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Le quotidien l'Union du 18 Avril 2007

 

INVITE DE "L'UNION"…

Le président de la Cour constitutionnelle Marie-Madeleine Mborantsuo (suite et fin)

« les hauts cadres de la nation qui ont failli doivent être mis de coté>>

C'est du moins l'une des sanctions proposées par Mme Marie-Madeleine Mboranisuo à l'encontre de présidents de commissions locales qui se sont fourvoyés pendant le scrutin.

Dans la seconde et dernière partie de l'interview qu'elle nous a accordées le président de la Cour constitutionnelle, Mme Marie-Madeleine Mborantsuo, évoque les sanctions ci infliger aux présidents des commissions locales, sur le contenu de la déclaration qu'elle a faite au terme du contentieux. Mais également, sur l'influence des acteurs politiques faussant le jeu électoral, les invalidations prononcées. Actualité oblige, Mme Mborantsuo est revenue sur la décision de vacance de postes de maires rendue par son institution.

L'UNION : Parmi les questions que vous avez examinées figurent les désistements. Ne craignez-vous pas que ceux qui veulent se faire élire par tous les moyens utilisent cette voie qui laisse tout de- même libre cours à toutes possibilités de corruption pour parvenir à cette fin ?

Marie-Madeleine Mboratsuo : Le désistement qui peut, à notre avis, faire naître des doutes est celui qui intervient deux ou trois jours avant le déroulement du scrutin. Étant donné que la loi ne dit mot à ce sujet, nous n'avons rien à dire lorsqu'un citoyen manifeste librement le choix de rie plus prendre part à une élection. Ce que je puis dire pour l'heure c'est qu'à l'avenir nous allons être un peu plus regardant sur ces désistements pré-électoraux. En revanche le désistement durant le contentieux électoral ne semble pas être inquiétant pour nous si l'on s'en tient aux nouvelles dans de la loi électorale qui instituent le scrutin à un tour. D'autant que l'élection ayant déjà eu lieu, les tensions estompées, les gens reviennent à une certaine sérénité. Dans la plupart des cas ce sont les parents qui se sont affrontés durant les élections. L'on n'est donc pas surpris de voir qu'après les tensions succède l'entente entre les candidats d'une même famille. Aidés en cela par les conseils des parents. Le perdant sans doute conscient de ce que ce ne serait peut-être pas son parent qui sera réélu, choisit d'introduire un recours en désistement. Vous nous avez sans doute entendu dire, du moins le rapporteur lors des audiences, que cette requête en désistement est sans réserve. Parce qu'on pose la question au requérant avec insistance s'il maintient réellement son désistement. Ceci pour éventuellement savoir si sa requête est motivée ou non. En tout cas le citoyen est libre d'introduire une requête en désistement. Étant entendu que cela rentre dans le droit fil de l'application du principe de liberté en ce qui concerne les élections. Rappelez-vous que lorsque le mode de scrutin était à deux tours, les candidats tissaient des alliances entre ces deux tours. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui où le scrutin ressemble à tous égards à une mort subite, comme le diraient certains.

Au cours de cette élection, beaucoup de gens ont failli a des degrés divers bien évidemment. Cas des présidents des Commissions locales. Vous avez, au cours de votre déclaration clôturant le contentieux, employé des termes qui ont frappé : légèreté, concussion. Finalement quelle forme pourraient prendre ces sanctions si tant est qu'elles sont appliquées ?

- Ce que nous avons pris comme dispositions en ce qui. concerne les présidents des commissions locales c'est déjà d'adresser au président de la Cénap la liste de tous les présidents de commissions qui à notre avis ont failli à leurs tâches volontairement, pour favoriser telle ou telle partie, ou involontairement. Nous avons pensé qu'il fallait dans un premier temps écarter ceux-là de l'organisation des élections. Le Gabon dispose en tout cas de beaucoup de cadres répondent aux dispositions de la loi électorale qui stipule que peuvent être désignés en qualité de président de la commission électorale les hauts cadres de la nation. Et cette catégorie de citoyen est facilement identifiable dans le public comme dans le privé. Ceux qui ont failli doivent être mis de côté.

