A PROPOS DU VIH/SIDA ET DE LA
CIRCONSICION
Un
message d'espoir trompeur
Par Maïté MAPANGOU*
UN communiqué (en fait une
dépêche, Ndlr) de l'AFP relatif à l'effet
protecteur qu'aurait la circoncision face au VIH
a été publié récemment dans la plupart des
médias, en Europe et en Afrique, y compris dans
L'Union du 30 mars 2007. Emanant de grands
professeurs, de chercheurs et de responsables
d'organismes internationaux, on ne peut, a
priori, douter de la véracité de leurs
déclarations qui font suite à la publication de
quelques études faites en Ouganda, au Kenya, en
Guinée Bissau et en Afrique du sud, sur des
échantillons ciblés de populations.
Ce communiqué, tel que
formulé, peut faire croire aux hommes circoncis,
et à ceux qui iraient se faire circoncire,
qu'ils sont ou qu'ils seront protégés d'une
contamination parle VIH. Ce qui est faux. Mais
il peut surtout détruire tous les efforts
accomplis depuis plus de vingt ans par les Etats
et les ONG en vue de faire adopter le port du
préservatif et induire un changement de
comportements.
Il faut donc tempérer
l'espoir trompeur que suscite cette nouvelle par
quelques remarques.
Première remarque :
Selon les études à l'origine
du communiqué, l'effet protecteur résulterait
d'une part de la réduction de la surface de la
peau (celle du prépuce qui est enlevée lors de
la circoncision) et d'autre part d'une
transformation des cellules de la surface du
gland qui se recouvrirait de cellules semblables
à celles de la peau, limitant ainsi l'entrée du
VIH. Cette protection ne concerne donc que la
surface du gland et n'est valable que dans la
mesure où cette surface n'est pas lésée. Or,
tout comme sur la peau de la verge, des
écorchures ou des micro-lésions (invisibles à
l'oeil nu) dues aux frottements ont souvent lieu
lors des rapports sexuels ... Et dans ce cas,
circoncision ou pas, elles sont source de
contamination pour tous les hommes lorsque la
partenaire est infectée.
Deuxième remarque :
Il ne faut surtout pas perdre
de vue que plus de 80 % des hommes au sud du
Sahara sont circoncis, dans le respect de
coutumes ancestrales qui ont précédé les
religions chrétienne et musulmane et perdurent.
Très rares, et représentant des populations peu
nombreuses, sont les ethnies qui ne la
pratiquent pas. Ce fort taux de circoncision n'a
pas empêché l'extension fulgurante de la
pandémie depuis 25 ans dans 4 des sous-régions
de l'Afrique où l'on estime à plus de 40
Millions le nombre de personnes vivant avec le
VIH, dont presque la moitié sont des hommes...et
qu'ils sont presque tous circoncis !!!
Troisième remarque :
L'étude faite en Guinée
Bissau (revue de presse du Crips le 08/03/2006)
a montré que le taux de séroprévalence des
hommes circoncis était de 6% contre 10 % pour
les non circoncis (qui représentent moins de 15%
de la population bissau-guinéenne). Ceci montre
à l'évidence que la circoncision, si elle
protège un peu plus l'homme circoncis, n'est pas
la solution miracle ni une protection à 100%,
loin de là, et ne doit surtout pas faire
négliger le recours aux préservatifs.
Quatrième remarque :
Les études plus récentes
faites en Afrique de l'Est et du Sud (Revue de
presse du Crips le 29/03/07) font calculer à
l'OMS que la circoncision réduirait de 60% le
risque de transmission hétérosexuelle du virus à
l'homme et, selon des projections à 20 ans,
pourrait éviter 5,7 millions de nouvelles
contaminations. Mais cela ne peut concerner que
les éventuels nouveaux circoncis.
Dans le même temps, ces mêmes
autorités et organismes onusiens alertent les
Etats africains et en appellent à leur vigilance
(Le Figaro du 29/03/07) face à l'expansion de la
pandémie sur le continent, faisant plus de 3
millions de nouvelles infections et causant plus
de 2 millions de décès par an, malgré la
circoncision existante.
En février dernier, le
président ougandais s'est élevé publiquement
contre ces messages d'information relatifs à la
protection par la circoncision, estimant qu'ils
semaient une grande confusion parmi les
populations, apportant un espoir trompeur
pouvant provoquer l'abandon du port du
préservatif et induire un relâchement dangereux
de la lutte contre le SIDA.
Pour coller plus à la
réalité, il faut renverser l'information et
raisonner ainsi puisque les études scientifiques
montrent une certaine protection de l'homme
circoncis par rapport au non-circoncis, on doit
seulement en conclure que, si la grande majorité
des hommes n'étaient pas circoncis au sud du
Sahara, on aurait aujourd'hui 60 % d'hommes
contaminés en plus, soit environ 14 millions. Et
on peut dire merci à la circoncision de nous
avoir évité cette catastrophe supplémentaire !
Mais de là à y voir une technique de protection
valable, non. Surtout pas.
En conclusion, circoncis ou
non circoncis, tout homme qui ne se protège pas
est un "contaminé en puissance" et un "
potentiel contaminant" pour sa ou ses
partenaires. Tant qu'on n'a pas trouvé un
médicament CURATIF pour ceux qui sont
contaminés, et un vaccin PREVENTIF pour les
autres, la meilleure sécurité est d'avoir
TOUJOURS des rapports protégés par un
préservatif, avec tout partenaire dont on ne
connaît pas le récent statut sérologique.
* Secrétaire général
Opdas-Gabon