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Le quotidien l'Union du 19 Octobre 2007

 

TRIBUNE LIBRE

Bélinga : au-delà de l'émotion, de la polémique et du spectacle (suite et fin)

Nous publions ci-dessous le second volet de la tribune libre de notre confrère Franck Ndjimbi sur le projet de Bélinga. Dans la première partie, parue dans notre édition d'hier, M Ndjimbi invite les élites du pays à saisir «l'occasion ainsi offerte pour ouvrir un débat national sur les choix les mieux à même de faire du Gabon un pars d'excellence, un pays ancré à ses réalités, ouvert au reste de l'humanité, aux préoccupations de l'époque et qui tout en se frayant un chemin vers le développement économique et social, prend pleinement sa part dans l'équilibre de la planète.» Il attire également l'attention sur la nécessité de procéder préalablement aux études d'impact environnemental avant la construction d'un barrage qui risque d'entraîner la modification des conditions climatiques en aval de Makokou, la perte de la diversité biologique et à la variation du débit de la rivière Ivindo. Et de relever, avec forces détails, que l'entreprise chinoise adjudicataire du marché lié au projet de Bélinga, à dû faire face aux impacts négatif de la construction du barrage des 3 Gorges en Chine. C'est dire que, plutôt que de verser dans la polémique et le spectacle, plutôt que de ne voir en la construction du barrage sur Kongou que la seule possibilité d'exploiter le fer de Bélinga, il convient de regarder avec lucidité ce que cette construction peut entraîner comme conséquences pour les populations et l'environnement.

Par Franck NDJIMBI*

DE fait, sans une prise de conscience collective et une action vigoureuse et concertée sur l'ensemble du territoire national, il est à craindre que ces inégalités aillent se creusant. La mauvaise connaissance de l'état des ressources en eau et de ses usages, le déficit de formation de certains professionnels, le caractère inachevé du cadre législatif ou tout au moins sa mauvaise application, la faible implication des administrations et populations locales dans l'élaboration et la mise en oeuvre des politiques en la matière et plus globalement les faiblesses organisationnelles du secteur font peser une lourde hypothèque sur notre capacité à répondre, dans le futur, aux besoins des populations en eau.

Parce que les changements climatiques font peser à terme, des risques de désertification, il y a lieu de considérer la gestion de l'eau comme un enjeu d'avenir.

IMPASSE DE LA BUREAUCRATIE •Aujourd'hui, il s'agit de garantir l'amélioration des conditions de vie, entre autres par la lutte contre les maladies hydriques, la participation des communautés locales et la prise en compte du caractère spécifique de l'eau dans les techniques agro-pastorales traditionnelles. Nous avons besoin de rassembler le pays dans un effort de concertation, de réforme et de gestion durable de la ressource. Nous avons besoin d'une vision concertée et prospective.

Certes, personne ne peut affirmer posséder le sésame de cette vision cohérente, articulée et prospective que nous appelons de nos . voeux. Mais pour avancer nous sommes convaincus que nous devons à la fois louer sur nos potentialités naturelles, insister sur le respect des lois et règlements et revisiter très profondément nos propositions, en les ouvrant davantage sur le monde et sur le futur. Un projet a priori porteur de mieux-être pour la communauté nationale, qui se transforme en plus grand commun diviseur de notre élite. Tirons en au moins une leçon : les Gabonais doivent refuser tout sectarisme, ils doivent aussi refuser le confusionnisme consistant à se livrer à des querelles de clochers sur la place publique, laissant ainsi à nos partenaires le soin de réfléchir seuls et donc la possibilité de nous imposer leur vision stratégique.

Au plan stratégique, l'enjeu c'est la planification. C'est la formulation et la mise en cohérence de politiques sectorielles claires. Nous n'avons pas su le faire jusqu'à présent. Evidemment cet exercice se veut particulièrement complexe. De ce fait, certaines élites nationales le jugent superflu et de nature à retarder la mise en oeuvre de certains projets. Nous sommes là en face de l'impasse de la bureaucratie dont le diagnostic peut être juste, mais qui consent à subir les stratégies importées, faute de pouvoir opposer une vision claire et cohérente. D'autres croient en «l'or vert » et recommandent la mise en avant des normes environnementales dans l'ensemble des projets. Ainsi s'expriment nombre d'Organisations non gouvernementales qui prônent le respect exclusif des engagements internationaux en la matière, estimant possible de bâtir notre avenir commun sur la gestion rationnelle du patrimoine naturel. Prôner option du développement durable pour le Gabon est juste mais n'a de sens que si tout cela s'intègre dans une vision globale d'aménagement et de développement durables, avec ses composantes écologiques, économiques, sociales et culturelles.

PLANIFICATION STRATEGIQUE • A la suite du président de la République, nous entendons, pour notre part, réconcilier ces deux visions. Nous refusons le choix qu'on cherche à nous imposer entre développement industriel débridé et protection de l'environnement. A bien dis égards, c'est le développement industriel sans normes qui est pervers. Appliquées avec pour seul souci la rentabilité et le profit immédiats, ses solutions mènent souvent à la destruction du milieu et donc la dégradation des conditions de vie avec comme corollaires reculs sociaux, accroissement des inégalités et mal-être. La conjugaison entre aménagement durable et développement durable, elle, procède d'une vision résolument prospective. Nous défendons une nouvelle organisation spatiale et politique des territoires, nous proposons d'améliorer les déplacements et créer de nouvelles proximités, nous refusons e ne pas tenir compte de l'environnement, nous croyons au génie des communautés locales et à leur capacité à inventer l'avenir, nous encourageons toutes les politiques visant une amélioration du sort de l'homme dans le strict respect du milieu. Mais pour faire vivre ces valeurs dans un contexte où la rentabilité immédiate dicte sa loi, nous avons besoin de propositions novatrices, qui s'inscrivent dans une vision stratégique à court, moyen et long terme. Ne redoutons pas d'être innovants ! Gisons Quatre pistes de réflexion.

