GRAND ANGLE
Assainir
les comportements
DEPUIS plusieurs semaines,
des bruits de couloirs sont enregistrés sur
l'organisation des prochaines élections locales.
Les précédentes avaient eu lieu en Décembre
2002. Logiquement notre pays devrait renouveler
les conseils municipaux et départementaux en
décembre prochain. Or, aujourd'hui d'aucuns se
demandent si le vote aura finalement lieu à
cette échéance. La vraie question est de savoir
si elles pourront avoir lieu conformément aux
nouvelles dispositions de la loi électorale dont
la principale est relative à l'instauration de
la biométrie ?
La biométrie ? Il s'agit là
de l'une des nouvelles trouvailles de la classe
politique toutes tendances confondues, issue des
ses discussions postélections législatives. Mais
ridée avait été déjà énoncée avant ce scrutin,
surtout lors des pourparlers d'Arambo. Selon
toute vraisemblance, la question n'avait pas été
abordée en profondeur, c'est-à-dire en tenant
compte des implications sous-adjaçantes. C'est
ainsi que l'on se rend compte que sa faisabilité
n'est pas être aisée qu'on le croyait, ceci pour
plusieurs raisons. Notamment légales et
financières.
Doit-on sacrifier
l'organisation des élections locales dans les
délais, comme si la biométrie, décriée sous
d'autres cieux, était une panacée ? Il faut
avoir le courage de dire non. ?tant donné que
son apport devrait essentiellement (sinon
exclusivement) être attendu du côté la liste
électorale. Un instrument que l'on peut
améliorer si vraiment on décide de s'y mettre.
Dès lors on peut se rappeler
l'analyse, sous forme de constat, faite par le
président de la Cour constitutionnelle sur le
débat autour de l'amélioration des conditions
d'organisation des élections chez nous.
"Nulle part ailleurs à
travers le monde, avait relevé Marie-Madeleine
Mborantsuo autours d'une interview accordée à
notre rédaction en avril dernier, il n'existe de
liste électorale totalement fiable. Il y a c'est
vrai beaucoup d'insuffisances au niveau de notre
liste qui nécessitent d'être corrigées. Mais ces
insuffisances relèvent du comportement des
acteurs politiques eux-mêmes qu'ils
appartiennent à la majorité présidentielle ou à
l'opposition".
Une telle approche, plutôt
juste, prouve que le problème de la mauvaise
organisation des élections dans notre pays est
d'abord une affaire d'hommes. Il faut également
avoir le courage de reconnaître que depuis 1996,
la classe politique a procédé à plusieurs
révisions du code électoral. Et au bout de
compte, les mêmes manquements ou presque
subsistent. Cela surtout par manque de volonté
et de bonne foi des uns et des autres.
Ce qui a sans doute conduit,
Mme Mborantsuo à ajouter : " Tant que dans
notre pays, on n'aura pas compris qu'une
élection doit nécessairement donner lieu à des
élus et à des battus, on rencontrera toujours le
même problème on revendique une nouvelle liste
électorale, une nouvelle carte d'électeur... "
L'argument selon lequel le
comportement des acteurs politiques est
déterminant dans l'amélioration de la chose
électorale au Gabon est d'autant plus vrai qu'il
renvoie à une question pertinente. Comment
expliquer que depuis longtemps, en dépit du fait
que presque toutes les opérations électorales
sont faites en association de tous les
opérateurs politiques, on en soit toujours à
dénoncer les mêmes choses ?
L'opération de révision des
listes électorales, autrefois exclusivité de
l'administration, voit aujourd'hui la
participation des partis politiques, majorité et
opposition représentées à parité. A la
Commission électorale nationale et permanente (Cénap),
les deux familles politiques sont également
représentées à parité, même au niveau de ses
démembrements locaux. Ces réalités s'étendent
aux centres de vote et aux bureaux de vote...
A la lecture de ce qui suit,
il ne serait pas faux de croire que biométrie ou
pas, le vrai problème se situe au niveau des
comportements des acteurs politiques. Ce qui
nous permet de soutenir que le salut passe
nécessairement par l'assainissement des
attitudes des uns et des autres. Aussi bien les
administrateurs, les acteurs politiques, leurs
militants et sympathisants.