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Le quotidien l'Union du 08 Octobre 2007

 

RENTRÉE SCOLAIRE

La formation : le malheur de l'école gabonaise

Pour une école de qualité, il faut une formation adéquate des enseignants. Malheureusement, elle est négligée au point que l'école barbote dans un cloaque.

LORSQU'UNE classe sociale détient le monopole de la parole, il est inévitable qu'elle s'ingénie à rejeter sur les autres catégories qu'elle domine toute la responsabilité des tares, des crises et des échecs du système.

Depuis des décennies, et aujourd'hui encore, les détenteurs de la parole au sein du département de l'Education nationale appliquent invariablement cette politique du bouc-émissaire. C est ainsi que le nouveau chef de ce département a cru bon de mettre sur le compte de notre journal les assertions du Syndicat national de l'éducation national (Sena) dénonçant la décision prise par le gouvernement d'envoyer les élèves officiellement admis en 6e, session 2007 dans les établissements privés non reconnus d'utilité publique et de recruter 250 enseignants du secondaire, en provenance de la Centrafrique , pays qui, actuellement, procède à la mise en touche de plus de 3 000 faux diplômés.

Point n'est besoin d'affirmer que le dysfonctionnement et la misère de l'école gabonaise, résultent du peu d'intérêt accordé, par le ministère de l'Education nationale, à la formation des enseignants de qualité.

Pourquoi avoir choisi de se pencher sur la formation des formateurs ? Pour faire comprendre que l'école est le lieu de éducation pour la vie. Pour amener les décideurs à la considérer comme le lieu d'action privilégiée pour lutter contre la misère morale, l'ignorance et la pauvreté de la pensée.

C'est précisément pour respecter l'élève et pour développer son autonomie qu'il est nécessaire de concentrer l'attention sur la formation des enseignants. Car s'ils doivent passer le relais aux apprenants dans la classe, quel est l'espace au sein duquel ils ont plein droit de citoyenneté ? C'est justement celui de la formation idoine. Malheureusement, elle est négligée. Et pour cause, dans les années 1996, le gouvernement procédait au recrutement de 1200 instituteurs. Pour, d'après les termes du ministre de l'époque, combler le déficit en enseignants dans le primaire. Le Premier ministre, four justifier cette décision, avait déclaré qu'il ne s'agit pas de former des agrégés, mais des personnes capables de former les enfants.

Pour mémoire, la "formation" de ces 1200 "instits"s'était effectuée en 9 mois. En son temps, nous dénoncions la banalisation de l'école gabonaise et l'avilissement du métier d'enseignant.

Aujourd'hui, la volonté du gouvernement, même s'il le nie, de recruter, d'après le Sena, 250 enseignants du secondaire en provenance de la Centrafrique, vient renforcer l'idée que la formation d'enseignants nationaux est le cadet de ses soucis. Pourtant ce ne sont pas les postulants fui manquent ! De nombreux étudiants en fin de cycle dans nos universités et grandes écoles aimeraient s'orienter dans ce métier noble qu'est l'enseignement. Pourvu qu'on crée, en eux, l'incitation, la motivation qui les pousseraient à véritablement aimer ce métier. Sans oublier les conditions de vie et d'exercice ! Le Sena a cité, entre autres : la bonification indiciaire dès leur intégration ou engagement.

Autrefois, l'éducation occupait, au Gabon, une place centrale dans le débat public et représentait un enjeu politique majeur vis-à-vis duquel les gouvernements pouvaient aller jusqu'à engager leur crédibilité. Aujourd'hui, le constat est autre. L'école et son rôle dans la société sont davantage minimisés et les attentes du. public s'avèrent moins pressantes. On va jusqu'à nier au métier d'enseignant la dimension professionnelle, en insistant sur les aspects subjectifs, vocationnistes, volontaristes, missionnaires. Dans cette perspective, la formation n'a as sa raison d'être, puisque la qualité d'un enseignant ne dérive ni d'une connaissance théorique, ni d'une compétence technique, mais uniquement de sa passion pour le métier. L'excellence, qui force le respect, confère de l'autorité à la chose scientifique et génère la célébrité, est tuée. Alors quelles sont les raisons d'exister des institutions nationales de formation des enseignants : les Ecoles normales supérieures (ENS) et supérieure de l'enseignement technique (ENSET), les Ecoles normales des instituteurs (ENI) ? Que le gouvernement de la République, via le ministère de l'Education nationale comprenne que les conceptions didactiques profondément renouvelées ces dernières années, reconnaissent à l'apprenant une place centrale dans le dispositif pédagogique. C'est dans cette perspective que doit être envisagée la formation des enseignants nationaux : comme un instrument privilégié pour l'amélioration du processus d'apprentissage. Le contraire ne ferait que plonger davantage l'école gabonaise dans le marasme.

Source : Journal L'Union Plus du 08/10/2007

 

 



   

ÉDUCATION NATIONALE
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