ELECTIONS LOCALES 2007 /
ANALYSE
Peut-on
reporter le scrutin ou proroger le mandat des
élus locaux ?
LES élections locales
alimentent depuis plusieurs mois le débat
politique national. Déclarations contradictoires
autour de la biométrie, supputations, critiques,
souhaits, interrogations fusent de partout
autour de la tenue le 15 janvier 2008 au plus
tard cette consultation électorale.
Dans ce débat, deux questions
viennent régulièrement à l'esprit. Peut-on
reporter le scrutin ? Peut-on proroger le mandat
des élus locaux ? Aussi bien en ce qui concerne
la première question que la seconde, il est
bonde rappeler crue l'organisation des élections
locales procède de la volonté du législateur
gabonais de respecter la souveraineté du peuple
qui l'exerce directement par le référendum ou
par l'élection, selon le principe intangible de
la démocratie pluraliste, et indirectement par
les institutions constitutionnelles (art. 3 de
la Constitution). Ce même législateur a prévu,
dans la loi organique 15/96 du 6 juin 1996
relative à la Décentralisation, en son article
30, le principe de la régularité des élections
par le biais du renouvellement intégral des
conseils municipaux sur toute l'étendue du
territoire de la République, alors même qu'ils
auraient été élus ou renouvelés dans
l'intervalle des cinq années de mandat.
De ce point de vue, il a
l'exigence de procéder au renouvellement des
assemblées municipales et départementales au
cours d'une élection permettant au peuple
souverain de désigner ses mandataires au sein de
ces Collectivités locales. L'organisation de
cette consultation électorale est assurée par la
Commission nationale électorale nationale et
autonome (CENAP), née du consensus politique
majorité-opposition. Son avènement avait pour
but de conforter le dispositif organisationnel
qui était jusqu'à la tenue de la concertation
initiée en mai 2006 sous l'élide du président de
la République Omar Bongo Ondimba, du ressort de
la Commission nationale électorale (CNE).
EXPERIENCE • Lors de sa
première expérience d'organisation des élections
en vue du renouvellement de l'Assemblée
nationale qui devait se tenir au plus tôt le 24
novembre 2006, et au plus tard, le 24 décembre
2006, eu égard à la date du terme de la dème
législature, soit le 24 janvier 2007, la
Commission électorale nationale autonome et
permanente que préside René Aboghé Ella s'était
employée à atteindre cet objectif. Lequel avait
nécessite la mise en place des structures
nationales et locales de la CENAP, la
mobilisation des moyens nécessaires à
l'organisation de l'élection, la fixation du
calendrier électoral et la réalisation de
diverses autres activités pré-électorales.
Aux termes des dispositions
de l'article 11 nouveau de la loi 7/ 96 du 12
mars 1996, modifiée, portant sur les élections
politiques dans notre pays, fixe à
quatre-vingt-dix (90) jours avant le scrutin la
mise en place des structures locales. Pour les
dernières élections législatives, la désignation
des soixante et onze 71) présidents s'est
effectuée bien en deçà des délais légaux. La
nomination des présidents est intervenue le 05
octobre 2006, tandis que celle des autres
membres ( y compris les représentants des partis
poli tiques majorité-opposition des Bureaux des
mêmes commissions électorales ), a eu lieu le 20
octobre 2006. Ils avaient tous, après ceux du
Bureau de la CENAP, prêté – serment devant la
Cour constitutionnelle les 27 octobre, 30
novembre et 11 décembre 2006, en vertu des
dispositions de l'article 16d de la loi sur les
élections politiques. La plénière régit, par
l'article 18 de la même loi électorale composée
des membres du Bureau de la CENAP, des
représentants des partis politiques (cinq
majorité, cinq opposition) et sept représentants
des ministères techniques s'est tenue le 17
octobre 2006, au cours de laquelle le calendrier
électoral été arrêté. Notamment la proposition
faite au gouvernement pour la tenue le 17
décembre 2006 du vote à un
tour, les dates de retraits et dépôts des fiches
de candidatures ( 06 novembre 2006),
ouverture de la campagne le
samedi 2 décembre et la clôture le 16 décembre à
24 heures.
Au regard de cette
énumération, il ne fait aucun doute que toutes
les dispositions avaient été prises pour le
respect des échéances électorales. L'ensemble
des acteurs, les partis politiques, les
départements techniques impliqués dans la phase
d'organisation d'une part, et le gouvernement
d'autre part, s'étaient fortement engagés à
différents niveaux pour la réussite de ce
processus électoral. Les délais avaient été
respectés et le scrutin a donné les résultats
que l'on sait.
