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Le quotidien l'Union du 08 Octobre 2007

 

RENTRÉE SCOLAIRE

La fermeture des internats et ses conséquences

SUR la route de Mabanda dans la province de la Nyanga où nous étions, il a de cela quelques années, pour réaliser une serre de reportages, une halte au village Kabu Nzambe, nous a permis de faire la connaissance d'un jeune garçon de 15 ans, Rodrigue Nguimbi qui embarquait pour Tchibanga où il devait livrer, à un restaurateur, le sanglier qu'il avait abattu à l'aide d'une simple lance. Fait tout de même curieux dans un pays où (école est obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans, ce gamin qui était censé être en classe se livrait plutôt à la chasse. Mais le jeune Nguimbi n'a pas abandonné ses études de son propre chef, il y a été contraint. En effet, admis au lycée d'Etat de Tchibanga, il a dû rebrousser chemin, faute d'un parent pour l'accueillir en ville et parce que l'internat avait gardé portes closes. Et cela durait depuis des années.

Ce jeune garçon n'est pas le seul à avoir abandonné ses études contre son gré. Ils sont des milliers à travers tout le Gabon à avoir "cassé leur bic ";parce que leurs parents sont pauvres et surtout à cause de la démission de l'Etat gabonais qui a cessé de les encadrer à travers les internats. Tout le monde n'a pourtant pas de parents en ville et encore moins dé domicile. La plupart des jeunes admis au concours d'entrée en 6e et venant des départements ou des cantons du pays éprouvent un mal fou à apprendre en ville, depuis que les internats sont fermés sans qu'on ne sache trop pourquoi.

Face à un tel calvaire, les jeunes garçons sont condamnés à (errance, a la mendicité et au vol, alors que les filles s'adonnent à la prostitution, avec ce que cela comporte comme risques de maladies et grossesses précoces ! Comment s'étonner alors du taux élevé d'abandons et d'échecs scolaires ? Comment s'étonner du nombre sans cesse croissant de gamines avec des bébés ? Faire un enfant à un monsieur qui travaille étant non seulement un"' cadeau " mais surtout un excellent moyen de le garder à travers ce lien de sang durant toute la scolarité.

Pourtant, dans les années 1970, l'Etat gabonais avait vu juste en faisant construire des internats à travers tout le pays. Et d'après une synthèse du rapport de la Commission nationale de lutte contre (enrichissement illicite (CNLCEI) remise en janvier dernier au Conseil économique et social (CES), on dénombre 36 établissements publics dotés d'internats au Gabon. La Commission qualifie d'ailleurs de "transparente" la situation des internats dans notre pays. Le constat sur le terrain fait ressortir, sur le plan structurel, un vieillissement des bâtiments et des équipements existants, le non renouvellement des batteries de cuisine frappées d'obsolescence, le non équipement des dortoirs et réfectoires.

Sur le plan financier la commission précise que les sommes allouées pour le fonctionnement de chaque internat sont disponibles chaque année. Malheureusement ce sont les mêmes montants qui sont reconduits d'année en année alors que le nombre d'élèves s'accroît, parois de façon exponentielle. Ces sommes, au demeurant insuffisantes, sont alors " détournées de leurs utilisations originelle"; pour servir à (investissement et à l'aide aux professeurs stagiaires en attente d'un poste budgétaire.

L'internat ne vise pas seulement à donner les mêmes chances à tous les élèves, c'est surtout le ciment de l'unité nationale. C'est à l'internat que tous les jeunes gabonais apprennent à vivre ensemble, à se connaître à tisser des liens solides d'amitié et de solidarité. A l'internat on ne parle pas d'ethnies, mais de Gabonais tout court. Ici l'enfant apprend à vivre en communauté sans ses parents. La vie d'un interne est telle qu'il lui est possible d'allier sport et études par exemple, mais aussi d'éviter de sombrer dans l'alcoolisme ou la prostitution. Bref c'est un citoyen modèle que l'on forme à l'internat.

Si les internats étaient ouverts et bien entretenus à travers le pays, l'Etat gabonais n'aurait pas éprouvé de difficultés à " caser " les admis au concours d'entrée en 6e de cette année. II lui aurait suffi de les envoyer à (intérieur du pays là où les places sont disponibles. Après tout les parents n'envoient-ils pas leurs enfants apprendre seuls à l'étranger ? D'ailleurs grâce à l'internat beaucoup d'élèves venant de l'intérieur du pays ont pu apprendre au lycée national Léon Mba ou au lycée technique national Omar Bongo.

S'il n'y avait pas d'internats, l'écrasante majorité des cadres qui sont aujourd'hui aux affaires ou dans notre administration, n'auraient pas réussi dans leurs études. Mais alors pourquoi, après avoir bénéficié de ces internats, veulent-ils refermer la porte derrière eux ? Non, la réouverture des internats est plus qu'une nécessité, un impératif. Pour, encore une fois, donner les mêmes chances à tous les jeunes Gabonais.

Source : Journal L'Union Plus du 08/10/2007

 

 



   

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