APRÈS LA PUBLICATION DE L'ARRÊTÉ
GOUVERNEMENTAL SUR 4 PRODUITS DE CONSOMMATION
COURANTE
Les
marchands d'huile font de la résistance
Une semaine après la parution
de l'arrêté, les détaillants de cette denrée
estiment qu'il leur est impossible, pour
l'heure, de la vendre à 950 francs en raison du
manque à gagner. Outre le fait qu'ils attendent
que leurs fournisseurs, en tête desquels Siat
Gabon baissent leurs prix.
QUELQUES jours après la
publication de l'arrêté du gouvernement
soumettant certains articles de consommation
courante au régime de liberté contrôlée des
prix, rien n'a vraiment changé. Mis a part dans
les grandes surfaces. Et les réactions
continuent.
Bien que d'accord avec le
gouvernement sur le principe, tant
l'Organisation gabonaise des consommateurs (OGC)
que les commerçants de la capitale estiment que
les choses ont été faites à moitié. "Certains
diront que c'est un effort de la part du
gouvernement, mais nous estimons plutôt que
l'arrêté est un début de solution", avait
récemment affirmé le président de l'OGC, Ibrahim
Tsendjiet-Mboulou.
Ce dernier s'étonne surtout
que "le gouvernement s'est contenté de revoir
le prix de quatre produits que sont l'huile, le
lait, le ciment et le contreplaqué, alors qu'il
y a au moins une centaine d'articles qui
composent quotidiennement le panier de la
ménagère". De fait, il y a encore "tant de
mesures à prendre pour ramener la sérénité, car
le consommateur n'est pas satisfait"; a-t-il
poursuivi.
Le point positif de cette
liste proposée par le gouvernement est qu'elle
permet, d'une certaine manière, de désigner les
principaux acteurs de chaque secteur. Siat Gabon
pour l'huile (hormis celle en provenance du
Cameroun), Nestlé pour le lait, Cimgabon pour le
ciment et les forestiers pour le contreplaqué.
De ces 4 produits, intéressons-nous à l'huile.
De manière schématique, voici
le circuit que suit cet article : Siat
Gabon-grossiste et grande surface détaillant. Si
l'on admet que les grandes surfaces ont respecté
le plafond dicté par le gouvernement, c'est
surtout pour ce qui est du boutiquier (opérateur
économique, dans une certaine mesure, vers
lequel se tourne une large frange de la
population) que les choses risquent être un peu
plus compliquées.
Réagissant sur le plafond
imposé aux produits oléagineux, l'un de ces
commerçants, ayant téléphoné à notre rédaction,
pense qu'ils seront les seuls à pâtir d'une
décision qui ne prend pas en compte les prix
proposés par le producteur Siat Gabon. "je
voudrais bien qu'on nous dise comment nous
pourrons nous en sortir, lorsque Siat Gabon
impose des prix d'usine de 15 000 francs pour un
carton de 15 bouteilles", s'est-il
interrogé.
DIVERGENCE DE POINT DE VUE.
Et son inquiétude semble fondée. Le
gouvernement, au travers de cet arrêté, impose
que l'huile soit désormais vendue, au prix
public maximum de 950 francs. Mais "nous ne
pouvons pas la revendre à moins de 1000 francs",
a averti ce commerçant. Puisqu'il faut tenir
compte du taux de Siat Gabon et des frais
divers.
De fait, depuis le 11
septembre, date de publication de l'arrêté, rien
n'a vraiment bougé. "C'est toujours 1200 francs
la bouteille", avancera presque gêné un
autre boutiquier.
De manière générale, si les
marchands s'alignent, sans rechigner, sur la
proposition gouvernementale, le manque à gagner
est de 250 francs, au moins, par bouteille
vendue. Et pour ceux qui avaient commencé à
nouveau à constituer leurs stocks, le problème
est entier.
La mesure va donc causer
plusieurs dégâts collatéraux. L'un des plus
évidents demeure la mini pénurie qui se dessine
à l'horizon.
"Aujourd'hui, peu de
commerçants osent s'approvisionner en huile
puisqu'ils savent qu'ils vont vendre à
perte. Et comme ils ne veulent avoir de problème
avec les contrôleurs des prix, certains
attendent pour refaire ou revendre leur stock"
avance l'interlocuteur précédent.
Bien évidemment, avec ce prix
de 1200 francs le litre d'huile, les commerçants
semblent être les premiers sur lesquels il faut
jeter l'anathème. Pourtant, c'est oublier bien
vite que ce produit a connu de nombreuses
augmentations depuis quelques années et cela
indépendamment de ces évènements, tant nationaux
qu'internationaux, qui ont été pris pour
justificatifs.
Dès la privatisation d'Agrogabon,
l'on remarque que les prix de vente à l'usine de
Lambaréné de Siat Gabon n'ont cessé d'augmenter.
En mars 2005, l'huile est à 634 francs.
Septembre 2006, elle coûte 650 francs. Puis elle
sera à 667 francs en octobre 2006, 710 francs en
avril 2007. Et au 20 août 2007, l'huilier
proposera son article à 834 francs. Ce qui, de
septembre 2006 à août 2007, représentera une
hausse par bouteille de 28,3 %a. Enorme.
Aujourd'hui, ce produit au départ de Lambaréné,
vaut 1000 francs par litre (à raison de 15 000
francs le carton de 15 bouteilles).
"On ne peut pas nous demander
de baisser nos prix, alors que les principaux
fournisseurs ne l'ont pas encore fait" affirment
en choeur les détaillants:
Quant aux contrôleurs de
prix, certains déclarent ne pas les avoir encore
aperçus depuis la parution de l'arrêté. Par
conséquent, il est à craindre que leur présence
sur le terrain, pour pousser les boutiquiers à
adhérer à la volonté du gouvernement, ne
devienne comme l'eau dans le désert. Rare.