Autre fonction de sanction envisagée par rapport aux cas de concussion avérée que nous avons constatés c'est de transmettre au procureur de la République les dossiers de tous ceux qui ont été identifiés. On aurait pu prendre des sanctions administratives. Mais malheureusement celles-ci ne sont pas de notre ressort. D'autant que nous n'avons aucun rapport avec les services administratifs dans lesquels les uns et les autres travaillent. La seule institution que nous connaissons c'est la Cénap, parce que c'est la Cour qui désigne le président de cette institution. En ce qui concerne le fonctionnement de la Cour constitutionnelle dans le cadre électoral nous n'avons d'autre interlocuteur que la Cénap. Ce qui fait que nous ne pouvons envisager des sanctions administratives

Ces sanctions que vous comptez infliger aux présidents indélicats visent-elles le serment qu'ils ont prêté devant la Cour ?

Bien entendu. D'autant plus que lorsqu'ils viennent prêter serment devant la Cour, nous leur rappelons toutes les obligations rattachées à leurs fonctions. Ils doivent donc en répondre en cas de manquements.

- Que compte faire la Cour pour mettre fin à l'influence des acteurs politiques dans la désignation des scrutateurs, comme ce fut le cas lors des dernières élections ?

Il faut savoir que la Cour constitutionnelle ne désigne que le président de la Cénap. Ensuite, les partis politiques désignent les autres membres de cette Commission qui elle-même désigne les présidents des commissions électorales locales. Mais les partis politiques désignent les autres membres des commissions électorales locales. Les commissions électorales locales désignent les présidents des bureaux de vote. Mais ce sont les partis politiques qui désignent les autres scrutateurs. Nous ne pouvons pas, par conséquent, intervenir en ce qui concerne la désignation des représentants des partis politiques aussi bien à la Commission nationale que dans les commissions locales et voire dans les bureaux de vote. Il s'agit là de leurs choix.

Mais nous leur demandons tout simplement de porter leurs choix sur des citoyens responsables.

Parce qu' on a constaté que beaucoup de ces citoyens n'étaient pas responsables. Et qu'ils n'assurent même pas parfois cette représentation de façon effective. Ils ne sont jamais ~ Ils arrivent en retard. On a vu le cas à Moanda, par exemple, où les représentants de l'un des candidats, requérant par la suite d'ailleurs, sont arrivés à 10 heures dans le centre de vote qui comptait plusieurs bureaux de vote. Lorsque vos représentants arrivent à 10 heures, à 11 heures, ou bien quittent le bureau de vote à 15 heures, avant la clôture même du scrutin, qu'est-ce que vous pouvez attendre de ces représentants-là ?

Le matin les opérations électorales se sont déroulées sans eux. Que peuvent-ils attester de la régularité de ces opérations ? Le soir le dépouillement se déroule sans eux, ils ne peuvent même pas consigner leurs observations dans les procès-verbaux.

Mais par contre ce ont les mêmes représentants qui, pour aller toucher les perdiems chez les candidats, vont inventer le déroulement des opérations électorales auxquelles ils n'ont même pas participé Et du coup, les candidats se lèvent, commencent à vociférer, débarquent dans les bureaux de vote ou à la commission électorale, contrairement aux dispositions de la loi, pour séquestrer les membres de ces entités. Ce qui a valu pour certains l'annulation de leur élection. Parce que leurs représentants n'étant pas présents sont allés raconter des faits mensonges qui ont mis leurs candidats dans des situations d'exaspération, les ayant conduits manu militari au siège de la commission électorale pour en séquestrer les membres.

- Certes, mais Madame, n'y a-t-il vraiment rien à faire à votre niveau ?

Ce que nous envisageons de défaire, mes collègues et moi, dans les prochains mois, du moins avant les prochaines élections, c'est d'organiser des séminaires, pas de formation, mais d'information sur la chose électorale, avec des participants venus de plusieurs secteurs, notamment des journalistes, des acteurs politiques qui voudront bien, et eux aussi pourront désigner des gens, et les membres des commissions électorales. Parce que nous avons constaté que par le passé, ces membres des commissions électorales suivaient des séminaires organisés par la Cénap, ou la CNE à l'époque.

On n'entend pas empêcher cette institution d'exercer ses compétence, car la formation est vraiment de sa compétence. Nous pensons qu'un séminaire animé par la Cour a aussi un petit plus. Parce que de notre côté, à travers le contentieux électoral, nous sommes à même de mieux percevoir les insuffisances, où la loi n'est pas facilement appliquée, où la loi est incomplète, où la loi est lacunaire, au moment du contentieux électoral, nous découvrons toutes ces insuffisances et nous sommes à même d'expliquer cela aux acteurs politiques, aux éventuels scrutateurs ou aux autres citoyens, tout simplement pour leur information.

