OWENDO / AKOURNAM II
A
nouveau des barricades !
Depuis hier, la circulation
est compromise dans ce quartier d'Owendo où les
habitants sont sujets à une poussée d'adrénaline
en raison de l'état de dégradation avancée de
leur route.
LES habitants d'Akournam II
avaient promis de remettre "ça" si leurs
revendications n'étaient pas satisfaites. Hier
très tôt le main, ils ont, à nouveau, érigé des
barricades sur la route, notamment à
l'intersection dite "Carrefour Sanou" qui
partage la voie principale en deux bretelles,
dont l'une va vers la Centrale de la SEEG et
l'autre à l'usine à bois de Rougier.
C'est justement à cet endroit
stratégique pour asphyxier non seulement les
entités économiques sus-indiquées mais également
les populations qui habitent le quartier et
doivent se rendre chaque matin à leur travail
que les habitants ont placé le "garrot". Au
coeur de leur mécontentement, l'état de
dégradation très avancée de la voie qui traverse
le quartier dans toute sa longueur ; problème
sur lequel viennent se greffer d'autres
préoccupations tout aussi vitales comme les
réseaux d'eau et d'électricité.
Avec l'absence de l'eau et de
l'électricité la situation de la route est
l'autre grande "plaie" qui affecte le quotidien
des habitants d'Akournam II. Leur exaspération
devant ce état de choses avait culminé, il n'y a
pas longtemps, avec un important mouvement
d'humeur - le premier - qui s'était traduit, lui
aussi, par l'érection des barricades sur la voie
publique. Outre les barricades, les
manifestants, pour démontrer leur détermination,
avaient creusé de profondes tranchées.
Trois jours durant, le
quartier s'était transformé en un camp
retranché. La circulation des véhicules (aussi
bien particuliers que clandos) étant devenue
impossible, les habitants vont faire alors la
dure expérience de longues marches à pied avec
des charges sur la tête. Ces difficultés
n'étaient pas de nature à tempérer la résolution
des manifestants pour qui la situation de la
route d'Akournam II relevait d'une véritable
conspiration contre les populations résidentes.
Pour étayer cette thèse, ils ne manquaient pas
de démontrer que les routes plus récentes comme
celles d'Alenakiri et d'Akournam I sont
aujourd'hui bel et bien bitumées. Pour avoir
bénéficié de la bienveillante attention des
pouvoirs publics, elles font aujourd'hui la
fierté des habitants de ces quartiers.
Mais, pourtant inscrite au
même titre que ces dernières au nombre des
investissements à réaliser au compte des fêtes
tournantes de ... 2006, la route d'Akournam II a
été, une fois encore, oubliée. Bien plus, il
semble que les écueils se multiplient sur la
voie menant à cette réalisation. A preuve, le
frémissement vécu l'année dernière comme le
début d'une vraie solution, lorsque les travaux
de réfection de la route du lycée technique
national Omar Bongo franchirent les limites de
cet établissement, s'est estompé depuis
longtemps. D'ailleurs, la timidité avec laquelle
ces travaux étaient menés comportait une grille
de lecture qui ne trompait personne : "Ces
travaux n'iront pas loin. Vous verrez qu'ils
vont bientôt s'arrêter...", disait-on désabusé.
Ce pessimisme ambiant s'est concrétisé. A peine
arrivés à l'entrée de l'ENIL (Ecole normale des
Instituteurs de Libreville), le chantier
s'arrêta.
Pourtant pour ces travaux,
tous les matériaux avaient été stockés par
l'entreprise adjudicataire (Socoba) en face de
la gare routière d'Akournam. comme pour
entretenir un peu d'espoir chez les populations,
les engins avaient gratté la voie et ses
accotements jusqu'à proximité de la brigade de
gendarmerie, avant de disparaître pour de bon.
Depuis, la colère, d'abord sourde, allait
s'amplifiant à mesure que la route se dégradait
chaque jour.
Et puis comme s'ils s'étaient
passé le mot, les jeunes d'abord, puis les
adultes ensuite, se sont engagés dans la
revendication radicale qui, bien que frisant
l'incivisme, bénéficie d'une adhésion tacite des
populations. "Ici, la route, c'est notre
talon d'Achille, nos voitures, pourtant
acceptables qui nous permettent de nous rendre à
notre gagne-pain en transportant les gens sont
gaspillées à cause de l'état de la route. Nous
les avons tant rafistolées, qu'actuellement,
nous sommes à bout", lâche, dépité un
enseignant. Et un autre de renchérir : "Nous ne
pouvons pas accepter qu'alors que la province de
l'Estuaire abrite les fêtes tournantes l'unique
route d'un aussi grand quartier soit négligée."
Pour circonscrire ce premier
mouvement d'humeur, les autorités avaient
invité les manifestants à la compréhension.
Surtout, à ce qu'il semble, d'après les
confidences glanées auprès de quelques-uns, la
promesse d'un début rapide des travaux dès le
lendemain des manifestations leur aurait été
faite. Trois semaines après la fête du 17- Août,
cette promesse se révèle un belle feinte. D'où,
comme ils l'avaient menacé, la présence des
barricades.
Les manifestants réclament le
bitumage de leur route. Car, comme d'autres
quartiers de la ville d'Owendo, Ie leur dispose
d'entités économiques dignes de retenir
l'attention des pouvoirs publics.