FAIT DIVERS
Le
ministère de la Justice roulé dans la farine par
des hommes d'affaires libanais
En 2004, !e gouvernement, par
l'entremise du ministère de !a Justice, a signe
une convention de trois-cent cinquante millions
de francs avec Logicom, une société d'hommes
d'affaires libanais, pour la mise en œuvre du
projet d'informatisation du casier Judiciaire,
de la chaîne pénale et pour combler
l'insuffisance du matériel de travail des
juridictions du pays. Dans ce schéma,
quatre-vingt douze ordinateurs avec accessoires
ont été livrés aux ayants droit. Mais ces
équipements se sont révélés défectueux après
seulement quelques mois d'usage. Récit d'une
transaction qui a ouvert, à ses auteurs, les
portes de la prison.
BILAL
Dagher Ngouamassana et Hassan Charkawi, un
compatriote d'origine libanaise et un Libanais,
responsables de la société Logicom, viennent
d'être placés sous mandat de dépôt. Ils sont
poursuivis pour faux en écriture de commerce.
Selon une source judiciaire, les deux hommes
'affaires tout comme leur acolyte Tarek
Ngouamassana, actuellement en fuite au Liban -
ont livré, en 2005, des ordinateurs de seconde
main au ministère de la justice. Ce matériel qui
n'aurait coûté qu'une dizaine de millions de
francs à Beyrouth, s'est révélé défectueux après
quelques mois seulement d'usage.
Sous la pression des
autorités judiciaires, les responsables de
Logicom ont été contraints d'acheter, sur place
à Libreville, des ordinateurs neufs pour
remplacer les mauvais appareils livrés
auparavant. Mais les intéressés restent
redevables vis-à-vis de l'Etat de la somme de
298 millions de francs, toutes les dépenses
effectuées se chiffrant à cinquante-sept
millions de francs seulement. C'est pour avoir
commis un faux en écriture de commerce (fausses
factures ) que Bilal Dagher Ngouamassana et
Hassan Charkawi sont traduits en justice. Ils
ont été placés sous mandat de dépôt, vendredi
dernier, en attendant l'arrestation de leur
acolyte Tarek Ngouamassana.
D'après une source proche du
tribunal de première instance de Libreville,
tout commence en 2004. Cette année-là, le
gouvernement signe une convention de trois-cent
cinquante millions de francs avec Logicom pour
la mise en oeuvre du projet d'informatisation du
casier judiciaire, de la chaîne pénale et pour
combler le déficit en matériel de travail pour
les juridictions du pays.
Une fois en possession de la
somme, Logicom dépêche au Liban Hassan Charkawi
A Beyrouth, l'homme d'affaires obtient du
matériel informatique de seconde main à dix
millions de francs seulement. Les taxes
douanières se montent à quatre millions de
francs environ, selon une source autorisée.
Après toutes les dépenses, il reste dans les
caisses de Logicom la bagatelle de 298
millions de francs.
Bilai Dagher Ngouamassa,
Tarek Ngouamassa et Hassan Charkawi se partagent
équitablement ce pactole, soit soixante-dix
millions à chacun. Pourtant, les choses ne se
passent pas comme ils le souhaitent. Les
ordinateurs livrés tombent en panne, les uns
après les autres. Toute chose qui étonne, à
juste titre, leurs utilisateurs.
CONCUSSION. Ce problème
figure parmi les dossiers qui attendent le
nouveau ministre de la justice. A l'issue d'une
séance de travail avec l'ensemble des chefs de
juridictions, le parquet de la République de
Libreville s'est chargé, avec la collaboration
de la Direction générale de recherches (DGR)
d'interpeller tour à tour les opérateurs
économiques ayant été bénéficiaires des marchés
accordés par le ministère de la justice. C'est
ainsi que des sommations sont faites aux
responsables de Logicom pour fournir d'autres
nouveaux matériels informatiques. Deux semaines
plus tard, les nouveaux appareils sont livrés au
parquet et acheminés ensuite au ministère de la
justice.
Dans la foulée, les autorités
judiciaires ouvrent une enquête, laquelle permet
finalement de découvrir la supercherie des
hommes dirigeants de Logicom. Ceux-ci auraient
aussi floué la douane gabonaise en présentant de
fausses factures. D'où évidemment la décision
des autorités de poursuivre les intéressés pour
faux en écriture de commerce. En somme, Bilal
Dagher Ngouamassa et Tarek Ngouamassa, ont des
comptes à rendre à la justice du pays dont ils
ont pris la nationalité. " S'ils avaient fait
les choses correctement, nous ne serions pas
arrivés jusque-là. Ce n'est pas normal qu'on
vienne défier la justice de cette manière ",
a relevé un agent en service au palais de
justice de Libreville.
L'un des responsables de
Logicom a déclaré avoir versé des pots-de-vin
d'un montant de vint millions de francs à
l'ancien directeur de cabinet du ministre de la
justice sortant. Ce dernier a été mis en examen
mais laissé en liberté provisoire. En fait,
l'une des causes des grèves qu'a connues le
milieu judiciaire de notre pays résultait de
l'insuffisance des moyens financiers qui font
défaut à la mise en place de l'informatisation
du casier judiciaire et de la chaîne pénale.