Donc nous entendons cette fois-ci soutenir la Cénap dans cet élan, cet effort d'information et de formation. Complémentarité, c'est ce que nous comptons faire.

- Nous sommes là dans le cadre de la pédagogie que vous avez évoquée dans votre déclaration post-contentieux. Cette pédagogie doit interpeller tout le monde, les acteurs politiques, la Cour et même le gouvernement qui, n'ayons pas peur des mots, n'assume pas aujourd'hui sa mission d'éducateur populaire et d'instructeur civique. Alors, n'avez-vous pas l'impression de prêcher dans le désert, quand autant d'appels lancés par vous demeurent sans écho au niveau des autres acteurs ?

Votre question est pertinente. Elle ne concerne pas uniquement ces élections. Justement c'est notre sentiment. Après chaque élection, nous avons fait le constat suivant : les acteurs politiques ne sont actifs qu'à quatre mois des élections. Après une élection, . sont comme s'ils étaient, mais alors, en hibernation. Mais à claque fois, la Cour s'évertue dans ses discours; soit de rentrée solennelle, soit à l'occasion de présentation des voeux au président de la République, de rappeler aux uns étaux autres qu'il y a dans le cadre d'un Etat de droit, ce qu'on appelle le principe de la périodicité des élections.

La Constitution prévoit la période électorale, un mois au moins et deux au plus avant la fin du mandat des députés, des sénateurs, du président de la République, on doit procéder à des élections. C'est ça la périodicité des élections. Parce que la souveraineté nationale appartient au peuple, et le peuple doit contrôler ses représentants à des périodes bien précises.

On a l'impression qu'après une élection, ceux qui sont élus ne sont plus intéressés par la suite. Ceux qui sont battus, là aussi, sont complètement déconnectés, et même le gouvernement passe à autre chose, il a d'autres priorités, en oubliant complètement la périodicité des élections. Et quatre mois avant, ils commencent à bouger, parce qu'ils vont être candidats. Or,à ce moment là c'est trop tard. On va exiger une concertation. On exige une révision, une modification de la loi électorale, etc., on oublie qu'il faut du temps pour finaliser toutes ces opérations-là, et même pour s'approprier les dispositions électorales nouvelles.

Nous sommes allés aux dernières élections avec des dispositions très complexes. Des enveloppes à coller, des bulletins de vote qu'on doit mettre dans des enveloppes à coller…

les citoyens ont-ils eu le temps des approprier ces dispositions-là ? Cela s'est passé sur le tas, le même jour. Dieu merci il y a eu plus de peur que de mal. Parce que nous, mes collègues et moi, on était inquiets. Mais dans tous les cas, on s'est quand même retrouvé avec ces 160 recours. Justement c'est parce que cette loi, avec de très bonnes dispositions, il faut le saluer, nécessitait assez de temps pour que le gouvernement et la Cénap puissent éduquer, informer, et former ceux qui devaient utiliser ces outils là pour optimiser les résultats. Parce que vous pouvez modifier les textes, mais si ceux qui sont chargés de les appliquer ne maîtrisent pas les procédures quel est le résultat auquel nous pouvons parvenir ?

C'est cela notre inquiétude. On en parle, mais nous avons l'impression que nous faisons des discours qui grâce à la participation de la presse, que je tiens à saluer d'ailleurs, sont diffusés in extenso. Mais une fois la cérémonie close, l'audience est levée, on vient nous saluer. Mais nous n'avons pas la suite de nos appels.

Nous espérons que cette fois-ci nos appels ne tomberont pas dans les oubliettes et que les acteurs politiques - nous tenons ici à saluer l'intervention de cette dame de l'UGDD qui a parlé de la liste électorale lors d'une émission télévisée la semaine dernière - prendront le relais.

L'UGDD appelait urgemment à une concertation. Nous pensons que si concertation il y a, elle doit se tenir en avril. Elle ne doit pas aller au-delà de mai. Parce qu'en mai, les instances compétentes doivent procéder à la révision de la liste électorales selon les dispositions du Code électoral actuel.

