CONTENTIEUX ÉLECTORAL/ APRÈS
LA DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE LA COUR
CONSTITUTIONNELLE
Pour une
pédagogie généralisée
Au terme des délibérations
relatives au contentieux électoral,
particulièrement volumineux cette fois, Mme
Madeleine Mborantsuo, a déploré qu'après autant
d'efforts dans le sens de l'assainissement des
textes électoraux, plusieurs acteurs politiques
continuent à poser des actes délictueux. D'où
l'importance de renforcer la formation et la
sensibilisation tous azimuts.
LES délibérations relatives
au contentieux électoral, dans le cadre des
élections législatives de décembre 2006, ont
pris fin il y a exactement une semaine. Avec les
hauts et les bas qui l'ont caractérisé. Mais ce
qui aura également marqué cet événement, c'est
la déclaration du président de la Cour
constitutionnelle, seule juridiction compétente
en matière d'élections, Mme Marie-Madeleine
Mborantsuo.
Le président de la haute
juridiction qui a toujours déploré les
manquements l'organisation des élections dans
notre pays et condamné les comportements de
certains acteurs politiques, n'a pas manqué,
dans sa déclaration d'attirer l'attention des
uns et des autres sur la nécessité de respecter
les textes. Sans doute était-elle dans sa
mission de pédagogie qu'elle a d'ailleurs
justifiée.
«La mission de la Cour
constitutionnelle, a-t-elle dit, qui
consiste à juger, entre autres, les
élections politiques dans notre pays, se doit
d'être juridictionnelle sans doute, mais,
également pédagogique. Juridictionnelle en ce
qu'elle doit dire le droit et donc rétablir la
justice là où elle a été bafouée; pédagogique en
ce que chaque citoyen doit se convaincre que la
fin ne justifie pas les moyens lorsqu'il
sollicite les suffrages du peuple et que la
volonté de l'emporter sur l'adversaire ne doit
pas triompher à tout prix».
La Cour a relevé que «de
manière récurrente, il s'est agi de la non
remise des procès-verbaux, du refus d'admettre
dans les bureaux de vote les représentants des
candidats, du non convoyage des résultats par
les personnes habilitées, de la résidence des
bureaux de vote pares directeurs de campagne et
les descendants des candidats, de l'intrusion
des candidats dans les bureaux de vote, de la
falsification des procès-verbaux, du défaut
d'isoloir dans les bureaux de vote, des
violences à l'intérieur et aux abords des
bureaux de vote, de la séquestration des membres
des bureaux dé vote et des commissions
électorales ainsi que d'autres personnes par les
fameuses brigades anti-fraudes créées par
certains candidats».
Au regard de tous ces griefs,
on se rend compte qu'il s'agit-là, d'une manière
générale, des manquements déjà dénoncés lors des
consultations antérieures. Leur récurrence peut
se justifier par deux raisons: le manque de
volonté de bien faire et la méconnaissance des
textes. Dans tous les deux cas, la pédagogie
s'impose parmi les thérapies à proposer en vue
de réduire les manquements tant décriés en
matière d'organisation et de tenue des élections
dans notre pays.
ADHESION • L'expérience
montre que la Cour constitutionnelle ne doit
plus être la seule à jouer ce rôle de pédagogue
en matière d'élections. La pédagogie généralisée
s'impose. Que faut-il entendre par là ?
On se souviendra de ce qu'au
sortir du scrutin de décembre 2006, pour coller
à l'actualité, certains observateurs, notamment
le Gerddes-Gabon, avaient émis beaucoup d'idées
tendant à améliorer l'organisation des élections
dans notre pays. Parmi celles-ci, la nécessité
de sensibiliser les acteurs politiques aussi
bien au niveau des leaders qu'à celui des
militants et des sympathisants.
La mission de pédagogie
incombe à tout le monde: gouvernement, partis
politiques, institutions, médias, etc. Les
enseignements tirés par le président de la haute
juridiction exigent que le problème soit pris en
considération à tous .les niveaux et que chaque
acteur s'implique dans la recherche des
solutions.
Comment dans un pays où les
partis politiques et autres structures dérivées
pillulent, on n'a presque jamais entendu parler
d'organisation de séminaires de formation, de
sensibilisation ou d'information à l'intention
des militants et sympathisants de telle ou telle
autre formation politique ? Comment un parti
politique sérieux peut décider de n'avoir des
contacts avec ses militants que lors des
meetings, comme c'est presque le cas dans notre
pays ? Comment un gouvernement peut-il prétendre
amener les citoyens à changer les mentalités
sans une réelle politique d'instruction civique
à grande échelle, surtout en période électorale
?
Aujourd'hui, l'heure a sonné
pour que les uns et les autres se ressaisissent
et cessent de toujours jeter l'anathème sur la
seule Cour constitutionnelle lorsqu'elle
invalide l'élection de certains candidats ou
condamnent d'autres.
Comme l'a rappelé Mme
Mborantsuo, "quelle que soit sa qualité,
notre loi électorale n'atteindra pas les
objectifs souhaités par tous, notamment la
transparence électorale, sans l'adhésion totale
et sincère de tous les acteurs de la vie
nationale".