FORUM SUR LA DIVERSIFICATION
ET LA PROMOTION L'INVESTISSEMENT NON PÉTROLIER
EN VUE D'UN CROISSANCE FORTE ET DURABLE DANS LA
CEMAC
Diagnostic accablant !
Les participants au forum
CEMAC de Libreville poursuivent leurs travaux à
l'hôtel Intercontinental Okoumé Palace, par des
débats fort intéressants et des
observations et propositions pertinentes,
notamment une matrice d'action à soumettre aux
chefs de d'Etat de la sous-région. Et si
la volonté politique fait défaut, il sera
difficile de construire l'espace économique de
la CEMAC, malade de ses contractions.
LE Forum sur la
diversification et la promotion de
l'investissement non pétrolier en vue d'une
croissance forte et durable dans la Cemac"
qui prend fin aujourd'hui, s'est poursuivi lundi
dernier et r par des débats fort enrichissants
et des constats pertinents et accablants sur
l'état de la politique économique et
d'intégration des pays de la sous-région. Les
économies de la Cemac se caractérisent par un
faible niveau de diversification de la base
productive et des exportations. De fait, les
expériences de diversification en zone Cemac
diffèrent en fonction des pays, mais, de manière
générale, la plupart des pays n'ont pas réussi à
orienter les exportations classiques vers de
nouveaux secteurs plus dynamiques et plus
porteurs; les retombées des efforts de
diversification ont atteint leur maximum en 1988
et ont été suivies d'un mouvement de
concentration des économies si l'on en juge par
le redressement des indices jusqu'en 2006. Le
développement du secteur non pétrolier de la
Cemac dans un contexte de "Dutch disease" ou
syndrome hollandais et une intégration
régionale encore faible nécessitent une forte
amélioration du climat des affaires et de
l'infrastructure physique et de services
sociaux. Les données disponibles indiquent que
la performance de la Cemac est en moyenne en
dessous de celles de l'UEMOA et de l'Afrique
subsaharienne. Or en matière d'intégration,
l'Afrique centrale avait plusieurs longueurs
d'avance sur l'Afrique de l'ouest qui
aujourd'hui, a rattrapé son retard et est en
avance a travers l'UEMOA sur la Cemac. En
définitive, en ce qui concerne l'infrastructure
physique et les services sociaux, malgré
certaines améliorations durant la dernière
décennie, les pays de la Cemac apparaissent en
dessous de la moyenne de l'Afrique subsaharienne
et de l'UEMOA sur plusieurs indicateurs. Il
s'agit notamment du niveau de l'infrastructure
routière, des dépenses d'éducation et de santé
par rapport au PIB (le PIB de la Cemac se
chiffre à 28.131 milliards de F alors que celui
par habitant est de 1507 de nos francs), et de
scolarisation.
DYNAMISME ET
CONTREPERFORMANCES• Rappelons que la Cemac
est un espace géographique qui compte 37,5
millions d'habitants répartis sur 3 millions de
km2. Un ensemble formé par six États regroupés
pour promouvoir leurs intérêts communs qui
reposent sur d'immenses potentialités en
ressources naturelles, notamment les
hydrocarbures, les mines, l'économie forestière
et la pêche, le tourisme, etc. Toutefois, c'est
le pétrole qui confère à la Cemac une certaine
cohérence puisque cinq des six États membres en
sont producteurs. Mais en apparence seulement
dans la mesure où les retombées n'ont pas
toujours eu les effets escomptés au cours de ces
deux dernières décennies.
En 2006, le dynamisme des uns
a contrasté avec les contre performances des
autres, en particulier de la Centrafrique en
situation de post-conflit tire la croissance
globale de la zone vers le bas à 3,3% contre 4%
en 2005. La croissance du Cameroun s'est établie
à 3,5% contre 8,2% pour la Guinée Équatoriale et
7,1% pour le Congo. Elle n'était que de 1,3% au
Tchad, 1,2% au Gabon et 0,9% en Centrafrique.
Bien plus, il y a aussi des distorsions par
rapport aux critères de convergence notamment
l'obligation de présenter un solde budgétaire
positif ou nul, un taux d'inflation annuel
maximal de 3%, un taux d'endettement public
inférieur à 70% du PIB, et la non accumulation
d'arriérés de paiement. En 2005, seuls trois
pays(Cameroun, Guinée Equatoriale et Gabon) ont
rempli trois critères sur quatre, et la
Centrafrique n'en a respecté aucun. En
définitive, la Communauté est aujourd'hui, une
entité économique et monétaire qui ne répond pas
aux aspirations de sa population. Seule la toute
puissante Banque des États de l'Afrique centrale
(BEAC) a bien résisté au temps et partant, s'est
adaptée a la considérable évolution des
objectifs d'intégration et aux poids respectifs
des uns et des autres. En effet, si le Cameroun
et le Gabon ont longtemps fait figure de piliers
de d'organisation, la Guinée Equatoriale(auparavant
membre marginal) est aujourd'hui, le troisième
pays producteur de pétrole au sud du Sahara et a
enregistré depuis une décennie, des taux de
croissance faramineux (il a même atteint 91% en
1997) et bénéficie d'un afflux de devises inédit
dont a besoin la BEAC. Ses avoirs ont atteint
1578 milliards de nos francs à la fin de 2006
(en hausse de 26,7% par rapport à 2005) soit
environ le tiers des avoirs extérieurs de la
Cemac. Le Tchad aussi est entré dans le cartel
des pays producteurs de l'or noir de la
Communauté.
Force est de constater qu'une
telle évolution de ses membres ne peut
qu'accroître des divergences déjà
existantes(chacun cherchant à mieux se
positionner) notamment au niveau même du
fonctionnement de l'organisation et des projets
d'intégration tels que la compagnie aérienne Air
Cemac, la création et l'attribution du siège de
la Bourse des valeurs mobilières d'Afrique
centrale (BVMAC) dont la mission est d'appuyer
la capitalisation des entreprises et le
développement de l'investissement de
Portefeuille de la sous-région, représentativité
de ses membres au sein de ses institutions,
l'ouverture des frontières aux ressortissants de
la communauté(le Tchad et le Cameroun
expérimentent déjà la libre circulation des
personnes sans incident majeur).
In fine, les États membres ne
sont pas encore prêts à abandonner certaines de
leurs prérogatives au profit de la Communauté.
En refusant de transférer une partie de leur
souveraineté, ils bloquent le processus
d'intégration. Il est aussi vrai que cette même
réaction a prévalu dans l'évolution des autres
communautés comme l'UE mais qui a été surmonté
par des mécanismes institutionnels. et par la
recherche du consensus entre les membres. C'est
pourquoi, il est appelé à la volonté politique
affirmée des chefs d'Etat de la Cemac de lever
les obstacles réels à (attraction des
investisseurs et d'investir toute leur bonne foi
au véritable décollage de la Cemac en
transférant progressivement les pouvons à la
Commission qui remplacera le secrétariat
exécutif finir une bonne harmonisation de la
politique d'intégration en Afrique centrale.