CIRCULATION SUR LA NATIONALE 2
Le
trafic perturbé à Ndjolé
Malgré les travaux de
déblayage effectués par les engins des Travaux
publics au lendemain de la grogne des
populations locales, la traversée de
cette ville en voiture reste encore
une véritable gageure en raison des
bourbiers récurrents.
LA traversée, en voiture, de
la ville de Ndjolé, le chef-lieu du département
de l'Abanga-Biné, reste encore une course d
obstacles, nonobstant les travaux de déblayage
effectués par les engins des Travaux publics
(TP), dépêchés sur le terrain au lendemain de la
grogne des populations locales. En effet, les
véhicules éprouvent toujours de graves
difficultés à y circuler, en raison de l'état de
la chaussée qui se transforme, à chaque averse,
en véritable patinoire.
De fait, le malaise s'est
amplifié ces derniers temps avec les pluies
diluviennes qui tombent dans la région. Car, les
engins des T.P se sont jusque-là limités à
racler la terre pour faire disparaître les
bourbiers qui étaient devenus infranchissables.
A chaque averse, la circulation est perturbée.
Seuls les véhicules 4x4 parviennent à surmonter
la difficulté. "Nous sommes souvent obligés
de faire descendre les passagers pour traverser
la partie de la chaussée dégradée Parfois, on
s'y embourbe"; nous a confié le chauffeur
d'un bus qui dessert la ville d'Oyem.
Le pire est souvent à
craindre à la descente ou à la montée de
Bilavion. Car, la chaussée y est
particulièrement glissante. Les voyageurs sont
souvent contraints de descendre de leurs
véhicules pour marcher dans la boue avant
d'aller embarquer après avoir franchi
l'obstacle. Le calvaire s'étend sur près de
quatre kilomètres. De toute évidence, le
bitumage de ce tronçon apparaît comme la
solution idoine pour améliorer les conditions de
circulation des personnes et des biens. Mais
cette solution ne semble pas d'actualité. Selon
un technicien du ministère des Travaux publics -
que nous avons rencontré sur le terrain - seul
le déblayage de la chaussée est prévu.
Une oeuvre qui ne semble pas
du tout aisée, les techniciens dépêchés étant
confrontés à un manque de matériel. C'est
d'ailleurs l'entreprise Sobéa Satom, qui aurait
mis à contribution ses engins pour décanter, un
tant soit peu, la situation. Devant la
dégradation très avancée de la principale voie
de Ndjolé, les populations étaient montées au
créneau, la semaine dernière, pour secouer
l'indolence des autorités compétentes,
lesquelles sont restées longtemps indifférentes
devant la détérioration du tronçon communal. A
l'aide des futs, des pneus et des morceaux de
bois, des centaines de jeunes avaient érigé des
barricades à la sortie de la ville et sur le
pont situé en plein coeur de la ville.
OSTRACISME• Conséquences:
la circulation est restée paralysée, plusieurs
jours durant. "Aucun véhicule ne pouvait
traverser la ville. Les passagers était obligés
de descendre, de marcher et d'aller emprunter
d'autres véhicules après avoir traversé les
barricades"; a expliqué une jeune femme. Les
manifestants qui étaient munis de gourdins
avaient même bloqué une ambulance qui
transportait un évacué sanitaire en provenance
de l'Ogooué-Ivindo. II s'ait d'un ancien préfet,
qui aurait rendu l'âme en chemin après avoir
traîné devant les barricades. Devant la gravité
de la situation, les autorités gouvernementales
ont dépêché des éléments de la brigade
anti-émeute de la gendarmerie.
A l'aide des bombes
lacrymogènes, les agents sont parvenus à
disperser les manifestants, résolus à aller
jusqu'au bout de leur logique. Une semaine après
l'intervention musclée de la gendarmerie, un
calme précaire règne à Ndjolé. Mais les jeunes
que nous avons rencontrés lors de notre passage
ont promis de faire encore parler d'eux si la
principale voie de leur ville n'est pas
réhabilitée. Dans l'absolu, tout le monde est
d'accord pour que cette route intégrée à la
Nationale 2 soit recouverte de bitume. Ce qui,
relève-t-on, éviterait le phénomène de bourbiers
dont Ndjolé est le théâtre ces dernières années.
Si la colère des populations
n'a pas permis de régler le problème dans son
entièreté, il n'en demeure pas moins qu'elle a
amené les autorités compétentes à rompre avec
l'indifférence et à envisager des solutions au
problème posé. "Le gouvernement est comme un
cocotier; il faut le bousculer pour qu'il fasse
tomber des noix de coco", a d'ailleurs
ironisé un notable de la localité. Au demeurant,
la dégradation du réseau routier de Ndjolé a
donné une image assez repoussante à cette petite
ville située au bord de l'Ogooué. Sa traversée
rebute les automobilistes à cause des pannes
qu'elle ne manque pas d'occasionner aux
véhicules. Les populations du chef-lieu du
département de l'Abanga-Bigné ont toujours vécu
cette situation, au mieux comme une frustration
et au pire comme un ostracisme dont elles
seraient victimes de la part du gouvernement.
Le fait que le programme de
bitumage de la Nationale 2 ait "sauté" Ndjolé
n'a fait qu'attiser les rancoeurs. Certains
riverains ont justifié cette marginalisation par
le fait que la ville a toujours été considérée
par les gouvernants comme un bastion de
l'opposition. "On nous a privé de beaucoup de
bienfaits parce que nous étions
favorables à l'opposition. Pourtant, nous
sommes des citoyens gabonais à part
entière," s'est lamenté un
autre notable. Devant la dégradation de la
principale voie de communication de Ndjolé, les
riverains attendent donc une réhabilitation
totale de cette route et non une simple solution
palliative.