INVITE DE L'UNION... LE
PRÉSIDENT DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE
Marie-Madeleine Mborantsuo en pédagogue
Pendant un peu plus de deux
heures, le président de la haute juridiction,
qui ne s'est jamais rendu ailleurs que dans une
institution de la République, a honoré notre
rédaction en répondant, sans détours, à toutes
nos préoccupations qui sont aussi celles de nos
compatriotes qui souhaitent, en particulier,
connaître le fonctionnement de la Cour
constitutionnelle et les procédures ayant cours
pour vider le contentieux électoral.
LE
président de la Cour constitutionnelle,
MarieMadeleine Mborantsuo était hier, vendredi
13 avril 2007, l'invité de l'Union, où pour la
première fois, depuis la création de son
institution il y a quinze ans, elle a accepté de
se rendre. Une visite qui honore d'autant plus
notre rédaction que le président de la Haute
Institution n'a guère pour habitude de
fréquenter d'autres lieux que les autres
institutions de la République. A cette occasion
elle s'est livrée à un exercice de pédagogie
répétitive destine à éclairer l'opinion sur le
rôle de la Cour constitutionnelle dans
l'affermissement de notre jeune démocratie,
principalement, son action de contrôle de
l'expression du suffrage universel, qui la place
en amont et en aval des opérations électorales
dans le pays.
L'opportunité nous a donc été
donnée d'ouvrir, avec le président de la Cour, à
bâtons-rompus, un échange contradictoire sur les
Législatives 2006 et le volumineux contentieux
dont la haute juridiction a été saisie. Femme
brillante, maîtrisant parfaitement sa matière et
rompue aux arcanes du droit, Mme Marie-
Madeleine Mborantsuo a répondu sans détours à
toutes nos questions qui faisaient état de nos
préoccupations, qui sont aussi, nous en sommes
convaincus, celles de nombreux compatriotes qui
souhaitent connaître les rouages et les
procédures ayant cours durant le contentieux
électoral, comme celui qui vient de s'achever.
GARDIENS JURIDIQUES• Sur
certaines questions qui ont fait l'objet d
un débat nourri entre les avocats durant les
audiences publiques qui ont eu lieu pendant deux
mois au siège de son institution, notamment les
irrecevabilités, le président de la Cour
constitutionnelle, en dépit du fait qu'elle
reconnaît que tout citoyen doit accéder
librement à la justice, a fait savoir,
cependant, que cette accession obéit à une
codification, dont l'inobservation conduit
automatiquement à prononcer l'irrecevabilité.
Citant en exemple plusieurs cas de Jurisprudence
en 2002, après les élections législatives et en
2005 à la suite de la présidentielle remportée
par le président Omar Bongo Ondimba, comme pour
dire que ce types de décisions sont prises par
la Cour constitutionnelle.
Intervenant alors que la
classe politique s'était accordée sur les règles
du jeu électoral, ce lourd débat post-électoral
n'a pas moins surpris les gardiens de la Loi
fondamentale, d'autant que, la concertation
entre toutes les parties prenantes à cette
consultation électorale avaient donné lieu à
l'élaboration d'un arsenal juridique favorable à
l'instauration des conditions de transparence,
celle-ci n'ayant guère pu être correctement
expérimentée pour diverses raisons. Au contraire
de cette attente légitime de la Cour, autant que
des populations, les acteurs politiques de deux
bords ont ait preuve de mauvaise foi en tentant
par tous les moyens, y compris les plus
frauduleux, de se faire élire a l'Assemblée
nationale. Pour Marie- Madeleine Mborantsuo, le
désordre observé durant les élections est propre
à la mentalité gabonaise.
Au demeurant, le président de
la Cour souhaite qu'une évolution significative
soit observée au cours du prochain scrutin,
persuadé de ce que les nombreuses décisions que
l'institution a rendues, notamment, les
invalidations, peuvent servir, à son
entendement, d'outils pédagogiques. Tant ces
invalidations étaient sous-tendues pour la
plupart d'entre elles, par des manquements
décriés par le passé par l'ensemble de la casse
politique gabonaise et qui ont fait l'objet
d'une concertation ayant abouti à des réformes
consensuelles saluées pourtant par tous. Il est
en de même pour les décisions d'inéligibilités
rendues à la suite des violences électorales
perpétrées par des compatriotes aspirant a
représenter le peuple au sein de la
Représentation nationale.
Les récriminations du
président de la Haute juridiction ne sont pas
uniquement orientées en direction des acteurs
politiques. Bien au contraire. Car,
l'organisation des opérations de votation par
l'administration a été souvent défaillante, pour
ne pas dire plus. Et la Cour envisage des
sanctions à l'encontre des hauts cadres de la
nation qui se sont fourvoyés, tout comme elle
est décidée à engager une action pédagogique qui
va se caractériser par des séminaires
d'information et de formation destinés à toutes
les parties impliquées dans le processus
électoral.
MODELE• Pour autant, Mme
Mborantsuo s'est défendue d'avoir voulu nuire à
quiconque, les décisions de la Cour étant
guidées par le souci constant de voir les
opérations électorales se dérouler en conformité
avec les dispositions de la loi électorale, qui
pour elle est un modèle du genre.
Abordant la question
d'actualité relative aux dernières décisions
rendues par la Cour aux fins de constater la
vacance de postes de maires des communes de
Libreville, Port-Gentil, Ndendé et de président
du conseil départemental de la Haute-Banio, Mme
le président de la Cour, a clairement énoncé le
refus de son institution de cautionner une
violation des textes de base régissant le vote
des députés, en faisant respecter les
incompatibilités. C'est dans cette optique que
l'ordonnance prise en février 2003 a été frappée
d'inconstitutionnalité. Preuve, une fois de
plus, que cette fois la Cour s'est résolument
engagée à tourner la page. A lire a partir de
mardi.