Pour les prochaines élections
locales, s'il y a eu du côté de la Commission
électorale nationale autonome et permanente, un
sérieux effort pour respecter les délais en
désignant quatre-vingt-dix (90) jours avant la
date butoir du 15 janvier prochain les
présidents des commissions locales, le reste de
la procédure, ou encore, le processus actuel ne
milite nullement dans le sens souhaité pour que
le scrutin se déroule conformément aux délais
constitutionnels fixés par la loi organique sur
la Décentralisation. Deux mois nous séparent de
cette échéance capitale sans que l'on ait arrêté
le calendrier électoral, comprenant la date de
convocation du collège électoral, de retrait des
candidatures et dépôts, ouverture de la
campagne, etc. La plénière n'a pu être
convoquée, jusque-là, en raison de la non
désignation par l'opposition de ses délégués. On
ne peut donc pas arrêter une date pour la tenue
de l'élection. Parler de report de la date du
scrutin est donc difficile pour l'heure, car il
n'est pas possible de changer quelque chose qui
n'existe pas. Il est donc indispensable que la
Commission nationale électorale autonome et
permanente lui a, naturellement, pris les
devants en contactant déjà les structures
chargées de l'impression et de fabrication
d'autres outils pour les opérations de votation,
poursuive correctement sa phase d'organisation.
Cela, jusqu'à ce que, chemin faisant, elle se
rende à l'évidence de l'impossibilité de la
tenue des Locales, avant la date du 15 janvier
2008.
CAS DE FORCE MAJEURE• Le
cas de force majeure ne peut ainsi et seulement
être invoqué et suggéré à la Cour
constitutionnelle qui elle, décidera du report
de la date du scrutin. Les élections locales de
1996 constituent un cas de jurisprudence.
Prévues pour le 2 septembre 1996, elles furent
reportées au 20 octobre de cette même année, en
raison, avait argué le président de la
Commission nationale électorale (CNE) Gilbert
Ngoulakia, de la non réception de toutes les
listes électorales qui arrivaient au
compte-gouttes au siège de la Commission à la
cité de la Démocratie. Les Législatives 1996
s'inscrivent également dans le même registre. A
la veille du scrutin qui devait se tenir le 1er
décembre 1996, le président de la Commission
nationale électorale (CNE), Antoine Nguéma
Essono avait pris la décision du report sine die
du vote. Motif: ~ fichier électoral était propre
à donner une solide migraine à l'informaticien
le plus chevronné et dont l'exploitation en
l'état dans lequel il se trouvait, devait priver
du droit de vote des milliers de citoyens. Le
haut magistrat expliquait, à l'époque, que dans
ces conditions, le risque était grand de voir
notre pays sombrer dans une"' situation aux
conséquences imprévisibles". Cette décision a eu
l'effet d'un coup de tonnerre d'autant qu'elle
intervenait à la veille du scrutin. Courageuse
qu'elle était, elle avait été dictée par la
sagesse. En 2001, un autre cas de force majeure
avait été invoqué pour amener la Cour
constitutionnelle à prendre, le 10 août de cette
année-là, une décision de report des élections
locales sur saisine, à l'époque, du Premier
ministre, chef du gouvernement. Il avait soulevé
devant la haute juridiction constitutionnelle
l'impossibilité financière du gouvernement à
organiser cette consultation électorale.
Aussi bien les Locales 1996
et 2001 que des Législatives 1996 (15 décembre
et Z9 décembre 1996 pour les deux tours), les
reports furent sans grande conséquence pour le
mandat des élus locaux et députés sortants. La
question de-la prorogation du mandat n'est donc
pas posée, tant ces élus étaient restés en
poste. En revanche, s'il est évoqué aujourd'hui
avec insistance par certains acteurs politiques
et même des conseillers municipaux et maires,
son acceptation ne peut se faire sans l'accord
du peuple, soit directement, ou a travers ses
mandataires. En régime démocratique, cette
compétence lui est exclusive, car elle détient
la souveraineté. La preuve: En 1995, au
lendemain des Accords de Paris, le peuple avait
été appelé à se prononcer lors d'un référendum,
moyen d'expression de la démocratie directe, par
rapport aux "Accords de Paris" conclus
entre l' Exécutif, sa majorité et l'opposition
ainsi que sur des aspects touchant à la
Constitution, notamment la prorogation de six
mois du mandat des députés.
Dans ce contexte de grande
incertitude renforcée par le non lancement de la
phase de révision des listes électorales
toujours attendue et que l'on sait longue et
délicate, le corps politique reste dubitatif. Si
tant est qu'un report du scrutin est toujours
possible, à condition, bien évidemment, que les
éléments qui contraindraient aussi bien la Cénap
et la Cour constitutionnelle a l'admettre soient
réunies, il est urgent que l'opinion et
l'ensemble des acteurs soient fixés. Si une
prorogation de mandat est nécessairement acquise
par voie référendaire, peut-on envisager cette
consultation populaire ? Est-on capable
aujourd'hui de la financer ? Des questions qui,
à la lumière des faits électoraux qui ont
jalonné l'histoire de la Démocratie gabonaise,
exigent de tous les acteurs impliqués dans le
jeu électoral, une sérieuse réflexion de façon à
cerner tous les contours.