Surtout qu'on ne nous dise pas que non il faut maintenant proroger le mandat des membres des conseils municipaux et départementaux. Je leur pose la question de savoir quel est l'instance compétente pour proroger un mandat qui a été confié par le peuple ?

«Nous pensons qui si concertation il y a, elle doit avoir lieu en avril»

- En parlant justement de la pédagogie, on vient de sortir du contentieux électoral qui a été très volumineux, avec des sanctions l'on connaît dont des cas d'inéligibilité. Pensez-vous que ces sanctions puissent servir de valeur pédagogique aux acteurs politiques pour changer leurs comportements ?

Nous l'espérons. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous les avons prononcés, et c'était la première fois que la Cour prononçait des sanctions aussi lourdes. Il s'agit là de priver les citoyens d'un droit fondamental, celui de se présenter à une élection. Nous l'avons fait parce que nous estimons qu'on ne peut pas continuer avec des compatriotes qui manifestent leur intérêt pour la chose publique, c'est-à-dire le mandat de nous représenter nous tous au Parlement, et les mêmes compatriotes se comportent sur le terrain comme des vulgaires bandits. Comment peuvent-ils nous représenter dignement au Parlement, s'ils se comportent ainsi sur le terrain, alors que les procédures sont prévues pour dés cas d'insatisfaction quant aux résultats.

On a vu des candidats aux élections à l'Assemblée nationale organiser des expéditions de destruction systématique du matériel électoral et d'empêchement systématique du vote...

Et ces mêmes candidats voudraient aller au Parlement pour voter les lois, alors qu'ils violent déjà les lois votées par le Parlement qui stipulent qu'en cas de violence l'élection est annulée et le gars déclaré inéligible.

Nous espérons que ces cas d'inéligibilité vont amener beaucoup de nos compatriotes à former même leurs équipes de campagne électorale en leur disant que le vous ai recruté pour m'aider à devenir député, sénateur, conseiller municipal ou départemental, mais si vous posez des actes qui vont à l'encontre des lois de la République, vous n'allez plus m'aider, vous risquez de porter a hein te à mes intérêts et je risque de ne pas être au Sénat, à l'Assemblée nationale ou même maire Nous gins que les candidats aux prochaines élections prendront le temps de bien former leurs sympathisants. Parce que nous avons prononcé très peu de sanctions d'inéligibilité, mais prochainement on en prononcera plus.

Nous estimons qu'il faut commencer ici et aller de plus en plus, comme nous l'avons fait en ce qui concerne la sanction de l'irrecevabilité que nous avons commencé à appliquer en 2002 en déclarant irrecevables toutes les requêtes soumises à la Cour sur lesquelles la mention de l'élu ne figurait pas. On les appelait à l'époque les requêtes prématurées puisqu'il faut attaquer un élu. Nous avons appliqué la même sanction en 2005 à l'élection présidentielle. ..

Donc nous espérons que ces quelques sanctions là vont porter leurs Fruits pour qu'à l'avenir nous puissions connaître des élections calmes, sincères et sereines.

- Des députés dont l'élection a été invalidée ont pris part à l'élection du bureau de l'Assemblée nationale - certains en faisant partie eux-mêmes - et ont voté la confiance au gouvernement. N'y a-t-il pas là quelque chose de gênant ? Au regard de sa compétence -consultative,quel type de réformes pourrait proposer la Cour pour éviter à 1 avenir pareil scénario ? Que répondez-vous à ceux qui disent que cette législature mise en place le 20 janvier dernier est inconstitutionnelle au motif qu'un des 120 sièges n'a pas été pourvu, avant même le contentieux électoral ?

Vos questions sont très pertinentes. Je commencerai par celle relative à la gêne.

Il y a eu des invalidations, certains membres du bureau ont vu leur élection être annulée. Cela n'a aucune conséquence sur le plan de la légitimité d'es actes poses par l'Assemblée nationale pour la simple raison que lorsque l'élection a lieu et que la Cour proclame les résultats sous réserve du contentieux, tous ceux-là qui ont été proclamés élus sont détenteurs de la légitimité. Cames à partir de ce moment tous les actes qu'ils posent sont légaux, réguliers et légitimes. Même si par la suite la Cour invalide certains scrutins, Cela n'enlève rien à la régularité des actes qu'ils ont posés au moment ou ils revêtaient la légitimité par l'acte de proclamation des résultats de la Cour constitutionnelle.