La nouvelle organisation spatiale et politique des territoires : la où le développement industriel à tout crin fait courir des risques de distorsions ou disparités entre départements et autres collectivités locales, nous visons une politique d'occupation des sols et d'urbanisation en phase avec les réalités sociales et culturelles. Pour le Gabon, cela implique de tenir compte des modes traditionnels de gestion des terroirs dans les procédures d'accès à la propriété foncière, d'identifier les communautés, opérateurs économiques, structures et autorités traditionnelles avec lesquelles la puissance publique peut établir et formaliser des relations de gestion concertée, d'investir beaucoup plus qu'aujourd'hui dans la construction d'espaces publics et de structures de base de qualité.

L'amélioration des déplacements et l'organisation de nouvelles proximités : pour agir contre la tentation au repli identitaire ou régional /engendré par les disparités engendré par les disparités en termes de développement socio-économique entre les régions, nous devons proposer une vision nouvelle. Un rééquilibrage des modes de déplacement et une amélioration de la desserte des différentes régions à travers le renforcement de l'inter modalité dans les transports doivent constituer notre nouveau credo. Nous devons soutenir la construction des infrastructures de transport en tenant compte de la nécessité de créer des synergies et complémentarités entre les différents modes existants.

Le respect de l'environnement : sa dégradation serait sinon une erreur, du moins une faute d'autant plus gravissime que nous avons la chance de pouvoir fonder notre analyse sur le contre-exemple venu d'Occident. L'exigence écologique doit devenir transversale. Elle doit être prise en compte dans toutes nos politiques nationales et dans toutes les négociations internationales. Une fiscalité écologique doit être mise en place. La volonté de parvenir à une meilleure gestion de l'eau et des plans d'eau ainsi qu'à une maîtrise de l'énergie doit être une préoccupation de tous les instants. Car, qu'on le veuille ou non, on est bien là en face d'un des enjeux majeurs du siècle qui s'amorce.

Le développement communautaire enfin : dans ce domaine, nous devons rechercher et mettre en place des leviers d'action. 'est le cas pour l'incitation aux opérateurs économiques à établir des partenariats avec les collectivités locales et l'adaptation des plans de formation et compétences aux réalités du marché de l'emploi. De même, il y a nécessité d'intégrer dans les poli tiques des marchés publics des clauses sociales d'insertion. A cet effet, l'utilisation de la main d'oeuvre des villages environnants dans la plupart des projets doit devenir une conditionnalité d'éligibilité. Nous sommes convaincus que les projets doivent dorénavant comporter un volet « Responsabilité environnementale et sociale ». Ainsi, les budgets y relatifs devront tenir compte de la nécessité de mise en place de fonds d'appui aux initiatives locales destinés à financer des activités génératrices de revenus pour les populations. Bien entendu, la question de la formation et de l'appui technique à ces communautés villageoises devra être prise en compte.

Dépassionner le débat sur le projet Belinga, lui donner une connotation moins polémique mais plus technique et scientifique. Voilà notre Objectif. Revendiquer, comme l'a récemment souli5né le Président de la République devant ses pairs réunis à New York pour une session des Nations unies sur les changements climatiques, la prise en compte par la communauté internationale du « coût de renonciation » ou « coût d'opportunité » lié à la protection de notre patrimoine écologique, exiger de nos partenaires le strict respect des lois nationales, inscrire l'ensemble des projets dans notre polio que de développement et d'aménagement durables, voilà le chemin pour offrir à notre pays les outils d'une meilleure prise en compte des défis du siècle. Ce dont notre pays a besoin, c'est d'une stratégie et d'un cap.

En effet, disons-le une fois pour toutes, nos partenaires viennent à nous en ayant en tête une vision, des objectifs et des résultats à atteindre. En un mot comme en mille, ils ont une stratégie parfaitement huilée et qui correspond aux réalités de leurs pays respectifs. Face à la planification stratégique de nos partenaires, allons-nous être condamnés à subir ou réagir ? Face à la communauté internationale allons-nous éviter de poser, dossiers à l'appui, la question du « coût de renonciation lié à la protection de notre patrimoine écologique, ne fut-ce qu'au travers d'un échange dette/nature ? Face aux propositions venues des pays émergents, allons-nous fouler au pied les lois nationales ? Le barrage de Kongou est-il uniquement lié à l'exploitation future du gisement de Belinga ? Si oui, sera-t-il dimensionné en fonction du gisement et de la durée 'exploitation envisagée ? Si non, s'inscrit-il dans une véritable politique nationale de maîtrise de l'énergie et de gestion des plans d'eau ? La bretelle de chemin de fer ne vise-t-elle qu'à exporter le minerai ou s'inscrit-elle dans une vision articulée, intermodale des transports ? Idem pour l'aéroport et le port en eau profonde. Quel sera le tracé de ladite bretelle ? Quels sont les quartiers ou zones d'habitation concernés par ce tracé ? Que prévoit-on dès à présent pour pallier les éventuels problèmes ? Autant de questions dont les réponses peuvent constituer la trame de notre réflexion. Affirmer sans arrogance la souveraineté nationale et notre vision stratégique, c'est être offensifs et ouverts à la fois. En indiquant qu'il entendait se saisir des opportunités offertes par les pays émergents tout en veillant à concilier développement économique et industriel, d'une part, et préoccupations environnementales, de l'autre, le Président de la République a indiqué les grandes orientations. A chacun d'entre nous de nourrir le débat.

Ancien journaliste

Source : Journal L'Union Plus du 19/10/2007

 

 



   

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