RENTRÉE SCOLAIRE
Enseignants, une denrée rare en province
De nombreux instituteurs et
professeurs préfèrent servir dans la capitale ou
les grandes villes au détriment des autres
localités du pays où ils jugent les conditions
ale travail et de vie difficiles. De nombreux
instituteurs et professeurs préfèrent servir
dans la capitale ou les grandes villes au
détriment des autres localités du pays où ils
jugent les conditions de travail et de vie
difficiles.
"L'intérieur du pays ne
présente pas toutes les conditions nécessaires à
l'épanouissement d'un fonctionnaire. Je me bats
pour rester ici à Libreville. D'ailleurs, mon
salaire ne me permet pas encore de bien
m'assumer dans un lieu autre que la capitale où
je ne loue pas. "Cette confidence d'un jeune
professeur d'anglais rencontré, la semaine
dernière, au ministère de l'Education nationale,
illustre bien la raréfaction des enseignants
devant les décisions régulières de leur mutation
à l'intérieur du pays.
En effet, la majorité des
instituteurs et professeurs préfèrent souvent
servir à Libreville plutôt qu'en province. A
travers ce constat, on comprend aisément le
manque criant des enseignants dans certains
établissements du primaire et du secondaire
disséminés à travers le territoire national. En
réalité, il ne se passe pas une seule année sans
qu'un établissement de l'intérieur du pays ne se
plaigne de n'a pas avoir son compte
d'enseignants.
Si ce n'est pas le professeur
d'anglais qui manque en 6e, c'est celui
d'espagnol qui fait défaut en 4e. Et on est
oblige de faire du rafistolage pour donner un
semblant de formation aux élèves. C'est ainsi
qu'il n'est pas rare de voir un professeur de
français enseigner l'anglais ou l'histoire et la
géographie. Malheureusement, les résultats
obtenus sont souvent en deçà des espoirs
suscités. Car, il se pose souvent un problème de
compétence et de qualité des enseignements
dispensés.
La situation est plus que
déplorable dans l'enseignement primaire. Rares
sont, en effet, les écoles qui ont leurs
enseignants au grand complet. Dans une certaine
mesure, ce sont les capitales provinciales et
les chefs-lieux de département qui se frottent
souvent les mains. Car, les instituteurs se
montrent généralement plus disposés à servir en
ville que dans les petites bourgades. De toute
évidence, les conditions de travail et
d'existence constituent la première chose qui
rebute les enseignants appelés à servir dans les
lieux reculés.
QUADRATURE DU CERCLE•
Malgré l'évolution, beaucoup de localités de
l'intérieur du pays ne jouissent pas encore des
bienfaits de la modernité. L'eau courante,
l'électricité, la télévision, etc, y font
cruellement défaut. Dans une certaine mesure,
l'affectation d'un enseignant dans un village
reculé du pays est souvent perçue par ce
dernier, aux mieux, comme une punition, et dans
le pire des cas, comme une malédiction. Car,
toutes les conditions sont réunies pour
décourager le fonctionnaire.
A la lumière des explications
de certains enseignants, il ressort que la
première difficulté qu'ils rencontrent en
province est le manque d'hébergement. Certaines
écoles ne sont pas pourvues de logements et les
enseignants sont contraints d'habiter dans des
taudis, où ils côtoient le sous-développement et
la misère. Les rares logements qui existent ne
sont parfois pas suffisants pour accueillir le
nombre de formateurs prévus. Dans certaines
bourgades, il n'est d'ailleurs pas rare de voir
deux instituteurs vivre dans une même case et
partager le même salon ou la meure cuisine. Mais
cette cohabitation se transforme parfois en
véritable promiscuité. Leur fardeau quotidien
est souvent alourdi par des conditions de
travail exécrables.
Si le gouvernement demande
aux enseignants de servir partout où besoin se
fait sentir, il n'en demeure pas moins qu'il
doit consentir des efforts pour réunir toutes
les conditions à même d'attirer les intéressés
dans l'arrière-pays. Cela implique, par la
construction de logements décents dans les
écoles qui en sont jusque-là dépourvues et
l'octroi de primes d'éloignement aux intéressés.
Ces bonus auraient le mérite d'inciter les
instituteurs à aller servir même dans les "coins
perdus".
A ce qu'il semble, cette
situation confine à la quadrature du cercle. Le
gouvernement ne proposerait que des expédients
pour la solutionner. Comme s'il ne se souciait
pas de l'avenir de ce pays qui passe par la
formation de la jeunesse. Ces dernières années,
certains enseignants utilisent des méthodes
dilatoires pour rester à Libreville où ils
trouvent de meilleures conditions de vie.
D'aucuns ne se rendent en province que pour
pouvoir bénéficier de l'attestation de prise de
service. Une fois en possession du précieux
document souvent exigé par la solde, les
intéressés reviennent s'asseoir à Libreville.
Sans être inquiétés, le moins du monde.