Le fait que le bureau soit, à la suite de ces invalidations, incomplet ne pose aucun problème non plus. Parce qu'il s'agit d'une annulation provisoire car tous ces sièges vont être pourvus à l'occasion des élections partielles que vont organiser le ministère de l'Intérieur et la Cénap.

J'en viens maintenant à la question relative à la constitutionnalité de la présente législature. Au moment de la proclamation des résultats, la Cour reçoit tous les procès-verbaux des opérations électorales. Sil y en a 3000 ou 4000, la Cour vérifie la régularité formelle de tous ces procès-verbaux. Et c'est à l'issue de cette vérification que la Cour a annulé des scrutins au moment de cette proclamation avant même l'ouverture du contentieux électoral proprement dit.

Il s'agit ici d'un contrôle de la régularité formelle des procès-verbaux qui sont soumis à la Cour constitutionnelle avant la proclamation. A cette occasion là la Cour peut modifier, annuler ou réformer les résultats. Vous vous souviendrez de ce que la Cour a eu même, comme par le passé, à réformer les résultats. En 2001 déjà, la Cour avait eu à réformer les résultats à Kango en proclamant élu un certain Mouélé à la place d'un autre compatriote. Donc les révisions des résultats au 1er et au 3e arrondissements de Libreville ne sont pas des faits nouveaux pour la Cour. Et la Cour n'a pas non plus annulé l'élection seulement dans le cas de Lastourville.

En 2001 déjà elle avait déclaré la reprise du scrutin ici et là. Donc on l'a toujours fait, sauf que cette fois-ci, et c'est une bonne chose, grâce à votre action, les Gabonais ont suivi l'action de la Cour constitutionnelle et apparemment la découvrent alors qu'elle est la même depuis longtemps.

Il faut souligner pour la petite histoire que lorsque la Commission nationale électorale fait annoncer les résultats par le ministre de l'Intérieur, elle n'examine pas tous les procès-verbaux Elle se contente de centraliser les procès-verbaux établis par les commissions provinciales C'est la raison pour laquelle souvent vous remarquez des différences en moins ou en plus entre les résultats annoncés par le ministre de l'Intérieur et les résultats proclamés par la Cour constitutionnelle. Parce que la Cour examine chaque procès-verbal.

- Que s'est-il réellement passé à Lastourville ?

A l'examen des procès-verbaux nous avons dû annuler les élections à Lastourville, parce que les opérations ne s'étaient pas déroulées dans des conditions fiables. S'agissant surtout de l'établissement des procès-verbaux. Nous avons reçu des procès-verbaux où on vous met tant de candidats, avec les noms de candidats et tous

Avaient le même nombre de voix, sur plus de 10 à 15 bureaux de vote. Comment la Cour allait elle départager les candidats dans ces conditions-là ? Voilà ce qui s'est passé tout bonnement à Lastourville.

Mais il s'agit là d'une annulation. N'empêche qu'il y a eu renouvellement intégrale de l'Assemblée nationale conformément aux dispositions de la loi organique relative à l'élection des députés à l'Assemblée nationale: "tous les 5 ans, un mois au moins et deux mois au plus avant la fin de législature, on procède au renouvellement intégral de l'Assemblée nationale" : C'est ce qui s'est passé, puisque le décret qui a été pris dans ce cadre convoquait le collège électoral sur toute l'étendue du territoire, donc il concernait les 120 sièges.

Ce qui s'est par la suite passé, ce sont des incidents de parcours. La loi prévoit aussi que la Cour, au moment de la proclamation, peut infirmer, confirmer, annuler les résultats. Donc le seul fait que l'Assemblée a été renouvelée avec 119 sièges seulement ne peut à lui seul entacher d'inconstitutionnalité la législature actuelle. Pas plus que l'annulation des élections sur les 18 autres sièges.

