DÉCLARATION DE LA COUR
CONSTITUTIONNELLE
L'EXAMEN
par la Cour constitutionnelle du volumineux
contentieux électoral relatif à l'élection des
députés à l'Assemblée Nationale des 17 et 24
décembre 2006, a été pour la Haute juridiction,
une véritable course d'obstacles doublée d'une
épreuve morale des plus contraignantes.
Une course d'obstacles en
raison des délais constitutionnels qu'il fallait
absolument respecter pour pouvoir examiner avec
la minutie qu'ils requièrent tous les dossiers
de cet abondant contentieux, une épreuve morale
en raison de la stricte neutralité qu'il fallait
afficher par rapport au respect de la loi.
Pourtant, tout avait si bien
commencé !
En effet, la classe politique
de notre pays, sous l'impulsion du président de
la République, avait pris soin de baliser le
chemin de cette consultation électorale majeure.
Aussi, la loi n° 07/96 du 12 mars 1996 portant
dispositions communes à toutes les élections
politiques, avait-elle été, une fois de plus
modifiée de façon consensuelle et substantielle
par les partis de la majorité et par ceux de
l'opposition.
Ainsi; tous les acteurs
politiques s'étaient accordés sur l'ensemble,
des règles à observer permettant une
consultation électorale sincère et transparente.
Il en est ainsi de la liste
électorale décentralisée au niveau de chaque
province, de la mise en place d'un organisme
baptisé Commission électorale nationale autonome
et permanente, de l'insertion de tous les
bulletins de vote des candidats choisis ou non
choisis dans une enveloppe accolée faisant tous
l'objet de comptage, de la remise des
procès-verbaux aux représentants des candidats
immédiatement après le dépouillement des urnes
dans les bureaux de vote.
Il n'est pas inutile de
mentionner le déblocage par l'Etat des moyens
matériels et financiers conséquents pour assurer
une organisation fiable du scrutin.
Tout, absolument tout,
rendait désormais propice la réalisation d'un
scrutin serein, honnête et démocratique.
Dès lors, le contentieux
électoral, s'il devait y en avoir un, aurait dû
se réduire à quelques dizaines de requêtes.
Hélas ! contre toute attente,
la Cour constitutionnelle a vu déferler sur
elle, au sortir de cette consultation, une
avalanche de requêtes dont certaines étaient si
complexes, que les membres de la Cour et leurs
adjoints, hauts magistrats de leur état, ont dû
se mobiliser de jour comme de nuit pour parvenir
à vider dans des délais constitutionnels
étriqués de deux mois, prorogés d'un mois, le
contentieux électoral y relatif. Ils ont dû
également rendre, dans certains cas, des
décisions avant-dire droit qui ont permis, au
moyen d'enquêtes in situ à travers tout le
territoire national, de vérifier les vrais
visages de quelques acteurs politiques dont le
comportement brutal et outrancier sur le terrain
par personnes interposées, a créé dans quelques
localités une atmosphère de vive tension.
La mission de la Cour
constitutionnelle qui consiste à juger, entre
autres, les élections politiques dans notre
pays, se doit d'être juridictionnelle sans
doute, mais, également pédagogique.
Juridictionnelle en ce qu'elle doit dire le
droit et donc rétablir la justice là où elle a
été bafouée; pédagogique en ce que chaque
citoyen doit se convaincre que la fin ne doit
pas justifier les moyens lorsqu'il sollicite les
suffrages du peuple et que la volonté de
l'emporter sur l'adversaire ne doit pas
triompher à tout prix.
Malheureusement, la Cour
s'est trouvée devant des comportements
jusqu'au-boutistes d'acteurs politiques de tous
bords qui l'ont amenée à prononcer la sanction
d'inéligibilité, privant ainsi certains
compatriotes de participer pendant un temps plus
ou moins long à une consultation électorale.
S'agissant des annulations,
il importe de souligner qu'elles l'ont été à la
suite de violations des principes fondamentaux
qui garantissent la nécessaire transparence
électorale dont pendant si longtemps, les
acteurs politiques eux„mêmes ont fait leur
cheval de bataille.
De manière récurrente, il
s'est agi de la non remise des procès-verbaux,
du refus d'admettre dans les bureaux de vote les
représentants des candidats, du non convoyage
des résultats par les personnes habilitées, de
la présidence des bureaux de vote par les
directeurs de campagne et les descendants des
candidats, de intrusion des candidats dans les
bureaux de vote, de la falsification des
procès-verbaux, du défaut d'isoloir dans les
bureaux de vote, des violences à l'intérieur et
aux abords des bureaux de vote, de la
séquestration des membres des bureaux de vote et
des commissions électorales ainsi que d'autres
personnes par les fameuses brigades anti-fraudes
créées par certains candidats.
Il y a lieu de souligner que
les sanctions prononcées par la Cour,
annulations ou autre inéligibilité, sont
intervenues à la demande de ensemble des partis
politiques et ont frappé indistinctement des
élus tant des formations politiques de la
majorité ou de l'opposition que des
indépendants.
En ce qui concerne la portée
des décisions rendues, les décisions seront
certainement contrastées chez nos compatriotes.
Certains compatriotes
trouveront que les sanctions prononcées par la
haute juridiction sont suffisantes, d'autres au
contraire les estimeront très sévères, d'autres
encore les trouveront partisanes.
Chez les principaux
concernés, les déceptions seront sans doute
nombreuses selon que l'on aura été requérant en
attente d'une annulation non obtenue de
l'élection de son adversaire ou que l'on aura
été défenseur ayant vu annuler son élection.
Dans les deux cas, on parlera
de lâchage, de sacrifice voire de méchanceté.
En revanche chez ceux qui
auront obtenu gain de cause, on claironnera
partout que la Cour Constitutionnelle n'avait
pas le choix, que tout était si clair que le
juge ne pouvait que soit confirmer l'élection,
soit l'infirmer.
Comme vous le constatez, le
rôle du Juge de l'élection ne peut que donner
lieu, bien plus à des inimitiés qu'à de la
reconnaissance.
A l'égard de tous ceux qui, à
quelque niveau que ce soit, ont failli dans la
gestion du processus électoral, la Cour
Constitutionnelle ne manquera pas de prendre les
dispositions qui s'imposent.
A cet effet, elle a établi la
liste de tous les présidents des Commissions
électorales, de tous les scrutateurs des bureaux
de vote qui par irresponsabilité, faiblesse et
cupidité ont entraîné soit l'élection d'un
citoyen qui ne le méritait pas, soit
l'annulation du scrutin d'un compatriote qui le
méritait. Cette liste va être communiquée à la
Commission Electorale Nationale Autonome et
Permanente.
La Cour Constitutionnelle se
fait le devoir de rappeler que quels que soient
la qualité et le contenu de notre loi
électorale, celle-ci n'atteindra les objectifs
visés par tous, en l'occurrence la transparence
électorale et partant la consolidation de notre
état de droit sans l'adhésion totale et sincère
de tous les acteurs de la vie nationale.
Aussi, l'exécution convenable
par tout intervenant au processus électoral
demeure-t-elle la condition sine qua non du
succès de l'entreprise électorale.
Je vous remercie.