CHRONIQUE POLITIQUE
Pied de
nez
ACCUSÉE de collusion avec les
tenants du pouvoir, critiquée pour une supposée
partialité consécutive, disent certains, à une
lecture parcellaire des textes, la Cour
constitutionnelle a fait un gros pied de nez à
ses détracteurs répandus dans l'opinion et dans
les sphères politiques partisanes.
La haute juridiction qui,
depuis quinze ans, n'a cessé de prendre des
décisions allant dans le sens de
l'affermissement des pratiques démocratiques et
de l'Etat de droit dans notre pays, s'est
confortée dans cette logique. Car, en sus du
plein exercice des charges qui sont les siennes
en vue du respect des principes fondateurs de
l'État, à savoir l'unité et l'indivisibilité de
la République, la souveraineté nationale, la
démocratie pluraliste, la séparation des
pouvoirs, elle a pris, une fois de plus dans la
phase importante de contrôle de l'expression du
suffrage universel; des décisions d'annulation
des élections toutes aussi importantes que les
sanctions d'inéligibilité à l'encontre de
certains acteurs politiques dès la proclamation
des résultats du vote des députés.
Même si en dix sept ans de
vie démocratique toutes les élections politiques
organisées depuis 1990 ont été émaillées de
contestations ayant débouché sur des
invalidations et des reprises totales ou
partielles des opérations électorales sur
plusieurs sièges, toujours est-il que, plus que
par le passé, la Cour a bien marqué le coup, à
en luger par les annulations des dernières
législatives marquées par une avalanche de
recours. Elle a renvoyé Jean-François Ntoutoume
Emane, ancien Premier ministre, dignitaire du
régime, élu depuis les premières élections
politiques de 1990 au 5e arrondissement de la
capitale gabonaise, devant les électeurs de sa
circonscription électorale. Et débouté deux
ministres en fonction, Jean Boniface Asselé et
Egide Boundono Simangoye, après l'examen de
leurs requêtes en annulation des victoires de
leurs adversaires, novices en politique sur
leurs sièges respectifs de Libreville et de
Moanda.
C'est dire que des
annulations des votes et des sanctions, il y en
a souvent eu, mais à la seule différence que les
dernières décisions des juges constitutionnels
portant sur les annulations des votes, les
inéligibilités infligées à Tonangoye de l'Union
du peuple gabonais, Nzengué Mouelé et autres
candidats, illustrent, à elles seules, la
consolidation de l'action de la Cour
constitutionnelle en la matière. Elles ne
doivent donc guère surprendre, même si elles
étonnent par leur fermeté. Parce que c'est
quasiment la première fois qu'elle prend des
mesures aussi draconiennes que contraignantes
concernant une personnalité de haut rang de
l'ancien parti unique, lesquelles peuvent
trouver leur explication et origine dans les
appels répétés lancés depuis des années par la
Cour, avant, pendant et après les consultations
politiques souvent émaillées de fraudes,
contestations et de troubles, attirant
l'attention de la classe politique sur la
nécessité de mettre fin aux pratiques contraires
à l'expression démocratique et du suffrage des
électeurs. On aurait pensé à tout sauf qu'elle
franchisse le Rubicon en assiégeant la citadelle
des hiérarques du principal parti au pouvoir.
Tant il est établi, jusque-là, que peu
d'exemples font état de l'annulation d'une
élection remportée par un haut dirigeant du
Parti démocratique gabonais, de la trempe, il
faut le reconnaître, de Jean- François Ntoutoume
Emane. Alors que d'aucuns pensaient au tout
début des débats du contentieux électoral que
les juges constitutionnels succomberaient aux
chants des sirènes de la majorité les invitant à
faire élire les principaux dignitaires du
régime, en assénant des décisions absolues... et
sans appel.
INTERPRETATIONS• Au
demeurant, à travers ces dernières
invalidations et sanctions, infligées aux
acteurs politiques qui se sont illustrés
négativement par des violences et autres actes
de barbarie électorale sur le champ du vote, les
décisions de la Cour constitutionnelle, même si
d'aucuns seraient tentés de le croire à tort, ne
doivent pas être interprétées comme étant des
lâchages, ou encore, comme des actes soutendus
par une volonté de sacrifier sur l'autel de la
transparence électorale des hommes politiques
voués aux gémonies par les leurs. Elles
constituent, plutôt, une volonté clairement
marquée de rompre avec les pratiques déviantes
qui foisonnent dans fa vie politique électorale
de notre pays de ces quinze dernières années.
Bien que diversement interprété, le verdict sans
appel du contentieux électoral peut s'expliquer
aussi par l'idée que cette juridiction et ses
membres se ont de la vie démocratique à laquelle
l'ensemble de la composante nationale a
pleinement souscrit lors de la Conférence
nationale de 1990. En un mot, il s'agit d'un
signal fort en direction de l'opinion nationale
et davantage des acteurs politiques que plus
rien ne sera comme par le passé.
La rupture à laquelle la Cour
engage tous les acteurs de l'arène politique
nationale trouve son fondement dans la volonté
politique forte des tenants du pouvoir,
notamment du président de la République, Omar
Bongo Ondimba, principal arbitre de jeu
politique, de franchir les étapes du long,
pénible et laborieux chemin de la quête
démocratique engagée dans notre pays. A ce
sujet, il n'est guère osé de souhaiter que la
Cour constitutionnelle, elle-même, qui aura
désormais tous les regards tournés vers elle,
maintienne le cap en ne se détournant pas du
rôle de contrôle de l'expression du suffrage
universel par lequel le peuple désigne ses
mandataires. Que les acteurs engagés dans le
processus électoral qu'ils soient issus des
différents bords politiques ou encore des
instances administratives et organisationnelles,
notamment de la Commission électorale nationale
autonomie et permanente, respectent les règles
qu'ils ont fait serment d'observer pour parvenir
à des consultations électorales sincères et
transparentes. C'est-à-dire, que les politiques,
principaux auteurs des pratiques frauduleuses
nuisibles au bon déroulement des opérations de
votation, jouent réellement le jeu. Que les
responsables des démembrements de la Cénap et
autres compatriotes évitent, de sombrer, par
cupidité, dans les travers, dérives aux
conséquences dommageables pour la structure
organisationnelle du vote, en particulier, et
les scrutins politiques, en général, de sorte
que la voie ouverte au terme de ce contentieux
par la Cour constitutionnelle soit la principale
pour des élections crédibles et transparentes.