angleterre où il y a tous les équipements
adéquats" a assuré Augustin Maganga Nziengui.
Avant de nuancer: " Mais cela ne veut pas
dire que l'Etat ne doit pas avoir un minimum de
logistique comme des camions, des bennes... "
Cependant, le Plan d'urgence
national ne sera pas déclenché à la moindre
alerte de pollution. Les déversements doivent
dépasser les 7000 tonnes dans le cas des
hydrocarbures. En dessous de ce seuil critique,
ce sont les compagnies pétrolières qui en
assureront entièrement la gestion. Car l'un des
avantages du PUN, est aussi sa capacité à
déterminer la provenance du fioul déversé. A cet
effet, on attend toujours le rapport d'expertise
de la marée noire de Mayumba.
Il faut savoir que 813
navires citernes traversent chaque année nos
côtes. 163 ont plus de 200 000 tonnes de
chargement. Ils sont, pour la plupart, chargés
d'hydrocarbures, mais aussi de minerais ou
autres substances nuisibles. A l'intérieur des
253 000 km2 du domaine pétrolier national, plus
de 40 compagnies pétrolières sont en activité,
et particulièrement en mer (70%a). Elles
possèdent 5 terminaux de chargement, 50
plates-formes de production en mer, 1000 km de
pipe-line pour une production annuelle de 10
millions de tonnes de brut. Les risques sont
donc bien réels.
L'efficacité du PUN se jugera
donc uniquement sur le terrain avec comme
première étape des exercices de simulation pour
vérifier l'efficacité du système. Il faudra dans
le même temps définir les zones à risque par la
réalisation d'un atlas de sensibilité
environnementale des côtes. Et impérativement
formaliser la désignation du coordonnateur
national et la composition de son bureau par la
prise d'un décret de nomination et d'un arrêté y
relatif. En attendant (sans le souhaiter) la
première alerte…