AU LENDEMAIN DE LA RENTRÉE
JUDICIAIRE
• Quant au problème de moyens
Ceci
n'explique pas cela
Les intervenants de
circonstance ont une fois de plus déploré les
difficultés auxquelles leur corps fait face
encore aujourd'hui. Mais ces
problèmes justifieraient-ils à eux seuls les
comportements blâmables observés
chez certains hommes de loi ?
DEPUIS lundi dernier les
cours et tribunaux ont démarré leurs activités
pour l'année judiciaire 2007-2008. Une cérémonie
solennelle consacrant leur rentrée a eu lieu le
même jour au palais de justice. Le thème choisi
à cette occasion a été «L'opinion publique et
la justice». Pertinente occasion donc pour
les deux intervenants de circonstance, Martin
Akendengué et Hilarion Nkoulou évoquer les
rapports souvent empreints de soupçons et
d'incompréhensions, qu'entretiennent les hommes
de loi et les justiciables. L'un est 1er
président du Conseil d'État. L'autre Commissaire
général à la loi près le Conseil d'État.
Les interventions de l'un et
de l'autre ont été suivies avec attention, aussi
bien par leurs collègues que par ,les autorités
présentes à la cérémonie. Dont le chef de
l'État, Omar Bongo Ondimba, par ailleurs
président du Conseil supérieur de la
Magistrature. Les justiciables ayant suivi
lesdits discours y ont également trouvé un
intérêt.
Nous nous intéresserons
particulièrement à l'allocution du ter président
du Conseil d'État. M. Martin Akendengué est
revenu, essentiellement, sur les difficultés
enregistrées au sein du corps judiciaires. De
même, il a reconnu les efforts entrepris par les
pouvoirs publics pour essayer d'arranger les
choses dans ce secteur ô combien sensible! Les
problèmes rencontrés par les magistrats et leurs
collaborateurs sont notamment d'ordre
logistique, financier, matériel. Il y a
également la carence en effectifs.
L'intervenant rappelle que
« la mission de service public assignée à la
Justice implique que celle-ci puisse respecter
les principes d'égalité, qui suppose que chacun
soit traité parallèlement par l'institution; la
continuité, qui implique que l'on puisse obtenir
régulièrement le service en question, et le
droit d'accès, qui suppose une proximité
géographique du service, un coût et un délai
d'attente raisonnables »
Poursuivant son propos, il
affirme que les récriminations faites à la
Justice sont fondées sur l'augmentation des
besoins de notre société en matière de justice.
D'où l'interpellation par lui de la classe
politique à davantage prendre conscience des
charges qui incombent à l'institution judiciaire
dont l'un des grands défis contemporains est de
se montrer a la hauteur des nombreuses causes
qui lui sont soumises. «Mais notre justice
a-t-elle aujourd'hui, s'est-il interrogé,
les moyens de rendre effective cette
mission»
SENTIMENT GÉNÉRAL* Il s'agit
là d'une question à laquelle, depuis plusieurs
années, le gouvernement apporte au fur et à
mesure des réponses en inscrivant la Justice
parmi les priorités budgétaires.
Cependant d'aucuns se
demandent pour,9ùoi, l'intervenant n'a pas
dénoncé les comportements et autres pratiques
"affairistes" par lesquels brillent certains
acteurs judiciaires ? Doit-on penser que pour
l'orateur la dénonciation des nombreux
manquements constatés chez certains juges,
greffiers et huissiers de justice n'est pas à
l'ordre du jour à pareille occasion ? Ou tout
simplement veut-il dire à l'opinion que les
hommes de loi indélicats trouvent la
justification de leurs actes dans les
difficultés qu'ils rencontrent dans l'exercice
de leurs fonctions ?
Autant d'interrogations qui
traversent encore les esprits de plusieurs
citoyens ayant suivi la cérémonie consacrant la
rentrée judiciaire 20072008, lundi dernier. Dans
tous les cas, le sentiment général aujourd'hui
c'est que notre justice a du mal à rendre
justice de façon équitable, souvent selon que
roi est 'puissant"ou "rnisémb1e". Chez les
justiciables, les uns et les autres attendent
que cette réalité ne soit pas occultée, au
contraire qu'elle soit reconnue et
vigoureusement dénoncée et condamnée par la
hiérarchie judiciaire.
Lors de la réunion du Conseil
supérieur de la Magistrature de juillet dernier,
le ministre de la justice, Martin Mabala a
souligné avoir reçu des instructions du chef de
l'État sur " la délicate mission de
l'institution judiciaire d'être à
l'écoute de tous les justiciables dans la
seule perspective de promouvoir une
justice équilibrée et équitable.. ". Les
instructions du président de la République
prouvent que nous sommes encore loin du compte.
Et le simple manque de moyens ne peut suffire à
justifier certains comportements. Encore moins à
les occulter.