CHRONIQUE ÉCONOMIQUE
Une
institutions de façade ?
Lutte contre la corruption et
l'enrichissement illicite
NOTRE pays est l'un des rares
en Afrique à disposer d'une panoplie
d'instruments de lutte contre la corruption et
l'enrichissement illicite. Un ministère a été
créé pour exécuter la politique gouvernementale
en la matière. Il y a la Commission indépendante
de lutte contre l'enrichissement illicite. La
législation prévoit des moyens efficaces pour
combattre la gangrène. Il y a même eu, sous
l'instigation du premier président du Sénat, feu
Georges Rawiri, des missions parlementaires
qu'on a vu sillonner le territoire pour dénicher
les prévaricateurs. Il y a la Cour des comptes,
le plus sûr réservoir d'informations relatives à
la gestion des deniers publics. Tout a été fait,
peut-on dire.
Or, malgré la mise en musique
de toutes ces institutions, les Gabonais,
perplexes, attendent toujours. Où sont les
conclusions des enquêtes parlementaires.
Pourquoi les citoyens né disposent-ils pas des
rapports de la Coures comptes ? Quel est le
bilan officiel de la lutte contre
l'enrichissement illicite depuis l'instauration
de la Commission ? Quels sont les actes posés
par le ministère ? Quant à la justice, eut-on
savoir à quel niveau se situe par exemple
aujourd'hui le dossier du Fodex? Les cautions
ont certes été payées. Mais la suite ? En un
mot, j'aimerais savoir si la corruption et
l'enrichissement reculent.
J'ai été pris d'un malaise le
jour où un chef d'Etat d'un pays ami, en visite
chez nous, avait fait observer que les hommes
d'affaires, chez lui, posaient l'argent sur la
table, non en-dessous. Quelque temps auparavant,
certains d'entre eux s'étaient engagés à
construire de cités socio-économiques au Gabon.
Mais ils avaient dû rebrousser chemin,
confrontés qu'ils avaient été à l'obstacle des
fameux 10% du montant de l1investissement. Une
pratique qui, malgré toutes les mesures prises
au plus haut niveau de l'Etat, a une espérance
de vie élevée.
Dans un contexte où les
comportements mafieux sont plus ou moins
encouragés par l'impunité ambiante, n'est-il pas
temps que la gestion des deniers publics fasse
l'objet de publications régulières, notamment
dans la presse nationale? Peut-être les mesures
décisives initiées par le chef de l'Etat
auront-elles une chance d'être appliquées. Si
tant est que les détourneurs de deniers publics,
les prévaricateurs avérés, les fossoyeurs de l'Etat,
etc., puissent en être ébranlés.
Nous sommes dans le domaine
des finances publiques. Par définition, dans un
Etat qui se veut moderne, la finance publique
concerne au premier chef le public. A ce titre,
elle ne saurait être classée top secret, ni se
réfugier derrière quelque obligation de réserve
pour justifier ou cultiver son opacité. Nul
n'est censé ignorer la loi, dit-on partout. Ce
qu'on dit moins, c'est que, de même, nul n'est
censé ignorer la loi des finances publiques: le
mode de recouvrement, la répartition, la
gestion, etc.
Dans un pays comme la France
- dont nous nous inspirons quand la
comparaison est favorable - l'obligation de
réserve se justifie dans le cadre du
fonctionnement d'une administration sur certains
dossiers qui peuvent être sensibles: sécurité,
défense, immigration, gestion des frontières,
relations internationales, etc.
La Fonction publique (ou
l'administration publique) est au service du
peuple. Si, comme en France, le mot "public" a
un sens, le peuple est donc le premier concerné,
sinon le seul, par les affaires publiques.
Il devrait donc être informé de la marche de l'Etat.
De ce oint de vue, le législateur serait avisé
d'adapter la loi, en précisant les domaines dans
lesquels l'obligation de réserve doit
nécessairement être appliquée. En même temps, il
déclinerait clairement la partie des affaires
publiques qui doivent être portées à la
connaissance du public.
Actuellement galvaudée,
l'obligation de réserve cache mal le souci, chez
de nombreux administrateurs de crédits, de
procéder à des actes délictueux en toute
tranquillité et en toute impunité. Les
parlementaires, qui sont avant tout les
représentants du peuple, et qui par ailleurs
sont censés contrôler l'action du gouvernement,
devraient être assez courageux pour clarifier
les concepts ;
Résumé: tout comme le citoyen
a le devoir de connaître la loi, il a également
le devoir civique de savoir comment son pays est
géré afin qu'il puisse, dans sa souveraineté,
effectuer les bons choix. Faute de quoi, il
continuera à voter sur des critères
extra-politiques. Ou... à s'abstenir.
Question subsidiaire:
pourquoi les membres du gouvernement et autres
gestionnaires de crédits sont-ils convaincus que
les budgets mis à leur disposition, pour le
développement, sont en réalité la contre-partie
de leur allégeance au chef l'Etat ou la
récompense de leur appartenance à la Majorité
présidentielle ?