- Madame le président, nous arrivons tout doucement au terme de notre entretien, nous avons une question sur les récentes décisions de la Cour, concernant la vacance des postes des maires, des sénateurs et présidents des conseils départementaux, conformément à la loi relative au cumul des mandats. Il y a eu même des maires qui ont bénéficié d'une ordonnance dans ce sens depuis 2003... Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Nous avons appris il y a à peine quelque temps qu'une ordonnance avait été prise. Laquelle modifiait les dispositions relatives à la loi organique sur l'élec6on des députés à l'Assemblée nationale. Celle-ci a été prise le 14 février 2003. Nous l'avons appris. on ne devait pas l'apprendre de cette manière-là. Parce que conformément à la Constitution de la République, l'adoption d'une loi organique obéit à une procédure particulière. Et toutes les lois organiques doivent être soumises à un contrôle de constitutionnalité de la Cour constitutionnelle, parce que les lois organiques contrairement aux lois ordinaires ont valeur constitutionnelle, et c'est la Cour constitutionnelle qui doit, à travers son contrôle de constitutionnalité, leur déférer cette qualité de loi constitutionnelle.

De ce point de vue, une ordonnance prise en 2003 ne peut pas modifier une loi organique pour permettre la modification les dispositions de la loi organique qui instituent les incompatibilités entre les fonctions de maires et le mandat des députés.

Une ordonnance est prise pour modifiés les dispositions, et la Cour n'est pas saisie pour le contrôle de constitutionnalité.

La Cour a été saisie par un président de commission qui ayant reçu le lexique des textes qui forment le Code électoral a constaté l'existence de cette ordonnance. Nous étions en fin décembre 2006. Etant donné que ces textes devaient être appliqués dans le cadre du contentieux électoral, il a soulevé l'exception d'inconstitutionnalité de ces textes-là et a saisi la Cour constitutionnelle. Et c'est à ce moment là que la Cour découvre qu'on a modifié la loi organique par une ordonnance qui n'est qu'une loi ordinaire.

Donc, la Cour saisie, a rendu une décision, toute première décision pendant qu'elle s'occupait du contentieux électoral, je crois que c'était en janvier pour déclarer inconstitutionnel ce texte-là. Et quand un texte est déclaré inconstitutionnel, il n'existe plus. II ne reste que la loi organique qui a été modifiée en janvier2003, régulièrement. Et c'est cette loi organique qui prévoit que les fonctions de maires sont incompatibles avec un mandat de député.

Mais la Cour ne pouvait pas constater ces vacances ou ces incompatibilités sans être saisie, parce qu'elle ne se saisit pas d'office. Elle n'a été saisie que récemment par Monsieur le Premier ministre. Il y a une semaine. C'est pourquoi la Cour a rendu cette décision. C'est sûr que si elle est saisie sur d'autres cas d'incompatibilité, et je sais qu'il y en a d'autres, elle va constater ces incompatibilités là.

- C'est quand même grave que des présidents d'institutions parlementaires ne vous saisissent pas dans ces cas-là...

De toute façon, à partir du moment où vous êtes maires et que vous vous présentez à l'élection des députés, vous avez pratiquement fait le choix d'aller représenter valablement, et à quel niveau, le peuple. Parce qu'il n'y a pas de mandat, sauf celui du président de la République, aussi important que relui de représentant du peuple.

Les maires auraient pu faire un choix Bon on n'en est plus là. Les conseillers vont se réunir pour élire d'autres maires dans les délais et les conditions prescrits parla loi.

- Peut être un dernier mot pour conclure, Madame le président.

je voudrais d'abord vous remercier pour nous avoir donné l'occasion de revenir, un tant soit peu, sur les dernières élections. Nous comptons beaucoup sur vous. Et je tenais à vous remercier pour le soutien que vous nous avez apporté, à votre manière, tout au long de ce contentieux électoral. Vous étiez présents, et faisiez régulièrement le point des audiences à la Cour constitutionnelle dans votre journal.

Je peux même vous dire que vos interrogations appuyaient le décompte du temps qui nous restait. Vous avez tout de suite attiré notre attention au point où nous avons pensé qu'il était de notre devoir de rendre cette décision là pour être en conformité avec la Constitution et les lois.

Je tiens à dire merci à L'Union et à vous inviter de temps en temps, chaque fois que l'occasion vous le permet, à assister à nos audiences comme vous l'avez fait d'ailleurs tout au long du contentieux électoral.

Source : Journal L'Union Plus du 18 Avril 2007

 



   

10E ÉDITION GRAND PRIX DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
La palme à Jeanne Revangué

INVITE DE "L'UNION"…
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JOURNÉE NATIONALE DE LA FEMME
Quels enseignements ?

Pour moi quoi…Makaya
Prendre toute la population en otage, voilà une pratique qui tend à se