RENTRÉE SCOLAIRE
La
formation : le malheur de l'école gabonaise
Pour une école de qualité, il
faut une formation adéquate des enseignants.
Malheureusement, elle est négligée au point que
l'école barbote dans un cloaque.
LORSQU'UNE classe sociale
détient le monopole de la parole, il est
inévitable qu'elle s'ingénie à rejeter sur les
autres catégories qu'elle domine toute la
responsabilité des tares, des crises et des
échecs du système.
Depuis des décennies, et
aujourd'hui encore, les détenteurs de la parole
au sein du département de l'Education nationale
appliquent invariablement cette politique du
bouc-émissaire. C est ainsi que le nouveau chef
de ce département a cru bon de mettre sur le
compte de notre journal les assertions du
Syndicat national de l'éducation national (Sena)
dénonçant la décision prise par le gouvernement
d'envoyer les élèves officiellement admis en 6e,
session 2007 dans les établissements privés non
reconnus d'utilité publique et de recruter 250
enseignants du secondaire, en provenance de la
Centrafrique , pays qui, actuellement, procède à
la mise en touche de plus de 3 000 faux
diplômés.
Point n'est besoin d'affirmer
que le dysfonctionnement et la misère de l'école
gabonaise, résultent du peu d'intérêt accordé,
par le ministère de l'Education nationale, à la
formation des enseignants de qualité.
Pourquoi avoir choisi de se
pencher sur la formation des formateurs ? Pour
faire comprendre que l'école est le lieu de
éducation pour la vie. Pour amener les décideurs
à la considérer comme le lieu d'action
privilégiée pour lutter contre la misère morale,
l'ignorance et la pauvreté de la pensée.
C'est précisément pour
respecter l'élève et pour développer son
autonomie qu'il est nécessaire de concentrer
l'attention sur la formation des enseignants.
Car s'ils doivent passer le relais aux
apprenants dans la classe, quel est l'espace au
sein duquel ils ont plein droit de citoyenneté ?
C'est justement celui de la formation idoine.
Malheureusement, elle est négligée. Et pour
cause, dans les années 1996, le gouvernement
procédait au recrutement de 1200 instituteurs.
Pour, d'après les termes du ministre de
l'époque, combler le déficit en enseignants dans
le primaire. Le Premier ministre, four justifier
cette décision, avait déclaré qu'il ne s'agit
pas de former des agrégés, mais des personnes
capables de former les enfants.
Pour mémoire, la "formation"
de ces 1200 "instits"s'était effectuée en 9
mois. En son temps, nous dénoncions la
banalisation de l'école gabonaise et
l'avilissement du métier d'enseignant.
Aujourd'hui, la volonté du
gouvernement, même s'il le nie, de recruter,
d'après le Sena, 250 enseignants du secondaire
en provenance de la Centrafrique, vient
renforcer l'idée que la formation d'enseignants
nationaux est le cadet de ses soucis. Pourtant
ce ne sont pas les postulants fui manquent ! De
nombreux étudiants en fin de cycle dans nos
universités et grandes écoles aimeraient
s'orienter dans ce métier noble qu'est
l'enseignement. Pourvu qu'on crée, en eux,
l'incitation, la motivation qui les pousseraient
à véritablement aimer ce métier. Sans oublier
les conditions de vie et d'exercice ! Le Sena a
cité, entre autres : la bonification indiciaire
dès leur intégration ou engagement.
Autrefois, l'éducation
occupait, au Gabon, une place centrale dans le
débat public et représentait un enjeu politique
majeur vis-à-vis duquel les gouvernements
pouvaient aller jusqu'à engager leur
crédibilité. Aujourd'hui, le constat est autre.
L'école et son rôle dans la société sont
davantage minimisés et les attentes du. public
s'avèrent moins pressantes. On va jusqu'à nier
au métier d'enseignant la dimension
professionnelle, en insistant sur les aspects
subjectifs, vocationnistes, volontaristes,
missionnaires. Dans cette perspective, la
formation n'a as sa raison d'être, puisque la
qualité d'un enseignant ne dérive ni d'une
connaissance théorique, ni d'une compétence
technique, mais uniquement de sa passion pour le
métier. L'excellence, qui force le respect,
confère de l'autorité à la chose scientifique et
génère la célébrité, est tuée. Alors quelles
sont les raisons d'exister des institutions
nationales de formation des enseignants : les
Ecoles normales supérieures (ENS) et supérieure
de l'enseignement technique (ENSET), les Ecoles
normales des instituteurs (ENI) ? Que le
gouvernement de la République, via le ministère
de l'Education nationale comprenne que les
conceptions didactiques profondément renouvelées
ces dernières années, reconnaissent à
l'apprenant une place centrale dans le
dispositif pédagogique. C'est dans cette
perspective que doit être envisagée la formation
des enseignants nationaux : comme un instrument
privilégié pour l'amélioration du processus
d'apprentissage. Le contraire ne ferait que
plonger davantage l'école gabonaise dans le
marasme.