RENTRÉE SCOLAIRE
La
fermeture des internats et ses conséquences
SUR la route de Mabanda dans
la province de la Nyanga où nous étions, il a de
cela quelques années, pour réaliser une serre de
reportages, une halte au village Kabu Nzambe,
nous a permis de faire la connaissance d'un
jeune garçon de 15 ans, Rodrigue Nguimbi qui
embarquait pour Tchibanga où il devait livrer, à
un restaurateur, le sanglier qu'il avait abattu
à l'aide d'une simple lance. Fait tout de même
curieux dans un pays où (école est obligatoire
jusqu'à l'âge de 16 ans, ce gamin qui était
censé être en classe se livrait plutôt à la
chasse. Mais le jeune Nguimbi n'a pas abandonné
ses études de son propre chef, il y a été
contraint. En effet, admis au lycée d'Etat de
Tchibanga, il a dû rebrousser chemin, faute d'un
parent pour l'accueillir en ville et parce que
l'internat avait gardé portes closes. Et cela
durait depuis des années.
Ce jeune garçon n'est pas le
seul à avoir abandonné ses études contre son
gré. Ils sont des milliers à travers tout le
Gabon à avoir "cassé leur bic ";parce que
leurs parents sont pauvres et surtout à cause de
la démission de l'Etat gabonais qui a cessé de
les encadrer à travers les internats. Tout le
monde n'a pourtant pas de parents en ville et
encore moins dé domicile. La plupart des jeunes
admis au concours d'entrée en 6e et venant des
départements ou des cantons du pays éprouvent un
mal fou à apprendre en ville, depuis que les
internats sont fermés sans qu'on ne sache trop
pourquoi.
Face à un tel calvaire, les
jeunes garçons sont condamnés à (errance, a la
mendicité et au vol, alors que les filles
s'adonnent à la prostitution, avec ce que cela
comporte comme risques de maladies et grossesses
précoces ! Comment s'étonner alors du taux élevé
d'abandons et d'échecs scolaires ? Comment
s'étonner du nombre sans cesse croissant de
gamines avec des bébés ? Faire un enfant à un
monsieur qui travaille étant non seulement un"'
cadeau " mais surtout un excellent moyen de le
garder à travers ce lien de sang durant toute la
scolarité.
Pourtant, dans les années
1970, l'Etat gabonais avait vu juste en faisant
construire des internats à travers tout le pays.
Et d'après une synthèse du rapport de la
Commission nationale de lutte contre
(enrichissement illicite (CNLCEI) remise en
janvier dernier au Conseil économique et social
(CES), on dénombre 36 établissements publics
dotés d'internats au Gabon. La Commission
qualifie d'ailleurs de "transparente" la
situation des internats dans notre pays. Le
constat sur le terrain fait ressortir, sur le
plan structurel, un vieillissement des bâtiments
et des équipements existants, le non
renouvellement des batteries de cuisine frappées
d'obsolescence, le non équipement des dortoirs
et réfectoires.
Sur le plan financier la
commission précise que les sommes allouées pour
le fonctionnement de chaque internat sont
disponibles chaque année. Malheureusement ce
sont les mêmes montants qui sont reconduits
d'année en année alors que le nombre d'élèves
s'accroît, parois de façon exponentielle. Ces
sommes, au demeurant insuffisantes, sont alors
" détournées de leurs utilisations
originelle"; pour servir à (investissement
et à l'aide aux professeurs stagiaires en
attente d'un poste budgétaire.
L'internat ne vise pas
seulement à donner les mêmes chances à tous les
élèves, c'est surtout le ciment de l'unité
nationale. C'est à l'internat que tous les
jeunes gabonais apprennent à vivre ensemble, à
se connaître à tisser des liens solides d'amitié
et de solidarité. A l'internat on ne parle pas
d'ethnies, mais de Gabonais tout court. Ici
l'enfant apprend à vivre en communauté sans ses
parents. La vie d'un interne est telle qu'il lui
est possible d'allier sport et études par
exemple, mais aussi d'éviter de sombrer dans
l'alcoolisme ou la prostitution. Bref c'est un
citoyen modèle que l'on forme à l'internat.
Si les internats étaient
ouverts et bien entretenus à travers le pays, l'Etat
gabonais n'aurait pas éprouvé de difficultés à "
caser " les admis au concours d'entrée en 6e de
cette année. II lui aurait suffi de les envoyer
à (intérieur du pays là où les places sont
disponibles. Après tout les parents
n'envoient-ils pas leurs enfants apprendre seuls
à l'étranger ? D'ailleurs grâce à l'internat
beaucoup d'élèves venant de l'intérieur du pays
ont pu apprendre au lycée national Léon Mba ou
au lycée technique national Omar Bongo.
S'il n'y avait pas
d'internats, l'écrasante majorité des cadres qui
sont aujourd'hui aux affaires ou dans notre
administration, n'auraient pas réussi dans leurs
études. Mais alors pourquoi, après avoir
bénéficié de ces internats, veulent-ils refermer
la porte derrière eux ? Non, la réouverture des
internats est plus qu'une nécessité, un
impératif. Pour, encore une fois, donner les
mêmes chances à tous les jeunes Gabonais.