GABON-FRANCE/IMMIGRATION
Bafoué
dans l'Hexagone l'accord sur les flux
migratoires bafoué dans l'Hexagone
Dans les préfectures, ce
texte, pourtant publié au journal officiel le 6
septembre 2008, n'a aucune valeur aux yeux des
agents. Dans les aéroports, les policiers
continuent d'exiger le visa aux fonctionnaires
gabonais détenteurs de passeports de service.
SIGNÉ
en grande pompe le 5 juillet 2007 à Libreville
et ratifié fin juin 2008 par le Parlement
français, accord relatif à la gestion concertée
des flux migratoires entre la France et le Gabon
ne semble pas avoir de valeur dans l'Hexagone.
Les policiers dans les aéroports et les
fonctionnaires des préfectures ignorent
superbement ce texte pourtant publié au journal
officiel le 6 septembre 2008.
Bien que l'article dudit
accord les en dispensent, les fonctionnaires
gabonais détenteurs d'un passeport de service
qui se rendent en France ces derniers temps se
voient encore exiger le visa d'entrée à la
frontière.
Le décret d'application
numéro 2008-900 du 3 septembre 2008 publié dans
le journal officiel, signé de toutes les
autorités françaises compétentes, signale
clairement que la convention franco-gabonaise
entre en vigueur le 1er septembre 2008.
Plus grave est la situation
que vient de vivre un jeune compatriote dans le
département de Seine-et-Marne (Melun), en région
parisienne. Titulaire d'une licence
professionnelle technologique, il a sollicité à
la mi-septembre, conformément à l'article 2 de
l'accord, une autorisation provisoire de séjour
de 9 mois.
Au moment de récupérer la
pièce, il s'aperçoit que sa validité n'est que
de 6 mois. C'était la durée en vigueur
auparavant. Mais depuis, elle a été augmentée de
3 mois. «Une autorisation provisoire de séjour
d'une durée de validité de neuf (9) mois
renouvelable une fois est délivrée au
ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec
succès, dans un établissement d'enseignement
supérieur habilité au plan national un cycle de
formation conduisant à la licence
professionnelle ou à un diplôme au moins
équivalent au master, souhaite compléter sa
formation par une première expérience
professionnelle», dispose l'alinéa 2 de
l'article 2 de l'accord franco-gabonais.
Le journal officiel français
à l'appui, le jeune homme fait remarquer à
l'agent de la préfecture que, selon les
nouvelles dispositions, on devrait lui délivrer
un titre de séjour de 9 mois. Le fonctionnaire
n'aurait voulu rien savoir.
S'en est suivi un échange,
qui a décidé le fonctionnaire à aire appel à la
force publique. Le compatriote est sorti de là
le visage tuméfié, comme le signale le
certificat médical établi par un médecin du
Centre hospitalier de Melun.
L'affaire pourrait avoir une
suite judiciaire. L'étudiant est convoqué au
tribunal de la ville le 28 novembre, pour
violence sur agent en uniforme accomplissant sa
mission.
De plus, l'autorisation
provisoire de séjour délivrée au jeune Gabonais
restreint de façon considérable la durée
hebdomadaire de travail légale.
L'accord ne comporte aucune
disposition de ce genre. «Les étudiants gabonais
en France désireux de trouver un premier emploi
auront accès, sur les sites Internet de l'Agence
nationale pour l'emploi (ANPE) et de l'Agence
pour l'emploi des cadres (APEC), à l'ensemble
des o fores d'emploi disponibles», prévoit
plutôt le texte.
GRIEFS CONTRE LES AUTORITES
ADMINISTRATIVES• Dans d'autres villes de la
région parisienne et en province, les Gabonais
accumulent les griefs contre les autorités
administratives. A Toulouse, à Marseille, à
Bordeaux, à Montpellier, à Grenoble et à
Strasbourg notamment, les fonctionnaires des
préfectures ne feraient pas cas de l'accord du 5
juillet 2007.
A ces violations, s'ajoutent
celles de la loi française et des conventions
internationales au détriment de Gabonais. Des
pères d'enfants français sont reconduits à la
frontière sans raison valable et de surcroît
dans des conditions humiliantes. C'est le cas de
Léguy Mbira en février dernier, après Sir Edgar
Manfoumbi peu de temps auparavant.
Des étudiants régulièrement
inscrits dans des établissements reconnus et
ayant fourni la preuve de subsides se voient
refuser injustement le titre de séjour. A Tours,
l'un d'eux a du adresser une correspondance bien
sentie au secrétaire général de préfecture pour
obtenir le sésame.
Toulouse et Reims se sont
taillé la triste réputation de villes où l'on
organise des parodies de procès quand un
Gabonais a un litige avec une préfecture. En
avril dernier, un compatriote vivant dans les
environs de la Ville rose qui avait refusé la
reconduite à la frontière a eu droit à une
comparution immédiate à l'issue de laquelle le
juge lui avait infligé trois mois
d'emprisonnement ferme. Il a été relâché après
la protestation de son avocat, qui fit remarquer
que son client ayant essuyé un refus de titre de
séjour non assorti de l'ordre de quitter le
territoire, il avait eu raison de ne pas
embarquer dans l'avion à destination du Gabon.
Nos compatriotes dans
l'Hexagone se plaignent, par ailleurs, de la
violation de la confidentialité et du
détournement de leur correspondance. Une
étudiante en région parisienne ayant eu recours
à un avocat pour résoudre un problème à la
préfecture n'a lamais reçu les documents que
celui-ci lui avait adressés, et pourtant son
conseil s'est vu retourner un accusé de
réception signé de la demoiselle.
Tout ceci, force est de le
reconnaître, est de nature à accréditer la thèse
selon laquelle une certaine opinion française a
vu d'un mauvais oeil la ratification de l'accord
franco gabonais du 5 juillet 2007. On a noté que
son approbation par le Parlement français a pris
du temps. Lors de sa signature, le ministre de
l'Immigration, Brice Hortefeux, avait promis
qu'il serait ratifié au cours de l'automne 2007.
Il a fallu attendre avril 2008 pour qu'il le
soit par l'Assemblée nationale et juin pour
qu'il passe au Sénat.
Et pourtant, comme le fait
remarquer le député français berge Blisko,
l'accord est avantageux pour la France, qui
compte plus de ressortissants au Gabon (13 000)
qu'il n'y a de Gabonais dans l'Hexagone (environ
6000). Dès lors, rien ne justifie non plus que
l'obtention du visa~dans les Consulats de France
au Gabon relève de l'exploit.
Il semble que dans ces
milieux, certains ne soient pas bien imprégnés
de l'accord. Le texte. ne serait pas non plus
bien vulgarisé par les missions diplomatique et
consulaires de notre pays en France.
Nul doute que lors du grand
forum sur l'émigration des Gabonais qu'il
organisera l'année prochaine, le ministère des
Affaires étrangères accordera un lace de choix à
l'accord du juillet. Il est prévu que le Forum
débouche sur la création d'un service qui
renseignera les Gabonais sur les conditions
d'entrée et de séjour dans tel ou tel pays. En
attendant, on fait avec...